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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 310: Chapitre 56.6
(par lambertine, ajouté le 25/11/00 12:02)


- Pourquoi ?
- Parce que tu sembles avoir perdu toute confiance en l'avenir. Parce que tu mets à nu nos propres craintes. Parce que tu nous dis en face ce que nous ne voulons pas nous avouer.
- Et je ne devrais pas ?
Il pousse un profond soupir, amer, et misérable, boit une gorgée du raffiné breuvage.
- Tu nous mets mal à l'aise, tu me mets mal à l'aise, en parlant ouvertement de tes craintes. Nous te voyons hésiter, douter de toi, et ça nous touche dans notre volonté, et dans notre courage.
- Je n'aurais rien du dire, alors ?
- Peut-être...
Il hésite. Déboussolé, fragile. A-t-il jamais vraiment cru en l'efficacité de cette cure ? Je l'ai toujours senti sur le fil du rasoir, prêt à franchir le porte, à prendre la tangente. Et courageux, et volontaire. Je ne veux pas lui faire de mal.
- ... aurais-tu pu parler de façon moins abrupte ?
Abrupte ?
- Parce que j'ai été abrupte ? J'ai juste été sincère, comme on nus demande de l'être ici, jour après jour, au fil des réunions. J'ai fait part de mon ressenti, et mon ressenti, c'est que j'ai peur. Je ne sais pas de quoi sera fait le reste de ma vie. Je ne sais pas si je succomberai où non à la tentation, une fois dehors. Je ne suis pas particulièrement forte. Je ne suis pas une sainte. Je ne parle que pour moi, et moi, je doute.
Il doute, lui aussi, et il n'en a pas le droit. Il a besoin d'aide, désespérément. Besoin de croire. Besoin de se raccrocher à une bouée de sauvetage que je ne puis pas être. Pas pour lui, ou du moins, pas comme ça. Je devrais le rassurer, lui donner confiance. Mais je n'y arrive pas. Pas en feignant un optimisme et une détermination qui ne sont pas miens. C'est trop dur.
- Que Célestin parle comme ça, tente-t-il d'expliquer, ça ne touche personne, parce que personne ne croit en lui. Mais toi, Diane, c'est différent. Tu es comme nous. Tu es comme moi.
- Lui aussi, est comme nous. Il a peur, et il appelle au secours. Et moi aussi, j'ai peur, et j'appelle au secours, même si je ne suis pas très douée pour ça. Je ne devrais pas le faire en réunion ? Peut-être... Mais quand, alors ? Quand pourrais-je parler de mes difficultés, comme l'exige mon contrat ?
A moins que les difficultés, que les ressentis, que les sentiments que je suis censée exposer à longueur de journée puissent concerner tout mon être, sauf sa part alcoolique. A moins que je sois obligée de dévoiler mes craintes les plus secrètes, mes souvenirs les plus intimes, mes turpitudes les plus honteuses, mais faire l'impasse sur ca qui m'a amenée ici. Sur ces démons qui me hantent plus que jamais.

- Alors ?
Je m'éloigne d'un pas de la table de l'Aquarium, j'observe, je lis. La vie de Célestin en quatre colonnes sur feuilles A2. Un travail clair. Propre. Précis.
Et incomplet.
- J'ai mis tout ce que je pouvais. Le reste...
Le reste, ce qu'il a vécu de plus difficile, de plus douloureux, ne s'y trouve pas. Mais il y a sur ces feuilles de quoi occuper bien plus que deux heures de réunion, et de quoi remplir plusieurs vies.
- Ça va aller, Célestin.
- Non.
Il secoue la tête, et se met à ranger la pièce. Sa farde dans l'armoire des Verts, les feutres de couleur dans le bureau du secrétaire. Il roule bien serré sa trajectoire professionnelle, et se laisse lourdement tomber sur une chaise.
- Non. Ca n'ira pas, Diane, et je le sais d'avance. Mais j'ai fait ce que j'ai pu. Et j'ai peur, Diane, et je ne sais pas comment le faire comprendre, parce que j'ai beau le dire, j'ai l'impression de crier dans le désert. Personne n'entend. Je n'en peux plus. Je n'en peux vraiment plus. Je suis à bout de nerfs. Je suis à bout de forces. Je te demande pardon.
Je sens l'angoisse m'envahir, comme rarement je l'ai ressentie. Je regarde ce visage pâle, ces cheveux noirs, ces grands yeux bruns lointains, sans âge. Je regarde cet enfant perdu qui s'est imposé dans ma vie. Cet enfant dont depuis quelque temps je vois s'étioler la volonté et le désir de vivre. Cet enfant pour qui j'ai peur, à présent, et face à qui je me sens impuissante, à en mourir.
- J'aurais pas dû te dire tout ça. Je ne veux pas que tu t'inquiètes pour moi. Je n'en vaux pas la peine.
- Bien sûr que si !
Je lui prends la main, et tant pis si je ne peux pas, et tant pis si quelqu'un nous voit.
- Bien sûr que si, tu en vaux la peine. Ne laisse jamais personne te dire le contraire. Et tu n'as pas à me demander pardon.
J'esquisse un sourire, pas très convainquant, je suppose.
- Demain matin, je te rendrai l'article sur les pompes hydrauliques. Rajoute-le à ta trajectoire, et explique en quoi cette formation est importante pour toi.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.