Chapitre 360:
Chapitre 65.3
(par
lambertine, ajouté le 12/05/01 00:27)
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Je ne suis pas certaine qu'aller voir une tragédie soit le meilleur moyen de se remonter le moral en cas de déprime. Le fait de voir et de savoir qu'il y a "pire ailleurs" ne m'a jamais fait relativiser mes propres chagrins. Comme celui de savoir qu'il y a "mieux ailleurs" ne diminue pas mes propres bonheurs. Je suis pourtant douée pour rentrer dans les films ou les livres, pour ressentir les émois, les craintes, les sentiments des personnages. Il m'arrive souvent de ressortir en larmes d'une salle de cinéma, comme d'éclater de rire à la lecture de dialogues savoureux. Je me demande parfois si je ne m'attache pas plus à des gens qui n'existent pas qu'aux êtres bien vivants de mon entourage. Si je ne manque pas de cette empathie dont il est fait tant de cas dans la psychologie actuelle. Les faits divers me laissent indifférente. Je ne parviens pas à me dire "et si c'était ma fille qui s'était fait violer ?", "et si c'était mon fils qui était mort dans cet accident ?", "et si c'était moi qui m'étais retrouvée otage en Afghanistan ?" Je n'y parviens pas, et me pose souvent la question : "suis-je un monstre" ? Je n'ai pas de réponse. Je voudrais bien, pourtant. Je voudrais bien, parfois, haïr les criminels, pleurer sur les victimes, hurler avec la foule, mais je n'y arrive pas, mais je ne le peux pas. Alors que je sanglote sur des héros de papiers, et déteste des monstres de celluloïd. Je devrais être différente. Je devrais être comme les autres. Je devrais être humaine. Suis-je seulement humaine ? Je sors du tiroir de la table de nuit un papier, un stylo, et me mets à écrire. A écrire une histoire dont je connais la fin. Lorsqu'on frappe à ma porte. - Diane ? Je n'ai pas envie de me lever. Je n'ai pas envie d'ouvrir. mais je le fais quand même. Par politesse. Par le souvenir de l'éducation qui fut mienne. - Béatrice ? Je veux sortir de la chambre, puisqu'il nous est interdit de faire entrer un autre Résident dans notre domaine provisoire, mais elle force ma porte, et s'assoit sur le lit. - Tu as parlé au gamin ? me demande-t-elle de but en blanc. - Je n'en ai pas le droit, et tu le sais. Tout le monde le sait. Elle me regarde fixement. Elle n'a pas l'air hostile. Plutôt bienveillante, et inquiète. Elle aimait beaucoup Célestin. - Mais tu l'as appelé, n'est-ce pas ? Mais je me méfie quand même. - Il ne répond pas. - Pourtant, tu as des nouvelles. - Je ne lui ai pas parlé. Tu peux le dire aux autres, à l'Equipe, à qui tu veux. Ce ne sera que la vérité. La stricte vérité. Elle me jure ses grands dieux qu'elle ne me trahira pas, qu'elle ne dira rien à personne, que je n'ai aucune raison de me méfier d'elle. Aucune raison ? Peut-être. Mais je me méfie de tout le monde, à présent. Même d'elle. Et je ne lui ai dit que la vérité. Presque toute la vérité. - Je sais qu'il est vivant, qu'il est malade, et qu'il est auprès des siens. Rien de plus. - Tu es sûre que... tente-t-elle d'insister. - Rien de plus, Béatrice. - Pourquoi es-tu à ce point sur la défensive ? Qu'est-ce que je t'ai fait, Diane ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
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