Chapitre 264:
Chapitre 49.2
(par
lambertine, ajouté le 15/09/00 14:05)
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L’assistante sociale qui vient de parler ne m’a jamais adressé la parole. Elle ne me connaît pas, sauf pas ouï-dire. Je ne la connais pas non plus, sauf par ouï-dire, et pour l’avoir vue boire devant nous. Elle n’a pas bonne opinion de moi, soit. Je n’ai pas bonne opinion d’elle non plus. Et mon sang ne fait qu’un tour. - Je ne m’occupe de personne. Je fais ce qu’on m’a demandé de faire : m’ouvrir aux autres, et parler de mes difficultés, de mes problèmes. Comme eux, ces « causes perdues », comme vous les appelez, me parlent des leurs. Comment pouvez-vous parler de « causes perdues », d’ailleurs ? Aidez-les. C’est votre job, après tout. Et comment pouvez-vous me faire ces reproches ? Vous me jugez sans même me connaître. - Ca suffit, Diane ! Thomas reprend la direction de la réunion, et les reproches pleuvent à nouveau. Je n’ai rien fait de bien depuis mon arrivée au Centre, parce que je méprise le règlement, les résidents, l’Equipe. Parce que je suis imbue de ma personne. Que je crois tout mieux savoir que tout le monde. D’ailleurs, ils ne sont pas seuls à penser cela. C’est aussi l’avis de ma mère. De ma sœur. De mes enfants. - Pas de mes enfants ! Il cite des phrases, il déforme des mots. Je n’écoute pas. Je n’écoute plus. Je me recroqueville dans ma coquille, et je pleure en silence. - Tu n’as aucun ami. C’est pour ça que tu te rabats sur les plus paumés des résidents. Je pense à Constance, à Flora, à Gilles. A ceux que je vois moins souvent. Rémy, l’archer parisien. Chantal, la marraine d’Aurélien. Jean-Roger, le pourfendeur de cinéastes néo-zélandais, et Marie, son adorable belle-mère. Et les autres. Tous les autres, que j’aime, et qui m’aiment, au moins un peu. Non, Célestin n’est pas un pis-aller, mais quelqu’un qui m’aide à tenir le coup, et que j’essaie d’aider, un peu, moi aussi. - Tu as quelque chose à ajouter ? - Non. Rien. A quoi bon ? Vous l’avez dit : je suis une ratée. Je ne vaux rien. Je n’ai jamais rien valu, et personne ne m’aime, par ma faute. Vous êtes contents ? Thomas me répond, mais je n’entends plus. Je suis bloquée, murée. Ils ont raison. Et peu importe. Du moment qu’ils ne me virent pas… je n’ai plus aucune confiance, je ne deviendrai sans doute jamais quelqu’un de bien, je resterai toujours dépendante de l’alcool, et pauvre, et seule, mais je ne veux pas me faire renvoyer. Je veux au moins offrir cette petite victoire à mes enfants. Parce que je sais que, contrairement aux affirmations de l’Equipe, ils m’aiment. Je voudrais quitter le Grand grenier, mais je n’en ai pas le droit. Je suis obligée de rester jusqu’à la fin de la réunion, et d’assister à l’évaluation de Béatrice. La mienne m’avait bouleversée, et fait du chagrin, celle-là me met profondément mal à l’aise. Je ne suis pas psy. Je ne fais pas partie de l’équipe. Je n’ai pas à entendre les avis de l’Equipe concernant ma cocuriste, ni les réprimandes qui lui sont faites. L’opinion qu’ont ses filles de ses relations conjugales ne me regardent pas. Pourtant, je suis là, assise à côté d’elle, et j’entends. Tout. Et j’ai envie de vomir.
Nous rejoignons les autres pour l’accueil des nouveaux. Je n’ai pas le cœur à faire la fête. Je l’ai d’autant moins qu’Armelle s’est faite renvoyer avant même d’avoir défait ses valises. Introduction de produit. Elle avait une plaquette de valium dans son sac. Michelle présente Simon, Nicolas Khaled. Deux beaux garçons, jeunes, séduisants… J’ai envie de pleurer. Je quitte discrètement le salon pour m’asseoir dans le restaurant. Je me mets à pleurer, puis à sangloter, la tête entre mes bras. Pendant combien de temps, je l’ignore.
- Diane ? - … - Diane ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Je n’ai pas envie de répondre. Qu’il me fiche la paix. Qu’il me fichent tous la paix. Qu’ils retournent dans le monde, dans leur monde, quel qu’il soit. Je ne suis qu’une rien du tout. La dernière des dernières. Thomas n’avait pas besoin de me le dire. Je ne le sais que trop bien. Depuis des années. Depuis toujours. - C’est à cause de moi, n’est-ce pas, qu’ils t’ont fait souffrir ? Mais fiche moi la paix, bon sang ! Bien sûr que c’est… - Bien sûr que non. C’est à cause de moi. De moi seule. Tu n’as rien à voir là dedans. Je me demande qui a bien pu te dire le contraire. Aurélien ? - Aurélien me parle à peine. Non. Personne ne m’a rien dit. Mais je ne suis pas stupide, et je sais quels reproches t’a déjà fait Danielle. - Danielle n’était même pas là. Il ouvre de grands yeux ronds. Danielle ? Absente de la réunion d’évaluation, alors qu’elle devrait être celle qui me connaît le mieux ? - Ni Danielle, ni Marie-Pierre. C’est Catherine qui m’a fait des reproches. Et Thomas. - Alors, laisse tomber. Catherine est à côté de la plaque, et je suis bien placé pour le dire. Allez, viens. Lève-toi. Il se saisit de mes mains, et tire. Je manque tomber de ma chaise, mais me retrouve debout, face à lui, et je ne peux m’empêcher de sourire à ses gamineries. - Viens, répète-t-il. On va faire faire le tour du propriétaire à Simon.
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