Chapitre 303:
Chapitre 55.3
(par
lambertine, ajouté le 12/11/00 20:18)
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- Rien. C'est bon. C'est tout. J'avais envie de féliciter le Chef. Un compliment fait toujours plaisir. - Mais un compliment public, hors réunion, est contraire à la politique du Centre et au Règlement, parce qu'il est une entorse à l'égalité communautaire. Si demain, personne ne félicite le Chef, il risque d'être triste, vexé, ou juste de mal le prendre. Si tu veux donner ton avis, fais-le quand le secrétaire passera avec la feuille qui sert à ça, à la fin du repas. - Parce qu'on en fait quelque chose, de ces feuilles, à part les classer dans la farde prévue pour ? Depuis que je suis ici, et depuis même avant, tout le monde se plaint de la soupe au poivre, et personne n'a modifié la recette, alors... - Célestin, ça suffit. Qu'est-ce qui te prend, bon sang ? Les lèvres du jeune garçon esquissent un vague sourire. Ni joyeux, ni ironique. Plutôt... oui, plutôt philosophe. Le sourire de quelqu'un qui sait ce qu'il fait, et qui en assume les conséquences. - Rien, fait-il, visage impassible. Je fais ce qu'on attend de moi, non ? - Célestin ! Il ne baisse pas le regard. Seulement la tête, vers son repas, et continue à manger comme si de rien n'était. Julie, elle, est furieuse. Gênée, aussi. Elle rompt la discussion, enchaînant sur les visites de l'après-midi avec Frédéric. - Mon frère et ma belle-soeur, avec la petite, répond le jeune forestier. Et ma maman... Je n'écoute plus. J'attends mes enfants. Je ne suis pas certaine de leur heure d'arrivée, et je m'inquiète déjà, à l'avance et sans raison. Je déteste attendre. J'imagine toujours le pire, quand j'attends. Je voudrais leur passer un coup de fil, mais mon téléphone est sous clefs, et j'ai oublié d'acheter une carte téléphonique au secrétariat. je gamberge, sans parvenir à penser à autre chose. Ça m'apprendra à ne pas être plus prévoyante. Et à toujours m'inquiéter pour rien, au lieu de savourer mes frites. - Eh Diane ! Pourquoi tu me regardes comme ça ? Je ne t'ai rien fait. Dominique ne m'a rien fait, non. D'ailleurs, je ne la regarde pas. Je ne regarde personne. Ni rien. Sauf le vide. - Si, tu me regardais. Comme si je t'avais vexée. - Elle a raison, renchérit l'éducatrice. Tu la regardais de haut, comme tu le fais souvent. - Moi ? Et voilà, ça recommence. Déjà quand j'étais enfant, je donnais l'impression d'observer, d'écouter, de mépriser, alors que j'étais simplement perdue dans mon monde. D'ignorer les gens, alors que je ne les avais même pas vus. C'est un défaut, un grand défaut que je n'ai de cesse de corriger. Mais je n'y parviens pas. Et, à mon âge, je crois que je n'y parviendrai jamais. Alors j'essaie de me défendre. Maladroitement, comme toujours. En disant la vérité. - Je ne regardais pas Dominique, et certainement pas de haut. J'étais tracassée, parce que j'"ai oublié d'acheter une carte téléphonique, c'est tout. - Il fallait prendre tes précautions. Quand tu seras sortie... S'ensuit un discours sur la prévoyance, de laquelle dépendrait mon abstinence future. Un passage au magasin signifiant un risque grave de rechute. Un oubli signifiant un désir de retour au magasin, donc de rechute. J'ai envie de lui rire au nez. Je suppose que lorsque j'oublie mon écharpe chez Flora, ma farde dans ma chambre ou Guerre et Paix dans les toilettes de la Gare du Nord, c'est parce que j'espère y trouver quelque chose à boire. Mais tant pis. Je la laisse débiter sa leçon bien apprise. Je préfère ça à une énième critique de mon arrogance. Je ne quitte pas, pour autant, la table de très bonne humeur. Même si le soleil brille. Même si les fleurs embaument le jardin. Même si... - Diane ? Oh, Célestin, par pitié, fiche moi la... Il me tend une carte de banque. Sa carte de banque. - Puisque tu n'en as pas... Bien sûr que je n'en ai pas. Je suis interdite bancaire depuis près de dix ans. Depuis la faillite, et la ruine de ma famille. - ... tu peux téléphoner avec. |
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