Chapitre 323:
Chapitre 58.3
(par
lambertine, ajouté le 19/01/01 22:36)
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Travailler dehors, sous la direction d'un homme que j'apprécie, me fait du bien. En partie parce que je suis vraiment dehors, hors les murs. Le parterre de fleurs que je nettoie se trouve à front de rue. Si je ne suis pas vraiment libre, j'en ai malgré tout la vague illusion. Et si je n'ai pas la main verte, je ne débrouille pas trop mal pour couper les roses fanées et arracher les liserons. Même si j'aime les liserons. - Tu aimes les mauvaises herbes ? Il me le demande sans méchanceté. Ce qui ne m'empêche pas de répondre avec brutalité. - Sans doute parce que j'en suis une. - Pourquoi es-tu aussi brutale ? Je ne t'attaquais pas. - Parce que j'en ai assez de m'entendre reprocher de m'occuper des causes perdues. Je n'en suis pas moins une que les autres. Mais Léon ne faisait pas allusion aux gamins. Il parlait des vraies fleurs, de ces liserons aux délicates corolles blanches que, depuis ma plus tendre enfance, je n'ai jamais détruit qu'à contrecœur. - Elles sont belles, mais elles étouffent tout, Diane. Il se met à m'expliquer les bases du jardinage, puis à parler de lui, de sa vie. De ses premiers emplois, de son arrivée au Centre, dix ans plus tôt. - Je croyais que ce serait un job temporaire. Quelques mois, le temps de trouver autre chose, de plus intéressant. Mais je suis resté. - Le travail te plaisait ? - Pas seulement le travail. Ce n'est pas pour le jardin, ni la responsabilité matérielle du Centre que Léon a choisi d'y terminer la carrière, mais pour les Résidents, qu'il s'est pris à apprécier, et à aimer, malgré leur déchéance. - Quand je suis arrivé au Centre, je n'étais pas très à l'aise. Ces drogués, ces poivrots, me faisaient peur. Parfois très peur. Puis, j'ai appris à leur parler, à les écouter. Et j'ai découvert une grande richesse humaine. Une richesse souvent douloureuse, et parfois effrayante. - Effrayante ? - Les Résidents ne sont pas tous des enfants de chœur, Diane. Et les pires d'entre eux ne sont pas les moins intéressants. - Tu penses à quelqu'un en particulier ? - Pas au gamin, si c'est ce que tu crois. Lui, c'est un brave gosse. Il a fait des bêtises, mais c'est un brave gosse, avec qui j'aime beaucoup travailler. Il fait ce qu'on lui dit, et il le fait bien. - Mieux que moi, dis-je en riant. Ce n'est d'ailleurs pas difficile.
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