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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 34: Chapitre 11.3
(par lambertine, ajouté le 19/08/09 15:34)


- Alors ? interroge Damien quand le jeune garçon se laisse lourdement tomber dans un des fauteuils mous du salon.
- Fermeture ce soir. Poubelles demain matin. Une paille, quoi. Paraît que je n’ai pas débarrassé après dîner.
- Mais, tu…
- Laisse tomber, Diane !
Je sais très bien, et lui aussi, qu’il n’a pas négligé de débarrasser la table. Que c’est sans doute quelque un d’autre. Mais je ne dirai rien. Pas ce soir, puisqu’il ne le veut pas.
- Ça vous dirait, un atelier chant ? propose Damien, passant du coq à l’âne. Marie-Line et Béatrice sont intéressées. Dominique n’a pas dit non. Et Honoré serait très honoré d’y participer. Et vous ?
Agnès frappe dans les mains comme une petite fille. J’accepte de bon cœur.
- J’aire enfin l’occasion de jouer de la guitare. Si vous avez des partitions, je suis preneur. Et toi, Célestin, ça t’intéresse ?
Le garçon ne répond pas. Il s’est endormi, un journal sur les genoux, dans le fauteuil rouge.
- Il va encore se faire saquer, commente Damien.
- Mais il ne fait rien de mal ! s’insurge Agnès. Je ne comprends pas.
- Il dort, dans le salon, pendant le temps salon. Il ne peut pas. Personne ne peut. Règlement, règlement ! Bon, je l’inscris quand même. Il chante bien et il aime ça.
Il ne faut pas dix minutes à Richard pour accomplir la prédiction de Damien. Réveillé sans ménagement par l’éducateur, Célestin se frotte péniblement les yeux et le suit dans le cabinet médical. Agnès grimace.
- Analyse, explique notre compagnon. Dormir en dehors des heures peut être un signe de rechute. Donc, particulièrement quand on est un type insolent et indiscipliné - ne dis pas le contraire, Diane - et qu’on se trouve dans le collimateur des éducs, on pïsse dans le pot.
Je ne peux m’empêcher de maugréer un « Ils exagèrent » que Damien ne conteste pas.
- Non seulement ils exagèrent mais ils se trompent. Il n’a rien pris, et a été sanctionné à tort. Donc, je vais tout fermer au grenier. Dis-le à ton chouchou. Ah, et tant que tu y es, dis-lui que je suis jaloux qu’il soit ton chouchou.
Il tourne les talons et s’encourt. Gentil garçon, trop rarement pris au sérieux par les autres résidents. Évidemment, quand il sort des âneries comme cette histoire de chouchous… Je n’en ai pas, de chouchou. J’aime bien Célestin, comme Aurélien, comme lui. Simplement, le plus jeune d’entre eux est aussi le plus rétif et le plus vulnérable. D’où ma sollicitude particulière à son égard.
Sollicitude qui me pousse à ramasser les verres sales et à faire tourner le lave-vaisselle en compagnie de la nouvelle « bleue ». Qui se révèle un vrai moulin à paroles. Tout y passe. Son métier de haute technologie. Sa vie à la campagne. Son amour de la ferme, des chevaux et des vaches. Surtout des vaches. Son amie esthéticienne. Ses deux gamins.
- Qui s’occupe d’eux, depuis que tu es hospitalisée ?
- Le papa du deuxième.
De la douleur dans cette réponse anodine. Où se trouve le papa de l’aîné ?
Elle partage avec moi l’amour de l’Art, des belles choses. Aime dessiner, écrire, même si elle trouve son orthographe déplorable, fabriquer des bijoux, faire du shopping. Rire, chanter, faire la fête. Elle se plaint de ses parents envahissants.
Elle est nettement plus douée que moi pour la vaisselle.
Quelqu’un me prend par la taille, me fait tournoyer et m’embrasse sur la joue. Je le sermonne, même s’il me fait plaisir.
- Tu vas encore te faire sanctionner.
Il hausse les épaules. Il dit qu’il s’en fiche.
- Une fois de plus, une fois de moins… J’ai l’habitude, maintenant. Ça ne me fait plus rien. Mais merci à toutes les deux.
Je lui explique que l’initiative vient de Damien. Il s’éclaire d’un sourire enfantin. Il s’attendait à tout, sauf à ça. Il s’attend rarement à la gentillesse d’autrui. Je lui suggère de dire à l’Équipe à quel point il est épuisé. Ses yeux se durcissent. Il prend dix ans en dix secondes.
- Jamais. Je ne leur ferai pas ce plaisir. Et leur dire que je suis fatigué de ne rien faire ? Ils seraient trop contents. Pas question !
- De ne rien faire ? s’étonne Agnès. On ne fait rien, ici ?
- JE ne fais rien, nuance ! D’après l’Équipe, du moins.
Il se sert un verre de lait, repart vers le salon, et commence une part de solitaire.
Comme d’habitude.
- Il me fait penser à Ben, ce garçon. Un vrai chat sauvage, sur le qui-vive. Et c’est vrai que vous avez l’air très complices. Ne me mettais-tu pas en garde contre les relations privilégiées, tout à l’heure ?
Je ne relève pas ces mots. Ils me touchent, pourtant, après le « chouchou » de Damien. Relation privilégiée ? Je m’en défends.
- Sa RP, c’est le Solitaire du salon.
- En toute franchise, je ne vois pas en quoi une amitié peut empêcher la réussite d’une cure. Quant à moi, je ne recherche pas d’amourette. Surtout avec un gamin à problèmes. J’ai déjà assez d’ennuis comme ça, dehors.
Ses parents, ses beaux-parents, son compagnon. Elle est jeune, pourtant. Elle est belle. Très belle. Visiblement intelligente. Visiblement meurtrie.
Visiblement orgueilleuse, aussi.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.