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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 282: Chapitre 52.3
(par lambertine, ajouté le 14/10/00 19:47)


Non. Pas peut-être. Sûrement. Si les femmes sont peu nombreuses, les hommes, eux, ont atteint la limite d'hébergement. Certains dorment à quatre par chambre. Les éducateurs sont à cran. Les résidents sont à cran.
Je suis à cran.
Je redoute la Staff de l'après-midi. Ma semaine ne s'est pas très bien déroulée. Elle ne s'est pas bien déroulée du tout, plutôt. Mon évaluation épouvantable, ma dispute avec Gervaise et, pour couronner le tout,le coup de l'extincteur... Je m'attends à être interpellée. Au moins.
Ce n'est pas moi qui le serai.
- Jacob, tu as fait des progrès, annonce le Patron. Tu commences à parler, en réunion. Nous avons donc décidé, non de lever ton recentrage et de te permettre de jouer à nouveau aux échecs...
- Et mer*de, marmonne Célestin. Il y tenait tant !
- ... mais de rester Résident du Centre. Tu n'est pas exclu. Tu peux continuer ta cure, et regagner ta place. les coordinateurs voient-ils quelqu'un d'autre à faire comparaître devant l'assemblée des Résidents ?
Pendant que Jacob, déçu, mais soulagé quand même, regagne sa place, Aurélien se lève lentement, et se met à parler d'une voix rauque, tel un automate.
- Célestin, nous t'interpellons devant l'assemblée des Résidents.
Nous sommes assis derrière le jeune architecte. Nous ne le pouvons voir son visage, pas plus qu'il ne peut voir l'expression abasourdie de mon jeune ami, qui semble ne savoir que faire, regarde autour de lui, comme perdu au milieu de la foule, avant de se lever, laissant glisser de ses genoux sa farde de travail, et d'aller prendre place sur la chaise de l'accusé.
- Célestin, reprend-il, toujours sur le même ton, je suppose que tu sais ce qui t'es reproché.
Le garçon secoue la tête.
- Peut-être... ce qui s'est passé, au communautaire ?
- Il y a ça. Et le fait que tu rechignes à accomplir tes tâches...
- Je... tente-t-il de se défendre.
En vain. Thomas lui coupe sèchement la parole.
- Tais-toi. Tu n'as plus rien à dire. Tu écoutes, et tu n'aggraves pas ton cas. Aurélien ?
- Je te demande pardon. Je n'ai rien contre toi. Je dois...
- Aurélien. S'il te plaît.
- Je dois... Tu ne respectes pas les autres. Tu les as dépassés dans la file des médicaments. Et tu as ton téléphone portable dans ta poche.
Thomas tend la main, en silence. Célestin va, sans mot dire, y déposer l'appareil, tandis que, par réflexe, je vérifie si le mien se trouve toujours dans mon sac.
- Je me demande, commence Thomas, pourquoi je perds encore mon temps avec toi. Nous n'avons que faire, ici, des causes perdues, et toi, Célestin, tu es un voyou. Tu finiras en prison, aussi certain que je dirige ce Centre, et tu termineras ta vie au fond d'un caniveau, une seringue enfoncée dans ton bras. c'est d'ailleurs tout ce que tu mérites, parce que tu n'as aucune volonté de changer. Tu te moques de devenir abstinent. Et, pire encore, tu te moques de nous, et de tes compagnons de cure. Tu joues les petits durs, les hommes forts, alors que tu n'es rien du tout. Alors que tu n'es que... mais tu le leur diras toi-même. Tu écriras tout ce qui t'est arrivé, tu écriras tout ce que tu as subi, sur ta trajectoire professionnelle. Et tu l'exposeras, tout haut, devant tout le monde. Tu leur parleras de ta mère, et...
- Taisez-vous ! hurle tout à coup le jeune garçon en se redressant. Taisez-vous !
Puis il s'affaisse, la tête entre les mains, et secoué de sanglots silencieux.
- Tu perds de ta superbe, hein ? Ce n'est qu'un début, Célestin. Rien qu'un début. Nous te materons, je te le garantis. Et pour commencer, tu es recentré. Tous tes points te sont retirés. Tu es consigné au Centre jusqu'à nouvel ordre. Tu pensais rentrer en week-end ? C'est raté. Et estime-toi heureux de ne pas être renvoyé sur le champ. La Staff est terminée.
J'ai fixé le Patron pendant toute la scène. Si mes yeux avaient été des fusils, il serait mort cent fois. Je ne remarque que maintenant à quel point mes mâchoires sont serrées, à quel point mes ongles ont pénétré la paume de mes mains, à quel point mon cœur, qui bat à toute allure, est rempli de haine. Je ramasse la farde de Célestin, qui est resté prostré sur sa chaise. Quand je m'approche pour la lui donner, il lève vers moi ce regard... ce regard... ce regard que je n'oublierai jamais, que je n'ai jamais oublié, depuis ce tribunal, vingt-six ans plus tôt, alors que Célestin n'était pas encore né.
- Tu peux la mettre dans mon armoire, s'il te plaît ? balbutie-t-il d'une voix très faible, d'une voix de tout petit garçon.
Je lui serre doucement l'épaule, et il redouble de sanglots.
- J'ai besoin d'appeler Maman. Je veux rentrer à la maison. Je n'en peux plus. Je veux rentrer à la maison...
Quelqu'un me tire brutalement par le bras. Je me retourne, et me retrouve face à face avec Thomas.
- Dehors, Diane. Occupe-toi de ce qui te regarde. De toi, par exemple. Si tu continues comme ça, la prochaîne fois, ce sera ton tour.
Je le déteste. Par tous les Dieux, je le déteste. Je me retiens, de tout mon être, de le gifler. Je descends à toute vitesse jusqu'au rez-de-chaussée, je traverse la foule des Résidents sans leur prêter attention, je dévale les escaliers de la cave. Mon sac de linge est là, prêt à être repassé. Je m'en empare, et je le lance violemment, de toutes mes forces, de toute ma rage, contre le mur, avant de m'effondrer en larmes.

- C'est pas juste.
- Je le sais bien, Ben, que ce n'est pas juste.
- S'il se fait renvoyer, ou s'il abandonne, je m'en vais aussi. Je ne pourrai pas tenir. C'est Célestin qui me donne la force... Sans lui, je ne vaux rien.
- Il est où, là ?
- Au fond du jardin, devant la cabane de Léon. Il ne veut voir personne. Tu crois qu'il va partir ?
- Je ne sais pas, Ben. Je ne sais pas.
- Et ce que Thomas veut qu'il nous dise ? Est-ce que... ?
- J'en sais déjà beaucoup trop.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.