Chapitre 42:
Chapitre 12.8
(par
lambertine, ajouté le 04/09/09 22:05)
|
Je le prends par la main comme un petit garçon, le petit garçon qu'une part de lui est encore, et je l'entraîne vers le fond du jardin, vers l'auvent qui abrite le "banc des psys", isolé, loin du fumoir et des autres résidents. Je le force à s'asseoir, vais nous chercher deux tasses de camomille bien chaudes, lui en mets une entre les mains. - Bois. Çà va te faire du bien. Il obtempère. S'inquiète ensuite pour sa tâche. - Si ton copain a besoin de toi, il viendra te chercher. Mais il doit être capable d'écrire le programme de Samedi tout seul, non ? - Tu as raison, mais je me fais l'effet d'être un lâcheur. C'est moi, "loisir 1". Il se tait. Le silence s'installe dans la nuit glacée. Je bois lentement ma tisane en fixant le sol détrempé. J'ai froid. Mon compagnon aussi, sans doute. Mais mieux vaut pour l'instant le froid que les autres. - Diane ? - Oui, Célestin... - Qu'est-ce que tu penses de moi, Diane ? Je ressens chez lui une crainte réelle, profonde, de ma réponse. - Ce que je pense de toi ? Je marche sur des œufs. Le mot le plus anodin peut le blesser, le faire fuir. Je parle d'expérience. - Ce que je pense vraiment de toi ? Il fait un véritable effort sur lui-même pour me répondre : "Oui, vraiment". Je réfléchis. Longuement. - Je pense... Je me lance. - Je pense que tu es un gentil garçon. Un très gentil garçon. Très attentif aux autres. Rempli d'amour à donner, et très vulnérable. Je pense que l'on t'a blessé dans le passé. Souvent. Et gravement. Que tu veux le cacher. Que tu en as le droit. Mais qu'il vaudrait peut-être mieux... - Non ! Je... - Attends ! Ne t'emballe pas. Il vaudrait mieux que tu t'ouvres, que tu te libères, mais c'est à toi de décider. Je pense aussi que tu as grandi trop vite. Que tu as dû te battre pour survivre. Que tu as choisi un mauvais, un très mauvais chemin. Que tu as fait de grosses bêtises, et que tu as craqué. Que tu es tombé très bas. Mais que tu as beaucoup d'orgueil. Tu as aussi beaucoup de courage, et de talents. Trop de talents, peut-être. Tu es intelligent. Tu as la bosse du commerce, et tu sais négocier. Tu es beau comme un ange. Tu chantes comme un oiseau. Tu es sportif, et habile de tes mains. Je pense que tu as mal utilisé tes qualités, mais que tu es très jeune. Tu peux rebondir. Mais, pour ça, tu dois d'abord guérir. Il pousse un soupir de soulagement. A quoi s'attendait-il ? - Tu ne me considères pas comme un salaud, alors ? Comme un marchand de mort ? - Tu n'as jamais forcé personne à t'acheter quoi que ce soit. Et tu étais le premier à prendre tes crasses. Et d'autres, bien pires, jusqu'à te détruire. Alors, non. Je te considères comme un enfant malade. Parce que tu es un enfant malade. Et malheureux, depuis trop longtemps. Mais tu peux guérir. Tu vas guérir, petit prince. - Je ne suis pas un petit prince. - Si, mais démuni, comme le dit la chanson à la mode. - Sauf que je n'ai pas d'amis. - Tu as ta maman. Elle t'aime, tu sais. Elle t'aime tant. Et, pour le peu que ça compte, tu m'as, moi. - Ça compte beaucoup. Il me prend furieusement dans ses bras. Me serre à m'étouffer. - Tu es comme ma maman, ici, me dit-il à l'oreille. D'ailleurs, tu ressembles à ma maman. Il s'écarte de moi aussi vite. J'effleure sa joue glacée par le crachin d'hiver. Mes enfants me manquent, il a leur âge, et besoin d'affection. - Et toi, tu es un peu mon petit garçon. Il me manque un petit garçon... - Diane... Demain... J'ai peur de craquer devant tout le monde. Je ne veux pas qu'ils me voient fragile. Mais tu es fragile, gamin... - Fais comme moi. La veille, j'ai présenté ma courbe, ma vie. Je m'en souviens à peine. - Parle comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre. De quelqu'un qui t'indiffère. Et si ça ne va pas, regarde-moi dans les yeux. Et ne t'adresse qu'à moi. Maintenant, vas dormir. Tu en as bien besoin. Il m'embrasse, comme un enfant sa mère. Mes enfants me manquent.
|
|
Voir le
chapitre 42 sur 395
|
|
|
Script fourni par
,
adapté et modifié par .
|