Chapitre 296:
Chapitre 54.2
(par
lambertine, ajouté le 27/10/00 23:40)
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Pourtant, le pique-nique se passe bien. Même si je n'ai pas faim. Je donne un de mes sandwiches à Jacob, mon dessert à Hervé. Je m'installe, légèrement à l'écart. Mais je ne reste pas seule longtemps. Agnès vient rapidement me rester compagnie. Puis Célestin, Nicolas, Simon. Ils bavardent, plaisantent. Parlent de leur vie dehors. De leur vie d'après. Font des projets. Se marier. Avoir un enfant. Acheter une maison. Trouver un travail. Je ne dis rien, et Célestin non plus. Il observe un oiseau planant au-dessus des arbres. Un rapace. Une buse. - Il est libre, et vivant. Je l'envie. Etre libre et vivant... - Toi aussi, tu es vivant. - Je voudrais bien. Je ne sais plus. Je les écoute évoquer l'avenir, rêver, espérer. Je les envie, comme la buse. - Mais tu peux espérer, toi aussi. Et avoir des projets. - Je l'ai cru, pendant un moment. Il y a une clinique, pas très loin d'ici. Une clinique pour les oiseaux. Pour les rapaces. Elle est dirigée par un ancien taulard. Peut-être que cette buse est passée par là. Peut-être que je l'ai soignée il y a quelques années. Avant ma fugue. Peut-être qu'elle n'avait plus d'espoir. Peut-être que je devrais y croire encore, mais je n'y arrive plus. Il se relève, interpelle Hervé. - Tu viens voir les carrousels ? C'est pas parce qu'on déprime qu'on doit tirer la tête, hein ? Le petit paysan le suit. Et Jacob. Et Agnès. Et Simon. Moi, je regarde de loin. S'ils n'ont plus l'âge de jouer sur ces jeux d'enfants, moi, je l'ai encore moins. Je les regarde faire pousser un manège, sauter dessus comme s'ils avaient dix ans. Le faire tourner, tourner, et tourner encore. De plus en plus vite, de plus en plus fort. Tourner. Tourner, tourner... - Ca suffit. Brigitte, encore ! Le manège ralentit, ralentit, s'arrête. - Descendez de là ! Vous n'avez pas à jouer là dessus comme des petits enfants. Vous risquez de casser le matériel. Et regardez-vous ! Vous ne tenez même plus debout. Vous êtes inconvenants. Le fait est qu'ils ressemblent à des ivrognes, titubants et hébétés, sourire niais sur le visage. - ... et écartez-vous de l'eau. Vous êtes bien fichus de tomber dedans, et les ennuis seront encore pour Josyane et moi. Retournez à l'aire de pique-nique. Tous. Et plus vite que ça ! Ce qu'ils font, en traînant les pieds. Ce faisant, je ramasse une grosse branche, bien droite, qui ressemble à un bâton de marche. - Tiens, remarque Célestin. Gandalf le Blanc ! - Qui ça ? - Gandalf. Le Magicien, enfin, si on peut dire. Tu ne connais pas le Seigneur des Anneaux ? En fait de Gandalf, je dois plutôt ressembler à Belladona Touque. Ou à Lobelia Sackville-Baggins. - Non. Pas Lobelia. Gandalf. Ou Frodon. Parce qu'ils espèrent encore en Gollum.
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