Chapitre 375:
Chapitre 68.2
(par
lambertine, ajouté le 18/08/01 23:40)
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- Votre politique ? Quelle politique ? Celle qui consiste à attendre une délation avant de réagir ? Celle qui consiste à considérer comme complice celui qui croit, de bonne foi, que vous connaissez votre métier ? J'aimerais y adhérer, à votre soi-disant politique, mais j'en suis incapable. D'autant que, cette fois, Simon avait bel et bien parlé. Et que vous ne l'avez pas cru. Ma gorge se serre. Je m'attends à une réaction brutale du Patron, ou de l'un de ces acolytes. Mais non. Il se défend plutôt mollement. Assure que Simon n'a pas vraiment dénoncé Eric, seulement Célestin d'avoir fourni de la coke au proxénète. Je sens la main du jeune homme serrer la mienne, comme pour me dire "tais-toi", avant de l'entendre prendre la parole. - C'est inexact, Thomas. Je vous ai rapporté ce que m'avait dit mon copain, juste après sa rechute. Juste avant que je le dénonce, lui. Je vous ai dit qu'Eric lui avait demandé, pour ne pas dire commandé, d'apporter de la came ici. Je m'attendais à ce que vous le contrôliez. C'était la moindre des choses. Mais non. Non seulement vous n'avez pas remarqué qu'il sniffait, mais vous avez laissé couler. Vous avez préféré recentrer Diane, qui n'avait rien à voir avec cette histoire, qui n'avait fait que... - Ca suffit, Simon. Diane avait transgressé le règlement. Nous n'avons que sanctionné son indiscipline. Le débat est clos. Quelqu'un d'autre désire s'exprimer ? Sauf Diane, bien entendu. Quelqu'un d'autre ? Non. Visiblement personne. Pas même moi. La réunion se termine. Le patron nous libère. J'attends. J'attends que tout le monde ait quitté le Grand Grenier, avant de me planter devant le directeur, de plonger mon regard dans le sien. - Vous êtes fier de vous ? - Tu n'as pas droit au chapitre, Diane. Estime-toi seulement heureuse de ne pas avoir été exclue de ces murs. Je ne baisse pas la tête, ni les yeux. Je continue à le fixer intensément. - Je vous demande pourtant si vous êtes fier de vous. Vous vous êtes trompé, Thomas. Vous vous êtes fourré le doigt dans l'oeil jusqu'à l'os au sujet d'Eric. Ayez au moins la décence de le reconnaître devant vos patients, au lieu de vous décharger de votre responsabilité sur un garçon qui n'est même plus là pour se défendre. Vous vous êtes trompé, et ce n'est pas la première fois. Je tourne les talons, dévale l'escalier à toute vitesse, ne m'arrête pas au rez-de chaussée. Je descends à la cave, m'enferme dans le cachot, et, là, dans le noir absolu, j'éclate d'un rire irrépressible.
- Je te présente Emilienne. J'embrasse la jeune fille sur la joue. C'est interdit, mais peu importe. Il n'y a personne dans la chaufferie que Simon, elle et moi. Elle ne semble pas très à l'aise. Il ne doit pas faire bon arriver au Centre un jour comme aujourd'hui. Et encore moins se faire entraîner à la cave par un inconnu pour discuter avec une proscrite. - Tu la connais d'avant ? - Un peu. Assez pour savoir qu'elle ne dira rien. Qu'elle n'est pas une balance dans mon genre. Et qu'elle en sait assez sur le Centre pour ne pas être effrayée par notre conversation. - Ce sont mes parents qui m'ont forcée à venir, explique-t-elle d'une voix juvénile et douce. Comme si ça pouvait servir à quelque chose ! Je n'ai pas envie d'arrêter de boire. J'ai encore moins envie de passer des mois dans une prison qui ne veut pas dire son nom. Je ferai semblant. Un certain temps. Et puis... Elle agite les mains, mime un oiseau qui prend son envol. Je devrais, je le sais, lui faire la morale. Je n'en ai pas envie. Je ne suis pas Dieu, pour être capable d'aider une enfant qui ne veux pas guérir. Qui, comme Jérémie, ne cherche qu'à se détruire. Peut-être un jour saurais-je pourquoi ? Mais pas ce soir. Ce soir... - Je te l'avais dit, que ça marcherait, Diane ! Qu'ils seraient obligés de l'exclure. Même s'ils n'ont pas cru à mon histoire. - Ca ne t'a pas empêché de la raconter une nouvelle fois. Tu vas te faire mal voir, pour ça. Encore un peu plus. Eric était très apprécié. Plus que je l'imaginais. Patrick avait raison. Et quelle idée, d'en plus prendre ma défense ! Tu sais bien qu'ils ont horreur de ça. Le garçon sourit, ironique et sûr de lui. Il se moque bien de l'attitude des autres, et même de l'Equipe. Ca lui est égal d'être ostracisé, ou même renvoyé. Il est certain d'avoir agi comme il le fallait. - Quant à prendre ta défense... j'ai fait exclure la seule personne qui te protégeait, dans ce panier de crabes. C'est la moindre des choses d'essayer de le remplacer, au moins un peu. - Qui me... Protégeait ? Simon dit vrai. Célestin me protégeait bel et bien. De moi-même, des autres, et de l'ambiance délétère du Centre. Il me permettait de me battre, et de rester moi-même. De ne pas devenir un mouton parmi les autres. De ne pas accepter l'inacceptable, comme je l'accepte trop, depuis qu'il n'est plus parmi nous. Je ne m'occupais pas d'une cause perdue. C'était bien plus Célestin qui prenait soin de moi, et Simon l'a vu. Simon est le seul à l'avoir vu.
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