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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 32: Chapitre 11.1
(par lambertine, ajouté le 14/08/09 21:56)


Ai-je l’âge de commencer le body-building ? Ma première réponse fut « non » mais je me suis laissée convaincre par mes jeunes amis, et me voici dans la salle de musculation. Je jette un coup d’œil angoissé à tous ces appareils de torture bizarres, et me décide finalement à enfourcher le vélo d’appartement. Bien entendu, la selle est beaucoup trop haute pour moi. J’essaie de la régler, et me retrouve avec un gros bouton de plastique entre les mains. Belle réussite : me voici déjà en train de casser le matériel. Et de me sentir ridicule, heureusement en petit comité. Honoré ne quitte pas sa « machine à plaques », continuant en riant à faire le « papillon ». Célestin fait semblant de ne pas me voir, et ajoute deux disques de 1 Kg aux haltères qui servent au développé couché. Jacob, heureusement, vient aimablement à mon secours.. Sans dire un seul mot, il répare en quelques gestes l’appareil défaillant, avant de s’en retourner à ses exercices abdominaux. Je le remercie. Pas de réaction de sa part. Drôle de gamin, lui aussi. Beau comme un dieu grec, athlétique, serviable, et muet comme une tombe. Qu’est-ce qui l’a amené ici, dans ce Centre pour éclopés de la vie ?
Question sans réponse immédiate. Alors, comme mes compagnons, masculins, je me mets au travail. Autrement dit, je pédale. Je trouve ça facile. Très facile. Trop facile. Célestin, ses trois « séries de 10 » terminées, assis sur un banc, me regarde, un sourire moqueur sur le visage. Je l’ai mauvaise. Je ne comprends pas en quoi je suis ridicule. Après une ou deux minutes, n’y tenant plus, mon jeune ami se lève, se poste à côté de moi, et pousse plusieurs fois sur une touche. Aussitôt, j’ai l’impression de grimper le Mont Ventoux. Je fais semblant de me fâcher.
- Tu te fiches de moi !
- Ben oui, reconnaît-il en riant. Pourquoi ? Tu pédalais dans le vide, et pédaler dans le vide, ça ne mange pas de calories.
Je voudrais lui envoyer un verre d’eau au visage. A défaut, je me contente d’un « sale gamin », ce qui le fait rire encore plus.
- Je t’explique : touche du haut, tu augmentes la force. Touche du bas, tu la diminues. Touche du centre, tu remets tout à zéro. Prête ? Partez !
Il retourne à ses haltères. Je sortirai d’ici un peu moins bête.
Je termine la séance claquée, en sueur, mais contente de moi. Prête à affronter les coups de trique de cette nouvelle semaine de cure.
Semaine qui commence par une nouvelle « communautaire ». Leçon de morale, discours sur les bienfaits de la délation, tout y passe. Une question me vient à l’esprit. Je lève la main.
- Je devais sortir avec Mohammed et les autres. Qu’aurais-je dû faire quand ils ont commencé à boire ?
Camille me regarde, étonné.
- Tu devais sortir et boire avec eux ?
Il reste persuadé que la rechute collective était préméditée. Je ne me laisse pas démonter.
- Sortir. Pas boire. Rien n’était prévu. Mais qu’aurais-je dû faire ?
- Téléphoner à l’Équipe. Et rentrer. Seule.
J’ai ma réponse. Je n’écoute pas la suite. Les responsabilités croisées des points 7 et des points 2 me passent par-dessus la tête. La condamnation générale des exclus également. Ils étaient des nôtres. Nous sommes comme eux. Nous sommes faibles et malades. Nous aussi, nous pouvons à chaque instant retomber dans nos travers. Quels qu’ils soient.
Est-ce ce que nous devons dire aux « nouveaux » ? Car nous en accueillons, des nouveaux. Trois hommes, une femme. Un Italien édenté, un moustachu renfrogné, un gamin piercé et une très jolie rouquine. Ils sont assis dans le salon, aussi tendus, coincés, que nous l’étions deux semaines plus tôt. Nous les regardons comme des bêtes curieuses. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Pourquoi sont-ils ici ? Je me présente. Diane. J’attends. Le gamin semble chercher du réconfort auprès de son compagnon sans dents puis se lève, se frotte nerveusement les mains, s’en va vers le jardin. Le moustachu me jette un « Patrick » méprisant, sort de sa poche un livre ésotérique, et se met à lire à notre nez et à notre barbe. L’Italien répond en italien. Je crois déceler « Marcello » dans son galimatias. La jeune femme, elle, répond sans fard. Elle s’appelle Agnès, elle est alcoolique, mère de deux petits garçons, et impatiente de découvrir les secrets du Centre. Elle aime la mode et le dessin, ne connaît pas la région, déteste la viande trop cuite et le crachin qui nous gâche la journée. Elle m’est d’emblée sympathique. Plus vraiment une gamine, loin d’être une femme mûre. Elle raconte comme une aventure son séjour à l’hôpital, décrit ses compagnons en un récit agrémenté d’anecdotes cocasses. Patrick se rebiffe. Il n’apprécie pas d’être dépeint comme un macho ronchon et borné. Persuadé d’être dans son droit, il coupe sèchement la parole à mon interlocutrice, lui intime de se taire. Elle hausse les épaules et continue, mais ne s’attarde pas sur le moustachu. Plutôt sur Benoît, dit Ben, le gamin piercé et nerveux. Gentil, sensible, et très mal en point. Elle s’est visiblement attachée à lui. Les liens se créent vite dans les hôpitaux. Trop vite, peut-être…

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.