Chapitre 3:
Chapitre 1
(par
lambertine, ajouté le 06/06/09 22:43)
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Une semaine. Une semaine de sevrage physique dans cette chambre banale et nue. Morne. Je suis saturée des pépiements de Dominique, des larmes de Juliette. Du mépris des infirmières. De la nourriture insipide. De rester en pyjama à longueur de journée. Je suis venue ici travailler sur moi-même, pas me tourner les pouces dans un lit. Je suis nerveuse. Anxieuse. Cette chambre, malgré tout, est un havre, un refuge. Sans dangers. Sans tentations. Sans personne d'autre à affronter que ces femmes affreusement banales à mes yeux. Cette chambre, nous la quittons aujourd'hui pour le Centre. Ce Centre qui va engloutir six mois de nos vies. Nous nous y rendons à pied, trainant nos valises vaille que vaille. Je bénis ma propension à voyager léger. Un seul trajet me suffira. Mais mes livres sont lourds et je suis fatiguée. Qui penserait qu'une semaine à ne rien faire serait à ce point épuisante? J'ai mal aux bras. "Ils" auraient pu prévoir un transport pour les bagages. "Ils", l'équipe soignante, les hommes, les femmes, qui vont nous prendre en charge durant notre long séjour. Je râle. Intérieurement. J'ai les pieds trempés par la neige fondante. La gadoue. J'aurais du mettre mes bottes. J'ai faim. Et la première chose qui m'assaille dès la porte du Centre franchie est une odeur de chou rouge. Agréable. Accueillante. Plus que l'ordre de poser mes bagages dans le couloir. Plus que les multiples visages inconnus qui m'agressent de leur curiosité. Plus que les multiples prénoms qui brouillent mon cerveau. Plus que les multiples formalités qui m'attendent dès le repas terminé. Café. Est-ce du déca? Non, parait-il. Fumoir. A l'extérieur. Je ne tire qu'occasionnellement sur une cigarette, mais j'apprécie la compagnie des fumeurs. Je m'assieds sur un banc de bois. - Diane, c'est ça? Je lève les yeux sur un jeune homme brun, souriant. Avenant. - Fabien? Tant de prénoms... - Damien. Fabien, c'est lui. Il me montre un grand gaillard au crâne rasé. - Pardon. Je... - J'ai l'habitude. Il m'offre une cigarette. Je refuse. Il s'étonne. Les non-fumeurs sont rares dans cette assemblée de toxicomanes. - Je ne suis pas non-fumeuse. Je ne fume pas, c'est tout. Mes explications embrouillées le font rire, et ce rire me réconforte. Me réchauffe dans le froid polaire de février. Peut-être pourrais-je me plaire ici au milieu de ces gens? Au milieu de ces gens, et malgré les contraintes. Dont celle d'une nouvelle fouille. Dans ma chambre que je partage avec une jeune et très jolie fille. Delphine. Boudeuse. Qui visiblement aurait préféré la compagnie de quelqu'un de son âge. - Encore? Ose-je lui demander. - Certains réussissent à introduire du produit malgré la fouille de la clinique. A propos, je suis ta coordinatrice. Coordinatrice? Fait-elle partie du personnel? - Non. Je dirige l'équipe des Bleues, c'est tout. Les Bleues? Je ne peux échapper à la fouille, encore plus minutieuse que la précédente. Mes chaussettes sont retournées, ma trousse de toilette renversée, mes chaussures examinées à la loupe. Rien. L'éducatrice me donne des draps, me demande de ranger mes affaires, et me donne rendez-vous aux "prélims". Les Prélims? La Cure semble disposer de son propre vocabulaire. En soupirant, j'obéis. Tant bien que mal, je fais mon lit. J'ai horreur de ça depuis ma plus tendre enfance. Je cuisine très bien, ne repasse pas trop mal, accepte sans rechigner de laver la vaisselle, mais une sainte horreur de deux choses : changer la literie et laver les carreaux. Ici, je devrai m'habituer aux deux. Corvée accomplie, je cherche Delphine. Disparue. J'apostrophe une femme d'âge mûr, élégante. Elle m'indique le chemin des "prélims", la salle où s'est déroulé notre entretien d'admission, et me répète - sans doute - son prénom. Marie-Line. Marie-Line. Je le classe dans un coin de ma tête. Marie-Line. Tous ces prénoms. Comment ne pas m'y perdre?
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