Chapitre 355:
Chapitre 64.4
(par
lambertine, ajouté le 17/04/01 16:08)
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Seule, dehors, je ne risque pas d'influencer mes cocuristes, de leur faire emprunter un mauvais chemin. Ou de les "couvrir" en cas de rechute... ou de RP. Seule, dehors, je ne serai un danger que pour moi-même. Espèrent-ils me voir tomber ? Espèrent-ils me voir rentrer ivre au Centre, et avoir l'occasion de me renvoyer sans paraître inéquitables ? Peut-être. Peut-être pas. Peut-être veulent-ils jouer avec moi la carte de l'orgueil blessé. Ce sont des professionnels, après tout. Mais qui connaissent des échecs Tant d'échecs. Sommes-nous à ce point incurables ? Sommes-nous tous, autant que nous sommes, des causes définitivement perdues ? Ne suis-je moi-même qu'une cause perdue ? Il n'existe pas de causes perdues Seulement des causes abandonnées, des causes pour lesquelles plus personne ne se bat. Mais je me sens abandonnée. Et je n'ai plus envie de me battre. Certains diront que je mérite ce qui m'arrive. Que je l'ai bien cherché. Que je n'avais pas à défier l'Equipe. Que ce n'est que justice que je sois punie à mon tour, moi qui ai tant demandé à ne pas l'être moins que les autres. Que j'aurais dû être exclue, pour ces raisons-là, et d'autres encore, improuvables. Sans doute ont-ils raison. Sans doute aurais-je dû rester à ma place. Ma place de Résidente. Ma place d'alcoolique. Ma place de moins que rien. Sans doute aurais-je dû me taire. Et obéir. Me soumettre à l'autorité. Sans doute devrais-je regretter mes paroles, mon attitude, mes actes. Je ne regrette rien de tout cela. J'ai peur, je suis malheureuse, je suis désespérée, mais je ne regrette rien. Sauf de n'avoir pas dit à Murielle d'emmener son fils loin du Centre. Et cela, personne ne peut le savoir.
- Ca vaut mieux. - Qu'est-ce qui "vaut mieux", Patrick ? Et que fais-tu là, à me parler ? Aurais-tu oublié que je suis en quarantaine ? Il hausse les épaules. Il n'est pas là pour parler de lui, ni de moi Et il n'est plus ce que l'on peut appeler un "jeune homme". - J'aurais dû venir te voir avant. Mais je suis comme les autres. Lâche. Et surtout, j'ai à faire ici. - Comme nous tous. Il tire une bouffée, jette sa cigarette sur le sol et l'écrase du talon. Sort son paquet, son briquet. - Une clope ? J'hésite à dire oui. Je tends la main. La retire quand dans ma tête, j'entends la voix d'un héroïnomane de vingt et un ans me faire la morale. - Non. Merci. - Pas vraiment comme vous tous, reprend-il. Je n'ai pas le droit de me faire virer. J'ai un contrat. Il allume sa cigarette, me fixe droit dans les yeux. - Mais peu importe, Diane. Ca vaut mieux. Que les mouflets soient loin d'ici. - Les mouflets ? Tu parle comme Éric. - Non. Je parle d'Éric. Plus loin sont les proies du prédateur... - C'est lui qui a commandé la came. Je ne devrais pas lui faire confiance. Je ne devrais faire confiance à personne. - Je sais. Pour lui. Et pour eux. Excellent moyen de pression. Mais ça a mal tourné. Et maintenant, ils sont loin, les mouflets. - C'est lui qui devrait être dehors. - Non. Pas dehors. Enfermé. Ailleurs. Comme mon père aurait dû l'être. Comme devraient l'être tous les esclavagistes. - C'est toi qui dit ça ? - Je suis ce que je suis, Diane. Je suis un mac. Mais je n'ai jamais forcé personne. Sans doute parce que je suis aussi un fils de pute.
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