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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 263: Chapitre 49.1
(par lambertine, ajouté le 13/09/00 17:47)


Assis dans l’Aquarium, Aurélien planche sur la feuille des tâches des Verts. Il déteste ce travail, mais organiser l’emploi du temps des « loisirs » est moins compliqué que celui des « vaisselle ». Il Les tâches matérielles sont concentrées le matin, après le petit déjeuner, à une heure où les entretiens thérapeutiques sont rares. Il remplit, consciencieusement, les petites cases de la feuille polycopiée, tandis que Julie se penche par-dessus son épaule.
- Hubert, secrétaire ? Pourquoi pas… Célestin, « loisir 1 » ?
- Il fait ça très bien. Il est bon organisateur, et réglé comme du papier à musique, quand il veut.
- Je ne le nie pas. Mais il est déjà passé par là. Il n’apprendra rien, à ce poste. Trouve quelqu’un d’autre.
- Pourquoi ? insiste le jeune homme. Ca le mettrait en valeur, de faire quelque chose qu’il aime, et pour laquelle il est bon. Il a des tas d’idées. Il nous en a déjà fait part.
- Qu’il vous en fasse part, et c’est tout. Nous ne voulons pas de Célestin comme « Loisirs 1 ». Ni comme « loisirs 2 », d’ailleurs. Il a déjà trop tendance à se « mettre en valeur », comme tu dis, tout seul. Il doit apprendre la modestie, et la discrétion. Pour le reste, ce n’est pas trop mal. Continue.
Elle quitte la pièce, va s’installer dans le salon, un livre à la main. Elle a parlé devant moi, sans gêne aucune. Moi, qui n’ai pas levé les yeux du cahier où je griffonne une histoire sans intérêt.
- Tu as entendu ? questionne Aurélien, pour la forme.
- A ton avis ? Je ne suis pas sourde, tu sais.
- Je voulais essayer de l’aider, un peu. Il ne va pas bien, depuis quelque temps. Et il m’en veut. J’essaie juste de faire mon job. Je n’ai pas demandé à être coordo, tu le sais bien.
- Célestin aussi, le sait bien. Mais ne lui demande pas d’être rationnel. C’est toi qui lui fais des remarques désobligeantes, c’est toi qui le punit. Ca lui fait de la peine, parce qu’il t’aime bien.
- Qu’est-ce que tu ferais à ma place ? Je n’ai pas demandé à être coordo. Et je serai drôlement content, lundi prochain, de lui « refiler le bébé », à Célestin. Il comprendra, à quel point ça peut être pénible.
- Si on le laisse devenir coordo.
- Pourquoi dis-tu ça, Diane ? Pourquoi es-tu parano à ce point, quand il s’agit de Célestin ?
- Je ne suis pas parano. Je suis lucide, c’est tout.

Nouvelle semaine, nouveaux arrivants. Khaled, un maghrébin d’une trentaine d’années, Armelle, une jolie jeune femme blonde, et Simon, qui a l’air de bien connaître Célestin. Je fais peu attention à eux. Je suis stressée, extrêmement stressée par la « commission d’évaluation » devant laquelle je dois me présenter en début d’après-midi. Commission présidée par Thomas, et composée de membres de l’Equipe, et des coordinateurs. Même si je m’entends plutôt bien, et plutôt même très bien, avec ces derniers, je suis mal à l’aise. Très mal à l’aise. Je sais que cette « évaluation » ne sera pas une partie de plaisir. Que je vais, comme on dit, m’en prendre « plein la gueule ».
Et, comme on dit, je m’en prends « plein la gueule ».
Je ne vaux rien. Je vaux moins que rien. Ma situation sociale est déplorable, et ne s’améliorera jamais. Parce que je ne sais pas m’y prendre avec les autorités, et l’administration. Parce que je suis incapable de me faire des amis. Parce que mes relations avec les autres sont « perdant-perdant ». Parce que je ne m’applique pas à changer mon comportement, et ma personnalité.
- Parce que tu passes l’essentiel de ton temps à t’occuper d’une cause perdue, plutôt que de toi- même.
L’assistante sociale qui vient de parler ne m’a jamais adressé la parole. Elle ne me connaît pas, sauf pas ouï-dire. Je ne la connais pas non plus, sauf par ouï-dire, et pour l’avoir vue boire devant nous. Elle n’a pas bonne opinion de moi, soit. Je n’ai pas bonne opinion d’elle non plus. Et mon sang ne fait qu’un tour.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.