Chapitre 300:
Chapitre 54.6
(par
lambertine, ajouté le 01/11/00 23:31)
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- Ce n'est pas à moi d'avoir de l'ambition pour lui. Je ne suis pas sa mère. Moi, j'espère juste qu'il reprendra pied dans la vie. Dans la vraie vie. Celle dont il voudra, lui. Même si c'est être ouvrier en province. - Tu es mesquine, je le répète. Tu as connu ce dont je parle, toi. L'argent et l'aventure. - Je m'en passe bien. Je m'en passe bien, surtout de l'aventure. Mais peut-être est-ce parce que je l'ai connue ? Elle ne me fait plus rêver.
- Fais attention, Diane. Je te l'ai déjà dit, ne t'oppose pas à ce type. Il risque de te faire du mal. Beaucoup de mal. Que puis-je répondre à Patrick ? Je n'ai pas cherché à parler à Éric. C'est lui qui est venu à moi, et notre conversation m'a profondément troublée. Ma vie n'a pas toujours été drôle, mais elle a souvent été passionnante, et jamais monotone, des ors des palais aux asiles de nuit. Je ne sais pas ce qu'est la vie monotone d'un ouvrier provincial. Je peux presque dire que j'ai tout connu, sauf ça. Puis-je alors la souhaiter à Célestin, cette vie ? - Ne l'écoute pas. Il a l'art de faire douter ses interlocuteurs d'eux-mêmes, pour les attirer sur son terrain. Qu'est-ce que tu souhaites pour ces gosses ? De terminer leur vie dans la cellule pourrie d'une geôle colombienne ? Ou de crever du Sida avant d'avoir trente ans, contaminés par de vieux vicieux à qui ils auront servi de jouets sexuels ? C'est ça le monde d'Eric : le sexe et la came. Mais si, à lui, ils rapportent du fric, aux garçons qu'il prend dans ses filets, ils ne rapportent que le malheur et la mort. Peut-être finira-t-il lui aussi comme mon père ? Mais vaudrait mieux qu'il fasse le moins de dégâts possibles, avant. - Pourquoi me dis-tu tout ça ? Pourquoi à moi ? Pourquoi pas aux "mouflets", comme il les appelle ? Ou à l'Equipe ? Oui, pourquoi à moi ? Je ne suis qu'une curiste, comme lui. Une alcoolique ruinée sans aucun pouvoir, sans aucune influence. Sans aucun moyen de contrer un homme plus fort, plus riche et, je dois le reconnaître, bien plus populaire que moi ? - Il ne faut pas te sous-estimer. Pas plus que le sous-estimer, lui. Tu as de l'importance pour ces garçons. Pas lui. Et Célestin s'en méfie comme de la peste. Mais, je te l'ai déjà dit, il n'est pas de taille. Et Ben est fasciné, autant qu'il a la frousse. Il n'est pas le seul. Même moi, il me fascine, autant que j'en ai la frousse. C'est pour ça que j'ai demandé à Camille de me changer de chambre. Je ne supporte plus de vivre avec lui. Avec mon père... Je frissonne. Patrick connaît bien le milieu d'Éric. Le Milieu tout court. Son milieu. Il le connaît, et il le comprend. Comme il comprend le proxénète. Il est l'un d'entre eux. Il a été élevé par l'un d'entre eux. - Mais Éric est plus fort. Gros gibier. - Il est toxico lui-même. - Oui. Et ? Il sait d'autant mieux comment appâter le gibier. Parle-leur. Moi, ils ne m'écouteront pas.
- J'ai tout entendu, tu sais. - Tu t'amusais sur la banquette arrière. Célestin éclate de rire, pendant cinq secondes, avant de redevenir très sérieux. - J'ai les oreilles qui traînent. Qui entendent. Tu n'es pas mesquine, Diane. Tu veux ? Il me tend sa canette de Fanta orange. J'en bois une longue gorgée, pendant qu'il s'assied sur la table de l'aquarium. - Tu as lu l'article ? - Sur les pompes hydrauliques ? Bien sûr que je l'ai lu. - Mon père était soudeur, là bas. Mon vrai père. Avant. Avant de péter les plombs, et de choisir l'aventure du jeu. Je n'ai pas connu cette époque, mais je sais qu'ils étaient heureux, ma mère, ma soeur et lui. Je voudrais essayer d'être heureux, même avec un prêt sur trente ans, et des vacances aux Flots Bleus. - Tu n'as pas peur de t'ennuyer ? - J'ai peur de rechuter. Et pas qu'un peu. J'ai peur de retourner à la rue. Mais pas de m'ennuyer en bossant. Elle s'est trompée, l'éduc', au Night Meeting. La fois où tu t'es engueulée avec. J'aime bosser. Et la province, c'est chez moi.
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