Chapitre 29:
Chapitre 10
(par
lambertine, ajouté le 13/08/09 08:55)
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Il ne neige plus. Il pleut. Il est 6 heures 30 et j’attends avec impatience l’heure du lever. 7 heures 15, le Dimanche. Car si trop tard égale transgression, trop tôt égale transgression aussi. Interdiction d’allumer la lumière, interdiction de prendre un bain. Interdiction de lire, d’écrire. Pas de penser. Je me tourne, et je me retourne. J’imagine des histoires de princes malheureux et de dragons fidèles. Les lecteurs aimeront-ils mes dragons ? Et mes princes ? Ils ont à présent les traits d’Aurélien, de Célestin, de Lambert, de Damien, de Frédéric. Ils se battent contre des monstres de poudre et de fumée. Ils fantasment toujours sur des princesses qu’ils croient inaccessibles, qui ne le son pourtant que dans leurs cauchemars. Ils ont le regard triste, la plaisanterie facile. Ils aiment la musique, la fête et le danger. J’ai appris à les aimer, et je voudrais les faire comprendre au Monde. Aux gens comme-il-faut, qui ne voient en eux, qui ne voient en nous, que des déchets. Qui refusent de remettre en question leurs certitudes et leurs préjugés. Je m’habille avec élégance. C’est Dimanche, après tout. Je descends, me sers un café, et vais m’installer sous l’auvent du fumoir. Perdue dans mon monde intérieur, je mets un certain temps à remarquer la mine d’enterrement des curistes présents. - Joffrey est viré, m’annonce finalement Philippe, un juriste racé d’une cinquantaine d’années. Je suppose avoir mal entendu. Viré ? Mais il devait partir quelques jours plus tard. Sa cagnotte était ouverte, et Frédéric avait commencé à écrire son discours de fin de cure. - Martin, Mohammed et Sébastien aussi. Ils ont rechuté. - Ils sont rentrés bourrés, sont ressortis par l’escalier de secours… - … sauf Mohammed… - …le gamin a dû porter Sébastien dans son lit… - … ils ont fait du grabuge en ville… - … ils se sont bagarrés… - … ils ont brisé une vitre pour ressortir… - … ils ont frappé un éduc… - … ils ont fini au poste de police… Les informations fusent, invraisemblables, parfois contradictoires. Elles ne s’accordent que sur un point : les quatre hommes sont renvoyés pour « rechute non signalée ». Je suis estomaquée, sonnée. Malgré moi, j’accepte une cigarette, que je fume nerveusement. Quelqu’un me la prend des mains par-dessus mon épaule. Je me fâche. Ce sale gosse ne pourrait-il pas pour une fois se tenir tranquille ! - Célestin, arrête. Rends-moi ça. Il laisse tomber la cigarette et l’écrase, sans un mot. Il est si défait, si pâle, si triste, que ma colère tombe d’un seul coup. - Ca ne va pas ? Il fait « non » de la tête, et s’en va. Je le suis, jusqu’à la cave, où il s’empare d’une manne de linge sec et se met à le repasser. Je m’adosse au mur, et j’attends. - Laisse-moi. - Non.
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