Chapitre 339:
Chapitre 61.4
(par
lambertine, ajouté le 16/03/01 23:04)
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Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi précisément aujourd'hui ? Est-ce le hasard, le destin ou la providence ? Ou simplement l'intuition de Florentine ? J'ai la gorge nouée. Je ne peux plus rien dire. Rien du tout. Je reste muette. Comme une tombe. Comme sa tombe. J'embrasse le fin duvet qui tient lieu de chevelure à mon petit-fils. Je ne sais où me mettre, face à mes belles-filles que je connais à peine. Madeleine pâle et fine. Aurore aux longues boucles brunes. Que peuvent-elles penser de moi, d'une belle-mère alcoolique et dépressive ? D'une belle-mère restée en partie figée au bord du tombeau d'un enfant mort il y a vingt et un ans. Vingt et un ans !
- Je leur expliquerai. Aux psychologues. Je leur montrerai la photo de Jean. Ils seront bien obligés de comprendre pourquoi tu t'es attaché à quelqu'un de son âge. Pourquoi tu as agi comme tu l'as fait. Je laisse parler ma fille. Peut-être a-t-elle raison Peut-être l'écoutera-t-on lors de l'entretien familial de Lundi ? Peut-être, mais j'en doute. Et puis, est-ce la vérité ? Si tu t’es attachée à moi, est-ce… est-ce parce qu’il te manque un petit garçon ? Aurais-je agi différemment si Jean n'était pas mort ? J'espère que non. Mais aurais-je été au Centre si Jean n'était pas mort ? La vie aurait été autre. J'aurais été autre. - Vous n'avez pas honte de moi ? - Nous sommes fiers de toi. Fiers ? Il n'y a vraiment pas de quoi ! - Nous sommes fiers de toi, reprend-elle, mais tu devrais arrêter de t'inquiéter. Tu ne te feras pas renvoyer. Et ton copain s'en sortira. - Je cesserai de m'inquiéter lorsque je serai morte. Les liserons grimpent sur la clôture qui entoure l'étang. Personne ici n'a songé à les arracher et les délicates corolles blanches s'épanouissent en toute liberté. Une libellule frôle de son corps fuselé une masse translucide et gluante d'œufs de grenouille. Des poissons rouges jouent à cache-cache sous les feuilles de nympheas. Frédéric embrasse Aurore alors qu'Aurélien glisse sa main dans celle de Madeleine. Aurélien - l'autre - lance un ballon de plage vers Noé qui rit aux éclats. Le soleil brille, il fait beau. Mes enfants sont heureux, et j'ai le cœur meurtri. |
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