Chapitre 312:
Chapitre 57.2
(par
lambertine, ajouté le 07/12/00 08:40)
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- Pas regardé son travail ? Du tout ? - Il n'a même pas pu le dérouler devant nous, ni même lui parler, à Catherine. Il a voulu lui donner quelque chose juste avant la réunion, mais elle l'a remballé. Je croyais qu'il serait plutôt content de ne pas avoir à nous déballer sa vie, mais il est resté muet, après ça. Dans sa bulle. J'aime pas voir ça, Diane. Quand on rend les gens malheureux exprès. Surtout ceux que j'aime bien, mais pas seulement. Je suis cuisinier, et un cuisinier, c'est fait pour donner du plaisir. Pas pour rendre triste. Ici, je ne peux donner du plaisir à personne, même pas à mes copains. Juste les voir se faire massacrer. Tu crois que ça sert à quelque chose, de vivre ça ? S'il cherche à être rassuré, je ne suis pas la bonne personne pour ça. Je doute autant que lui. J'ai aussi mal que lui, ou presque. Peut-être ai-je l'avantage d'être plus en colère ? Ou d'être en colère, tout court. Jour après jour, ce sentiment grandit en moi, comme celui de révolte. Ce sont eux qui, outre l'amour de mes enfants, me permettent de garder la tête haute, de tenir debout. Il n'y a pas de colère chez en. Seulement de l'abattement, et du désespoir. Ainsi qu'une terrible envie de s'abrutir à coups de produits illicites ou non. - C'est tout le temps dans ma tête depuis que je suis revenu : chasser toutes mes idées noires, chasser tout le mépris que j'ai de moi, et que les autres ont de moi. Replonger dans mes rêves, et laisser ma vie derrière moi. Me laisser aller, et tant pis pour les conséquences. Je sais que c'est mal, mais plus je le sais, plus je voudrais l'oublier. - Il ne faut pas perler comme ça, Ben. Ca va passer, tu verras. Ta rechute est encore récente... - Tu es gentille, mais je le sens bien, que ça ne me sert à rien, de rester ici. Juste à me mettre à l'abri de la came. Et encore... - Et encore ? Pourquoi dis-tu ça, Ben ? Il baisse la tête, gêné, mal à l'aise. Bafouille. - Pour rien... C'est juste que... pour rien, je te dis... Je n'en suis pas si sûre. Je suis même persuadée du contraire. Mais Hervé vient le délivrer de son embarras en le tirant par la manche. - Il est où, Célestin ? Il avait promis de jouer au ping-pong avec moi, et je le trouve pas. Je veux lui répondre qu'il est là, tout près, dans son fauteuil préféré, mais il ne s'y trouve plus. ben lui suggère de le chercher au fumoir, ou dans le potager, près de la cabane de Léon. - Il est pas dans le jardin. Dans le restaurant et dans l'aquarium non plus. Il est nulle part. Je suis inquiète, tout à coup. Terriblement inquiète. Même si je crois savoir où s'est réfugié mon jeune ami. - Commence à jouer avec Ben, dis-je précipitamment à Hervé. Je vais chercher Célestin. - Mais... Je n'écoute pas la mise en garde du petit cuisinier. Je file vers l'escalier de la cave, et le descends à toute vitesse. Je cherche mon chemin à travers le labyrinthe, priant pour ne pas tomber sur Léon, ou sur un couple en RP cachée. J'hésite trois secondes avant d'ouvrir la porte du cachot. - Célestin ? Personne ne répond. - Célestin ? Il fait noir comme dans un four, mais je sais qu'il est là. - Célestin. Ce n'est que moi. Diane. Il s'est blotti dans un coin, roulé en boule. Je referme la porte avant de m'agenouiller devant lui, de le prendre dans mes bras, de le serrer contre moi. Il se laisse faire, sans autre réaction que de me demander pardon.
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