Chapitre 333:
Chapitre 60.6
(par
lambertine, ajouté le 12/02/01 23:07)
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Il est quatre heures trente du matin. Je n'ai pas encore dormi. J'ai regardé défiler les minutes sur l'écran du radio-réveil posé sur la table de nuit. J'ai peur. Peur de me faire renvoyer et de perdre l'estime de mes enfants. Peur de me faire "sucrer" mon week-end comme tout résident neutralisé. Peur que Célestin commette l'irréparable entre ici et la maison de sa mère. J'ai peur, et besoin de parler. A quatre heures trente du matin. Alors, je me lève. J'enfile mes pantoufles. Je remarque que je ne porte pas de chemise de nuit, mais mes vêtements de la veille. Je dois perdre la tête. A coup sûr, je perds la tête. Sinon, je ne descendrai pas les escaliers pour aller discuter avec une éducatrice que je n'aime pas. Même si elle est la seule présence officiellement éveillée à l'intérieur du Centre. Et même si m'écouter fait, après tout, partie de son travail. - Julie ? Elle est assise dans le bureau d'accueil. Elle lit Twillightun livre à la mode, histoire de vampires et d'adolescentes romantiques. A-t-on besoin de récits d'horreur lorsque l'on travaille dans un endroit comme le Centre ? L'horreur n'y est-elle pas présente au quotidien ? L'éducatrice m'offre un siège, un café. Elle a dû remarquer mes yeux rougis, et mes paupières gonflées de chagrin. Elle ne dit rien. Elle attend. Je commence par fondre en larmes. Elle devait s'y attendre, la boîte de kleenex à portée de main. Puis, je laisse éclater ma colère, mon incompréhension. Pas du renvoi de mon jeune ami, mais de ce qui a conduit à sa rechute, et à ce renvoi. - Il allait mal. Il allait de plus en plus mal, depuis des jours et des jours. J'ai essayé de vous le dire. J'ai essayé d'appeler au secours. Mais tout ce que vous me répondiez, c'était "occupe-toi de toi". Tout ce que j'entendais, c'était des menaces, des histoires de RP, et des cochonneries. Elle évite mon regard, le plonge dans sa tasse de café. Pour se donner une contenance ? - Tout le monde le pensait. Toute l'Equipe. Que toi et lui étiez amants. Nous ne pouvions rien faire sans en avoir la preuve, mais... Je n'ai même plus envie de m'indigner. Je n'en ai plus la force. Je me contente de hausser les épaules. - Et vous êtes psychologues ? Tu m'as regardée, Julie ? Tu as vu mon corps, et l'âge que j'ai ? Et puis... jamais je n'aurais pu le toucher. Il était la dernière personne ici que j'aurais pu toucher. Et pendant que vous imaginiez ces... ces choses, vous n'entendiez pas nos appels au secours. Vous n'avez même pas entendu ce que le docteur vous a dit, hier matin. - Tu écoutes aux portes ? - J'ai entendu, c'est tout. Je ne l'ai pas fait volontairement. Elle ne me croit pas, j'en suis certaine, mais peu importe. - Nous savions qu'il n'allait pas bien, Diane. Et tu n'es pas idiote. Je suis sûre que tu as compris ce que nous voulions faire. Tu sais quel était le thème de son recentrage ? Je dis ce qui me fait mal. - Je dis ce qui me fait mal. Elle a un sursaut d'étonnement. - Tu savais ? Comment ? Parce qu'il y a un cahier dans ma chambre. Un cahier d'écolier, couvert d'une écriture enfantine. Un cahier où tout est écrit. - Peu importe. Je savais. Je sais. Ce que vous vouliez qu'il fasse, et ce que vous vouliez qu'il dise. Il n'aurait jamais pu. Personne n'aurait pu, à sa place, devant tout le monde, ou même en groupe de parole. - Mais à toi, il a parlé. - Je ne lui ai rien demandé. |
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