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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 306: Chapitre 56.1
(par lambertine, ajouté le 17/11/00 12:31)


Pour le Centre, elle n'existe plus. Rayée. Morte. Plus que morte. Nous sommes priés de ne plus prononcer son nom. mais en avons nous encore l'idée même ? Nous assimilons cette façon de penser, cette façon de réagir. Nous faisons partie d'un organisme qui expulse ses cellules malades comme il le ferait de déchets. Parce qu'elles ne sont que des déchets.
Je ne fréquentais pas Patricia en dehors des réunions, mais je me sens mal. Très mal. Mal de ne pas avoir mal. Mal de mon indifférence. Certes, le renvoi de Patricia est normal, mais ce qui ne l'est pas, c'est qu'elle passe aussi facilement par pertes et profits. Ce qui ne l'est pas, c'est que si peu de Résidents, même parmi ses copains de cure, aient réagi à la manière plus que douteuse, et dangereuse pour elle comme pour les autres, dont elle a été jetée à la rue. Ce qui ne l'est pas, c'est que méprisions à ce point ceux d'entre nous qui rechutent. Parce que nous nous croyons meilleurs qu'eux ? Ou parce que nous avons peur de leur ressembler ?
Patricia en était à son deuxième séjour au Centre. Elle avait terminé le premier, elle avait réussi le premier, il y a moins d'un an. Elle avait entamé une nouvelle cure parce qu'elle se sentait en danger, que le Centre était pour elle un refuge, loin de ses avanies sentimentales. Je jette un coup d'œil discret à Pascal. Sa situation n'est pas si différente. Que peut-il bien penser ? Que penserais-je, à sa place ? Je crois que je perdrais confiance. Que je perdrais encore un peu plus confiance. Mais je ne suis pas Pascal. Jamais, je crois, je ne réussirai à considérer le Centre comme un refuge. Juste comme un hôpital, comme un passage obligé pour regagner la confiance des miens, comme une épreuve à surmonter, un examen à réussir.
Je veux sortir par la grande porte. Ne serait-ce que pour leur montrer, à "eux", que j'en suis capable. Mais ce que je veux avant tout, c'est, une fois sortie, ne plus dépendre d'un produit quelconque. Être capable de vivre sans avoir besoin d'oublier. Et pour cela, sortir par la grande porte est loin d'être suffisant. Patricia en est la preuve vivante. Et c'est terrifiant.Parce que je n'ai pas, parce que nous n'avons pas d'autre choix que la réussite. parce que notre vie en dépend. Notre vie, au sens propre du terme.

Sont-ce là les pensées et réflexions de Jean-Marc ? Il est assis dans le salon, tente d'intéresser Célestin au fonctionnement de cisailles à poulet. Le jeune garçon l'écoute, poliment. Mieux, il fait semblant d'être intéressé par cette merveille de la technologie moderne. Je suis incapable de rester auprès d'eux plus de cinq minutes, tant les paroles et l'état du bibliothécaire me donnent envie de pleurer. Que va-t-il devenir, lui ?
Nous l'apprenons quelque deux heures plus tard. Après le repas de midi.
- Communautaire ! vient annoncer Gervaise, alors que nous changeons notre literie.
- Oh, non ! soupire Agnès. Encore ! Comme si ça ne leur suffisait pas, de nous mettre des cinglées sur le dos.
La "cinglée", c'est Christine. La quarantaine, et incapable de prononcer d'autres mots que "oui" et "non". Nouvelle, comme sont nouveaux Gérard et Corentin, que j'ai à peine remarqués dans le brouhaha de la matinée.
- Nous avons le regret de vous annoncer que la cure de Jean-Marc est suspendue. Il a été emmené par nos soins à l'hôpital psychiatrique. Il pourra revenir parmi nous lorsque son état se sera stabilisé.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.