Chapitre 33:
Chapitre 11.2
(par
lambertine, ajouté le 19/08/09 14:33)
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Trop vite, certainement, pour l’Équipe. Je préviens Agnès des conséquences possibles d’une relation privilégiée. Elle n’en croit pas ses oreilles, se défend d’ailleurs de toute liaison entre elle et Ben. - Il pourrait être mon petit frère ! Son petit frère, fragile et perdu, comme bien d’autres résidents. Comme Célestin qui veut absolument me montrer sa Courbe. Autrement dit, un embrouillamini de lignes multicolores entremêlées auquel je ne comprends rien du tout. - Les éducs non plus, me dit-il piteusement. Et non seulement je dois la recommencer, mais je dois la recommencer en trois couleurs. Alors que c’est déjà bordélique comme ça. Je soupire. - C’est le moins que l’on puisse dire ! Je prends la feuille, la tourne et la retourne. Aller dans l’aquarium recommencer le travail me semble une bonne idée, mais les coordinateurs y tiennent leur réunion de transgression. - Pas dans le réfectoire, s’il te plaît. - On dit « restaurant » rectifie Camille en passant derrière lui. - C’est pas un restaurant, grommelle le garçon entre ses dents, c’est un réfectoire, bor… Je l’interromps. Lui donne raison. Lui demande de modérer son langage avant de ranger son travail dans ma farde. Non loin de nous, Aurélien a pris place auprès de Dominique. Il tente désespérément de lui tirer les vers du nez afin de transposer sa consommation en graphique. - Une demi-bouteille ? Tu es sûre ? - Oui. Certaine. - Tu sortais, parfois ? - Non, jamais. Enfin… - Enfin, quoi, Dominique ? Tu es alcoolique ! Le mot lui fait mal. Elle pince ses lèvres pâles. Ses yeux se mouillent et elle rougit. - Non. Je bois trop, c’est tout. Parce que… - Parce que tu es alcoolique, comme je suis toxicomane. Tu n’avanceras jamais dans ton travail si tu caches la vérité. Si tu te la caches à toi-même, surtout. J’admire son calme et sa patience. Il ne s’énerve pas, ne hausse pas la voix, semble comprendre les atermoiements de notre cocuriste. - J’ai honte, Aurélien. Je n’oserai jamais avouer devant tout le monde qu’il m’arrivait de boire toute une bouteille de Porto. Ou du Whisky quand je sortais. Le jeune homme s’esclaffe. Honte ? D’une bouteille de Porto ? Mais certains résidents en étaient à deux bouteilles de Vodka, 10 grammes de Blanche et 5 de Brune… Certains résidents, parfois très jeunes. - Tu es une petite fille modèle en comparaison, tiens, de Célestin. Ou de moi. - Mais non. Toi… - Moi, je passais mes journées à fumer de la beuh et je m’éclatais aux extase Alors, pardon, mais tes craintes sont totalement injustifiées. Ils reprennent laborieusement le travail. Célestin, lui, cache ses yeux sous ses mèches noires. Aurait-il honte, lui aussi ? - Honte ? Non. Pas vraiment. Je n’en suis pas fier non plus. C’est autre chose. Il me reprend sa Courbe, la pose sur la table. - Regarde. Tu as toute ma vie devant toi. Toute ma vie. Un bördel de mélange de cames. Je suis con, hein ? - Non. Son visage se crispe en un rictus d’amertume. - Si. Regarde mieux. De l’herbe, de la gnôle, de la blanche, de la bière, des champis et le reste. Et l’héro, par-dessus tout. L’héro. J’aurais fait, j’ai fait, tout et n’importe quoi pour une dose d’héro. Chagrin, désabusement, dégoût de lui-même. Et aussi un étrange orgueil d’avoir été aussi loin dans l’autodestruction. Comme si c’était la seule chose qu’il possédait. Comme si ça le résumait tout entier. - Mais qu’y a-t-il là-dessous, Célestin ? Derrière ce fouillis ? Derrière cette… J’hésite. J’ose. - … fuite ? - Rien du tout. Il se ferme. Comme une huître. Je n’obtiendrai plus rien de lui ce soir. D’autant que s’ouvre la porte de l’aquarium, et que Jean-Jacques l’y appelle. Il s’y rend en traînant les pieds, semblant porter sur ses épaules tous les péchés du monde. - Qu’est-ce qui se passe ? me demande Agnès, peu au fait des us et coutumes du Centre. - Rien, lui répond Damien, venu s’installer confortablement à mes côtés. Célestin se fait sanctionner, comme d’habitude. - Qu’est-ce qu’il a fait ? - Sans doute rien, comme d’habitude. Elle renonce à demander des explications. J’en suis soulagée. Je ne désire aucunement lui en donner. Je n’en ai pas moi-même. Ou si peu. Et qui me mettent hors de moi. |
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