Chapitre 352:
Chapitre 64.1
(par
lambertine, ajouté le 09/04/01 01:25)
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Je déteste Brigitte. Elle m'énerve. Elle m'irrite. Elle me... quand je pense à elle, je me sens devenir vulgaire. Parce que je l'ai vue à deux reprises refuser des médicaments prescrits par le médecin à des garçons qui souffraient. Et parce qu'elle est une menteuse. Libre à elle de me donner "la fermeture" comme sanction. Mais je e supporte pas qu'elle m'enguirlande, puis me dénonce pour e pas avoir accompli correctement cette tâche. Parce que c'est faux. Parce qu'hier soir, j'ai bel et bien tiré les rideaux, éteint toutes les lumières, vidé les cendriers du fumoir, lancé une dernière vaisselle, verouillé l'armoire aux GSM, et fermé les fenêtres. Toutes les fenêtres. Même celles des toilettes. Même celles des Trois Petits Cochons. Je suis sûre de moi, parce que je l'ai fait en râlant. Fermer les fenêtres de toilettes à l'odeur d'égoût persistante, j'ai trouvé ça stupide. Surtout par une belle et chaude nuit. Elles auraient dû rester ouvertes, ces fenêtres. Elles sont restées ouvertes, d'après Brigitte. Je sais que c'est faux, mais je ne peux me défendre. Elle est l'une des plus anciennes et des plus expérimentées éducatrices du Centre. Je ne suis qu'une résidente alcoolique. Indisciplinée. Rebelle. Et sanctionée. Neutralisée. Neutralisée ! Suis-je une criminelle ? Une terroriste ? Les mots ont-ils un sens ? Ai-je encore droit aux mots ? Ai-je d'autre droit que de baisser la tête ? Que d'obéir ? Que de plaider coupable ? Coupable de n'avoir pas, soi-disant, fermé une fenêtre ! C'est ridicule, digne d'une classe de maternelle. C'est ridicule, et c'est tragique. Parce qu'à cause des mensonges de Brigitte, je suis accusée devant mes pairs, obligée d'entendre des paroles humiliantes qui n'ont aucun sens, menacée, une fois de plus, d'exclusion. Pour une fenêtre que j'ai bel et bien fermée. Il me semble que l'Equipe s'est trouvé un nouveau souffre-douleur, un nouveau contre-exemple. Manque de chance, ce repoussoir, c'est moi. Moi, qui n'ai plus le droit de faire du body au réveil, ni de m'inscrire au "cours de danse" orgaisé par Gabriel et Soazig, ni d'accompager Raoul à la pêche. Ni... Rien. Les autres m'évitent, et j'en suis blessée. Même si je 'ai rien contre la solitude. Même si je m'en suis fait presqu'une amie Une douce habitude , j'ai mal au coeur, et mal à l'âme. Je me pose plus que jamais des questions sur moi-même. Sur mes chances de réussite. Sur ma propre dignité d'être humain. Selon l'Equipe, je 'ai pas d'amis. Ni ici, ni dehors. Je n'en aurai jamais. Avec le caractère que j'ai, ce n'est pas étonnant. Prétentieuse. Arrogante. Combien de fois l'ai-je entendu dans ma jeunesse ! Ils doivent avoir raison. Que me reste-t-il, alors, si je dois faire le deuil des relations humaines ? Le travail manuel, peut-être. Mes perles dans l'aquarium, et l'atelier de Léon. La ferronnerie, dont mon sexe aurait dû m'écarter. Et l'écriture. Quitte à ne plus parler, autant m'exprimer autrement. Autant raconter des histoires, tristes et violentes. Les coucher sur papier, en espérant qu'un jour, qui sait, elles toucheront l'âme d'un lecteur et, peut-être, l'aideront à vivre, comme elles m'aident à vivre moi-même. Demain, c'est la staff. Je saurai si je suis renvoyée ou pas. En attendant, j'écris. Je fais vivre des personnes qui n'existent pas, à défaut de pouvoir communiquer avec celles qui existent. Je laisse couler les heures, essayant de ne pas penser à ma vie, de ne pas m'inquiéter pour les absents. Je ne cesserai de m'inquiéter que lorsque je serai morte. Je n'ai pas le droit de prendre la parole au night meeting. Peu importe : je n'ai rien à y dire, que du chagrin et de la colère. J'attends. Je n'écoute pas. J'attends. J'ai froid, et j'ai mal à la tête. Agnès ouvre l'armoire aux GSM. Vous avez un message non lu. Je ne reconais pas le numéro. Je vais mieux. Ne t'inquiète pas. Prends garde à toi. Gros bisous et à bientôt. Meneladan .
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