Chapitre 284:
Chapitre 52.4
(par
lambertine, ajouté le 16/10/00 23:49)
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Cette chanson-là, ici, c'est de la provoc. Cette chanson-là, pour moi, c'est du chagrin concentré. Surtout ce soir. La voix de Morrison exacerbe ma colère, et je la plaque à grands coups de pinceaux sur la toile. En rouge. En noir. Moi qui suis une habituée des couleurs tendres et froides, je peins ce soir celles de l'enfer, et de la fureur. Mieux vaut gâcher de la peinture plutôt que frapper un professeur de psychologie. Quoique... Je n'en suis pas si sûre. - Qu'est-ce qui se passe ? La prof n'est pas aveugle. Elle remarque rapidement que je ne peins pas comme d'habitude, que je ne suis pas comme d'habitude. - Rien. Elle se mêle de ce qui ne la regarde pas. - Fiche-moi la paix, Frédéric. - Pourquoi ? Tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, c'est vrai. Qu'est-ce que ça peut te faire, que l'un ou l'autre se fasse recentrer ? C'est son problème, et celui de l'Equipe. Pas le tien. - Tu n'aurais pas parlé ainsi, il y a trois mois. - Il y a trois mois, j'allais mal, et j'avais tort. Maintenant, je suis bien dans ma peau, je progresse dans ma cure. Tu devrais en prendre de la graine, et ton chouchou aussi. Une épée noire, maculée d'écarlate. Je ne réponds pas. Je suis triste, déçue. Le chemin de l'abstinence passe-t-il par l'indifférence, par la perte de mon humanité ? Dois-je me moquer de ce qui arrive à mes compagnons, de ce qui les blesse, de ce qui les touche ? Dois-je blinder mon coeur, et accepter l'injustice, et la cruauté ? - C'est pour son bien, Diane. C'est pour ton bien. Tu ne peux pas rester ainsi, à rejeter la société, les règles. - Je ne rejette pas la société. Je rejette l'injustice. Je rejette l'humiliation. Tu crois que c'est en humiliant, ou en faisant s'humilier quelqu'un qu'on le tire vers le haut, qu'on lui donne assez confiance en lui pour lui permettre de rejeter les béquilles chimiques ? Libre à toi. Moi, je ne peux pas, c'est tout. Je rajoute une hache. Toujours noire. Toujours sanglante. Je ne veux pas devenir insensible. Je ne veux pas devenir indifférente. Au contraire. Bien au contraire. Je veux garder mon âme. Je veux rester un être humain. Jusqu'à la fin de mes jours.
- Tiens. Raoul me tend un jus de tomate. Je le remercie distraitement. - Inutile de chercher le gamin. Il est allé dormir. Il en avait besoin. Je jette un oeil sur une liste de noms qu'il a posé sur le bar à jus. - Ca avance, l'organisation de l'atelier pêche ? - Moyen. Je n'aime pas annoncer à quelqu'un que j'aime bien qu'il ne fait plus partie des inscrits. Tu es toujours partante ? - Toujours.
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