Chapitre 47:
Chapitre 13.5
(par
lambertine, ajouté le 13/09/09 11:39)
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Nous nous regardons, ébahis. Communautaire extraordinaire égale renvoi. - Nous avons le regret d'avoir dû interrompre la cure de Delphine pour cause de relation privilégiée. Vu sa situation sociale particulière, nous acceptons de garder Pierre sous réserve qu'il cesse immédiatement toute relation avec elle. Brouhaha. Questions. Nous apprenons que les tourtereaux ont été surpris par une éducatrice en pleins ébats. Et ce, horreur, dans un des trois petits cochons. Célestin, malgré le tragique de la situation, maîtrise mal son hilarité. Hermann pleure comme une madeleine. Ses soupçons seraient à l'origine du flagrant délit. Plusieurs résidents lui jettent la pierre. L'Equipe le présente comme un héros. Je reste dubitative. Jamais je n'aurais pu dénoncer les jeunes gens. D'autant que cette règle n'a pour moi aucun sens. Il n'empêche que le vieil homme n'a fait que se soumettre à la loi du Centre, en accord avec son éducation rigide et rigoriste et son statut de haut fonctionnaire. Je ne puis le condamner. Je ne puis adhérer à l'un des clans qui se forment dans le Grand Grenier. Visiblement, Célestin non plus. - Je t'expliquerai ce soir, dit-il devant ma moue interrogatrice. - Ce soir ? Tu ne devrais pas... Il m'interrompt. Gentiment, mais fermement. - Je vais bien, Diane. Là, je retourne dans ma chambre me reposer un peu, mais ce soir je participe à la leçon de golf d'Hermann. J'ai promis. Et, s'il te plaît, ne joue pas les mères poules. Je devrais finir par te cacher des choses. Comme à Maman. J'admets. Que faire d'autre ? Je ne suis pas sa mère et ne tiens pas à l'étouffer. Je me pose des questions sur ce qu'il a pu comprendre. Je descends, mais ne rejoins pas les autres. J'ai rendez-vous pour mon premier entretien psychothérapeutique avec Danielle, une psychologue brune à lunettes.Je cherche son bureau pendant un bon moment. Le Centre est un labyrinthe qui parfois me paraît inextricable. Il me faudrait un GPS pour m'y retrouver.Finalement, je frappe à une porte bleue qui cache un petit bureau, où m'attend une femme pour qui j'éprouve immédiatement une antipathie instinctive.Je m'assieds. Patiente. Elle me fixe. M'observe. Me demande de parler de ma vie au Centre. J'obtempère. Groupes de parole. Tâches communautaires. Sport. Tout y passe. Elle prend des notes. M'interroge sur les "fonctions du toxique" dans ma vie. Sur mes frustrations. Sur ma pauvreté. Sur ma vie de femme. Rapidement. Elle revient sur un point anodin. - Tu joues au badminton contre des jeunes gens comme Damien ou Lambert ? Ce n'est pas un secret. J'aime jouer avec ou contre eux. Même s'ils sont nettement plus forts que moi. - J'évite quand même les champions du genre Aurélien. Je n'aime pas vraiment me ridiculiser. - Tu aimes la difficulté ? Je me suis toujours fait l'effet d'une adepte du moindre effort. Néanmoins, c'est ce que prétend Aurélien. - Peut-être, reconnais-je à demi-mots. - Tu devrais t'attaquer plutôt à des adversaires de ta force. Des femmes de ton âge, comme Gervaise ou Marie-Line. Tu en tirerais plus de satisfactions. Où veut-elle en venir ? - Gagner ? Je m'en fiche. Ce que je veux, c'est m'amuser. - Gagner contre eux, c'est un peu une cause perdue, non ? Une cause perdue... Une cause perdue... un gamin dans un tribunal... des yeux bruns rivés aux miens... - Tu aimes défendre les causes perdues, non ? - Non. je ne défends plus les causes perdues depuis vingt-six ans. ... des yeux bruns dans un tribunal ... - Ce n'est pas notre avis. "Notre ?" - Il nous semble que tu passes une bonne partie de ton temps, ici au Centre, à t'occuper d'une cause perdue plutôt que de toi-même. |
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