Chapitre 305:
Chapitre 56.1
(par
lambertine, ajouté le 15/11/00 22:55)
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- Communautaire ! Encore ! Je sens ma poitrine se serrer. J'ai peur. Au début de mon séjour, les exclusions me faisaient mal, parce qu'elles signifiaient des échecs, ou des injustices. Aujourd'hui, elles risquent de toucher les Résidents qui me sont le plus proches. Voire moi-même, même si je n'ai ni rechuté, ni agressé personne, physiquement. Alors j'ai peur. C'est bizarre : je hais ce Centre, cette prison qui ne dit pas son nom. Pourtant, je ne veux pas m'en faire exclure. Parce que, contre vents et marées, je me force à espérer. Parce que je ne veux pas me retrouver dehors, au même point qu'avant le début de ma cure. Parce que je veux que mes enfants soient fiers de moi, et que ce ne sera pas le cas si l'Équipe me vire comme une malpropre. J'ai peur, et je ne suis pas la seule à ressentir ces sentiments ambigus. - J'ai cru que c'était pour moi ! me souffle Célestin en se laissant tomber sur une des chaises du Grand Grenier. D'un côté, je serais soulagé d'être dehors, mais j'ai stressé quand même. Surtout après ce qui s'est passé ce matin. Ce matin. Communautaire ordinaire. Célestin sert à nouveau de punching-ball aux éducateurs de service, et à une bonne partie des résidents. J'essaie d'intervenir. En vain. Au moins, pendant quelques minutes, est-ce moi qui "en ai pris plein la gueule", comme dirait mon jeune ami. - Ce n'est pas pour toi, puisque tu es là. Je ne lui dit pas que je stressais, moi aussi. C'est inutile. Il le sait très bien. - Tu vas finir par avoir autant d'emm*erdes que moi, si tu continues à prendre ma défense. - Je crois que je devrais faire très fort, pour qu'ils en arrivent là. Et je ne tiens pas à perdre mon âme, moi non plus. Chut, à présent. Camille arrive. - Nous sommes au regrets de vous annoncer que nous avons dû mettre fin à la cure de Patricia. Patricia ? Je pousse un soupir, rassurée. Patricia. Pas Ben. Pas Damien. Pas Jacob. Pas Aurélien. Pas Béatrice. Patricia. Je devrais être triste de ce qui lui arrive. Ou choquée. Ou révoltée. Je n'éprouve que de l'indifférence. Pire : du soulagement. Aucune compassion. Pas même d'empathie. Il est vrai que, bien que nous ayons passé plusieurs semaines ensemble, non seulement au Centre, mais dans la même équipe, nous ne nous sommes pas beaucoup fréquentées, elle et moi.Je la connaissais à peine. Mais je ne connaissais pas plus Delphine et Pierrot lors de leur exclusion, et celle-ci m'avait bouleversée. Peut-être parce que je croyais à l'époque bien plus aux bienfaits du Centre ? Ou peut-être parce que je suis en train de changer. De m'endurcir. Il n'y a pas de solidarité entre nous. Cette évidence me saute au visage. Et je ne suis pas meilleure que les autres. J'apprends, de la bouche de Camille, que Patricia est renvoyée pour "rechute non déclarée". Elle est rentrée de week-end ce matin, et l'alcootest a révélé qu'elle avait près de 2 grammes 50 d'alcool dans le sang. Elle a été priée de déguerpir sur le champ. - Comment va-t-elle rentrer chez elle ? s'inquiète Virginie. Virginie, proche de Patricia. Comme le sont Gervaise, Sonia ou Pascal, qui doivent en savoir plus que nous sur les circonstances de cette rechute. - Ce n'est pas notre problème. Notre responsabilité cesse au moment où vous quittez l'établissement. - Mais, insiste la jeune femme, elle est revenue en voiture. Vous imaginez, elle va reprendre la route complètement saoule. C'est dangereux. Pour elle, comme pour les autres conducteurs. - Ce n'est pas de notre ressort, répète l'éducateur en chef. Elle est majeure et libre. Si elle cause un accident, ce sera sa responsabilité, pas la mienne. - Bien sûr que si ! s'insurge Célestin. Vous avez une chambre de dégrisement. Vous auriez dû... - Nous ne devons rien, l'interrompt Camille, en insistant sur le "rien". Légalement, elle est libre de partir quand elle veut. Comme vous tous. - Il n'y a pas que la loi ! Il y a... - Nous savons tous le peu de considération que tu as pour la loi. maintenant, tais-toi. D'autres questions ? Pas d'autre question. Patricia fait partie du passé. Nous devons regarder vers l'avenir. Malheur aux vaincus. Et tant pis si une femme saoûle comme toute la Pologne, une femme que son mari vient de quitter définitivement se retrouve en train de foncer en voiture vers une maison vide. Malheur aux vaincus. Pour le Centre, elle n'existe plus. |
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