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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 27: Chapitre 9.2
(par lambertine, ajouté le 12/08/09 21:57)


- Pas terrible ! se moque Célestin sur le chemin du retour. Si tu écoutais les conseils…
Je lui rétorque que s’il n’avait pas triché, il aurait terminé premier.
- Comment veux-tu tricher au bowling ? fait-il avec un sourire complice.
- En faisant de mauvais scores exprès, pour laisser gagner quelqu’un qui va mal.
Il hausse les épaules. Il n’a rien fait, ou pas grand-chose. D’ailleurs, personne n’a rien remarqué, et c’est très bien comme ça.
- Moi, j’ai vu. Tu es quelqu’un de bien, Célestin. Et tu es doué, comme pour le golf et la chanson. Et pour des tas d’autres choses, je crois.
- Laisse tomber.
Je suppose qu’il va s’enfuir, mettre fin à la conversation. Je suppose mal.
- J’aime la musique. Quant au golf ou au bowling, pour moi, c’est facile. Je sais viser. C’est naturel. Je pourrais devenir un bon sniper. Sauf que je n’ai aucune envie d’être un sniper.
- Naturel ? Explique…
Il réfléchit. Hésite un peu. Ce qui semble naturel est toujours difficile à expliquer.
- C’est comme ça. Je regarde, je me projette, et je deviens la cible. Je ne sais pas, moi… je fusionne avec elle. Même pas dans ma tête. Dans mon corps. Si tu me donne un arc, un javelot, ou une boule de pétanque, c’est pareil : je tire, et je touche.
- Tu es un peu sorcier, alors ?
Il se braque. Pourquoi ?
- Tu n’es pas drôle. Je suis comme tout le monde. Juste comme tout le monde.
Pour un peu, il se mettrait à pleurer. J’ai gaffé. Encore. La réflexion était pourtant bien anodine. Je voudrais réparer mon erreur, dire au garçon qu’il n’y a aucune honte à surpasser les autres, à être différent. Je le voudrais, mais je ne le peux pas. J’ai trop souffert moi-même, dans ma jeunesse, d’être différente, d’être trop brillante, trop intelligente, trop douée en tout, pour pouvoir le convaincre. Et ça ne m’a pas empêché d’échouer sur toute la ligne. Je ne dis plus un mot. Lui non plus.
Aurélien vient me retrouver, plus tard, au salon.
- Ne t’inquiète pas. Célestin est parfois bizarre, mais il ne t’en veut pas, bien au contraire. Il est crevé, et à cran, à force.
Je le rassure. Je n’ai aucun problème avec son compagnon de chambre. Je l’aime bien, maintenant. Mais j’ai quelquefois l’impression de le blesser sans savoir pourquoi.
- Et qu’entends-tu par « à force » ?
- A force de se faire transgresser à tout bout de champ. Pour tout et pour rien. Genre les équipes de bowling, alors que personne ne nous a averti de ce que nous devions faire.. Ou la fermeture de ce soir, pour une minute de retard à la gym. Par ma faute, en plus. Tu n’as rien remarqué ?
Bien sûr que si, j’ai remarqué. J’en ai été exaspérée. J’ai dû plusieurs fois me retenir d’intervenir.
- On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Parti comme c’est, il ne leur parlera pas, Diane, pas du tout. Et Dieu sait qu’il en a besoin !
J’ai envie de dire « pauvre gosse », mais Célestin n’aimerait pas ça. Je le comprends. Vraiment.
Assise dans un des fauteuils mous, j’essaie vainement de lire. J’arrive à peine à me concentrer. Je suis ici, je dois rester, je veux rester et réussir. Mais je ressens un malaise persistant, dû certainement au fait qu’au Centre, le moindre détail prend une importance plus que considérable. Parfois vitale, au sens propre du terme.
La conversation de Mohammed et Sébastien finit par me tirer d’un livre dans lequel je n’ai jamais pu entrer. Le gamin jubile. Il a été deuxième au bowling, et il s’en va demain. Son ami essaie à nouveau, sans succès, de le convaincre de rester. Martin, le héros du jour, les rejoint, les invite à sortir avec lui et un jeune homme du nom de Joffrey, qui entame sa dernière semaine de cure, en point « 7.2. ». Pour faire bon ménage, il m’invite aussi. Sortir. Aller prendre un verre. Vivre normalement pendant deux heures. Je suis tentée. J’en ai envie. J’en ai très, très envie. Je manque d’accepter, puis je refuse.
- Je suis fatiguée, et je n’ai pas d’argent.
Je viens d’apprendre que la Mutuelle n’a toujours pas reçu mon certificat d’incapacité de travail. J’ignore quand je toucherai mes indemnités. Je ne veux pas dépenser inconsidérément le peu qui me reste.
- On te paiera tes verres, insiste Mohammed.
Mes verres de Schweppes tonic ou de Coca light lemon…
Je tiens bon. Je suis vraiment fatiguée, et mon dos me fait mal. Conséquence stupide d’une chute stupide. Comme s’il existait des chutes intelligentes ! Et comme je suis plus têtue que le truand marocain, fort agréable au demeurant, il renonce. Lambert, venu me demander si j’étais intéressée par une nouvelle partie de bowling, suivie d’un Quick, ou plutôt d’un Quick précédé pour la forme d’une partie de bowling, renonce lui aussi. Tout comme Jacob, le joueur d’Echecs quasi muet, renonce à entraîner Célestin dans leur orgie de hamburgers.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.