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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 316: Chapitre 57.6
(par lambertine, ajouté le 26/12/00 23:24)


La voix suraiguë de Célestin me fait sursauter, me retourner malgré moi. Au grand mécontentement de Marc qui me tance vertement, exigeant que je me concentre sur mon "travail", sur les explications que je lui dois au sujet de ce week-end à venir. Me concentrer. Je dois me concentrer, veiller à ne pas m'emberlificoter dans mes mensonges. Rester logique. Crédible.
Ne pas écouter ce qui se dit à deux mètres à peine de moi. Ignorer ce que la thérapeute familiale dit à Murielle concernant son enfant. Ne prêter attention ni aux vexations que subit Célestin, ni à une histoire qui ne me regarde en rien, même si j'en connais une grande partie. Ne pas prêter l'oreille aux reproches faits à Murielle. Mais, malgré moi, malgré mes efforts, j'entends, et je ne suis pas seule dans le cas. J'entends tout de cet entretien familial qui devrait se dérouler dans l'intimité, et non au milieu de tous, dans le Restaurant, un jour de visites. J'entends, et je m'énerve, et n'y tenant plus, je finis par demander à l'éducateur s'il trouve ça normal.
- Si je trouve quoi normal ?
- Ça. Ce qui se passe ici. Un entretien psychologique qui devrait être couvert par le secret médical, et qui a lieu au vu et au su de tout le monde. Tu trouves ça normal ?
- Ça ne te regarde pas, Diane.
- Précisément. Ça ne me regarde pas. Ni la mère de Frédéric. Ni Francis. Ça ne regarde personne, que Célestin et sa maman.
Il serre les dents. Il est furieux, et ne cherche pas à le cacher. Malgré tout, et bien que je n'aie pas terminé de détailler mes pseudo-projets, il signe ma feuille de week-end, tout en se mettant en colère.
- Combien de fois faudra-t-il te répéter de t'occuper de toi, et pas de ce petit voyou ? Rita sait ce qu'elle fait.
Ah bon. La thérapeute s'appelle Rita !
- ... elle connaît son métier. Toi, tu n'est qu'une Résidente, ici. Tu n'as pas à donner ton avis sur les agissements de l'Équipe. Maintenant, tu peux t'en aller. T pourras récupérer ta feuille de week-end au secrétariat.
M'en aller ! Je ne demande que ça. Quitter cette pièce. Enfin quitter cette pièce. Je m'en vais m'installer dans l'Aquarium. Écrire. Mettre sur papier ce maudit sentiment d'écœurement qui m'oppresse depuis près d'une heure.
- Dis, tu peux m'aider, Diane ?
Hervé ! J'ai envie de l'envoyer au Diable. Mais il me regarde avec les yeux implorants du Chat potté de Shrek. Impossible de lui dire non. Mis à part que je ne vois pas du tout comment je pourrais lui venir en aide.
- Je dois dessiner ma maison, et expliquer ce qui s'y passe, qui y vit et tout ça. Il n'y a que ma grand-mère, moi et les bêtes. Et il ne se passe jamais rien. C'est rien qu'une ferme, quoi.
Je ne connais pas grand chose de la vie d'Hervé, et je ne fais pas partie des mêmes groupes de travail que lui. J'essaie pourtant, vaille que vaille, de le faire parler de son quotidien, et de le transcrire sur la feuille A2, en espérant que c'est ce que la psychologue attend de lui.

- Tu veux que je t'apporte un café ?
Murielle fait "non" de la tête. Elle est déjà bien trop nerveuse pour y rajouter une dose de caféine.
- Tu as entendu, n'est-ce pas ?
- Oui. J'aurais préféré que ce ne soit pas le cas. Je suis désolée.
- Ce n'est pas ta faute. J'espère seulement que tu n'auras pas d'ennuis. Pour ce que tu as dit à l'éducateur. Moi aussi, j'ai entendu.
- Je m'en fiche. D'avoir des ennuis, je veux dire.
Non, je ne m'en fiche pas. J'ai peur. Mais ma colère est plus forte que ma peur. Hiérarchie des sentiments...
- Célestin n'est pas là ?
- Il est chez le comptable. Certains de ses médicaments ne lui ont pas été remboursés, et ils sont très chers. Il n'est pas en bonne santé, tu sais.
Non, je ne savais pas. Je m'en doutais, seulement. La drogue, la rue, le désespoir détruisent les organismes les plus vigoureux.
- Il se plaint rarement. De ses migraines, parfois.
- Ca ne m'étonne pas. Mais il n'est pas bien du tout, là. Je suis inquiète. Si tu savais comme je suis inquiète...
Mon Dieu, Murielle ! Va-t-en ! Prends ton gamin avec toi, et va-t-en ! Emmène-le ! Emmène-le loin d'ici ! Emmène-le, avant qu'ils ne l'aient complètement détruit !
- Ca va aller. Il est très courageux.
Pourquoi est-ce que je lui dit ça ?
- Oui. Je sais. Mais il est malade, et désespéré.
Pourquoi suis-je incapable de lui dire ce que je voudrais lui hurler ?

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.