Chapitre 44:
Chapitre 13.2
(par
lambertine, ajouté le 10/09/09 23:32)
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- C'est dingue ! Il devrait être mort dix fois ! Et il s'y connaît, le bougre ! Petit, mince, nerveux, il a les yeux cernés de celui qui n'a pas dormi depuis des jours. Ou des semaines.Le sevrage de méthadone est difficile. Le manque induit des insomnies à répétition, et Ben est proche de l'épuisement total. - J'arrive pas à y croire. Une conso pareille, c'est la limite de l'overdose tous les jours. Et je sais ce que ça veut dire. Il se tait. Il écoute Célestin raconter sa toxicomanie sans passion, posément, aussi calmement que s'il exposait un théorème mathématique. Répondre aux questions qui fusent ensuite. Questions concernant ses parents, sa sœur, sa vie. Pas plus que les autres auditeurs, il ne remarque la façon dont le jeune homme esquive ce qui le touche de près. Ni les yeux bruns rivés aux miens. - Puttain ! fait-il à plusieurs reprises. Puttain ! Pourquoi tout-çà ? Seul Célestin pourrait répondre. Et il ne le fera pas aujourd'hui. S'il le fait un jour... Je sens Ben de plus en plus loin de la Cure. Les paroles de mon jeune ami l'emportent ailleurs, dans un tourbillon de fêtes, de folie et de déchéance. Sa respiration s'accélère. Il tremble. - J'ai envie de vomir, murmure-t-il. Je me tourne vers lui, rompant le lien avec Célestin. Célestin qui, à l'instant même, se rend compte du malaise de Ben. - Et ton papa, interroge une voix non-identifiée, il... - Pardon, interrompt-il, mais je crois que Ben est malade. Sans se préoccuper des autres, de l'Equipe, de son travail, il s'approche du garçon. S'agenouille devant lui. Se met à lui parler gentiment. - C'est toi, répond Ben faiblement. C'est ce que tu racontes. Ça m'envahit. La came coule dans mes veines. Elle m'étouffe. Elle m'emporte. Elle... Il s'effondre dans les bras de Célestin, conscient, mais grelottant de faiblesse et de froid. - Bon sang ! crie maintenant mon ami. Il va vraiment très mal. Il lui faut un docteur. Tout de suite ! Camille, enfin, arrive auprès de nous, soulève le garçon comme une plume et l'emporte hors de la pièce. Célestin, blanc comme un cadavre, se relève avec difficulté. Je lui offre un bras sur lequel il s'appuie lourdement. Il tente néanmoins de me rassurer. - T'inquiète pas. Ça va aller. Pour moi, en tout cas. Pour Ben, par contre... Il n'a pas le temps d'achever. Marc, qui remplace Camille comme animateur de la réunion, lui demande avec une gentillesse inhabituelle de reprendre sa place et de continuer. Le brouhaha qui avait suivi le malaise de Ben s'arrête. Mais plus personne ne pose de question à Célestin. Sauf l'éducateur qui, rituellement, combien de périodes il croit nécessaire à sa cure. - J'aimerais vos dire deux, répond-il. Mais je sais trop bien que ce n'est pas vrai. J'espère de tout cœur que trois suffiront. Sa réponse ressemble comme deux gouttes deux à la mienne, deux jours plus tôt. "Je voudrais deux, mais je sais que ce sera trois". Marc en prend acte en souriant. - Tu peux aller t'asseoir. Un silence. Célestin prend la chaise de Ben. - Je dois reconnaître que tu as bien réagi. Très bien, mon garçon. Et je voudrais signaler aux incrédules que j'ai eu entre les mains ton dossier médical, et qu'il n'est pas question de mettre en doute ce que tu viens de nous exposer. A toi, maintenant, Dominique. La petite femme blonde s'avance, très intimidée. Elle affiche, avec l'aide d'Aurélien, elle aussi, sa courbe au tableau. Et attend. - Nous allons à présent, reprend l'éducateur, découvrir une courbe très différente de la précédente. Une courbe et une vie très différentes des précédentes. Vas-y, Dominique. |
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