Chapitre 48:
Chapitre 13.6
(par
lambertine, ajouté le 14/09/09 00:29)
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- Une cause perdue ? Elle n’a pas besoin de me préciser sa pensée. Les mots de Célestin résonnent dans ma tête, aussi clairement que s’il parlait à côté de moi : « Pour l’Equipe, tu as toutes tes chances. Pas moi. Moi, je leur fais perdre leur temps ». - Un être humain n’est pas une cause perdue. - Certains le sont. Tu le sais trop bien. - Pas celui-là. Pas Célestin. Il veut s’en sortir. Il est tout jeune. Il est intelligent, et il a un cœur d’or. - Il est délinquant et drogué jusqu’à la moelle. Dès qu’il sortira d’ici, il replongera. J’ai envie de la gifler. Elle continue. - Ne gaspille pas ton énergie pour lui. Garde-la. Garde-la pour toi. Pas pour une cause perdue, aussi attachante soit-elle. Je me lève. Je la fixe dans les yeux à travers ses lunettes. - Aucune cause n’est perdue, tant qu’il reste quelque un pour se battre pour elle. - Je veux t’aider, Diane. Pas de cette façon-là. Cette aide-là, je n’en veux pas. Je hurle intérieurement : « Vous ne comprenez pas. Vous ne comprenez rien. Ce n’est pas parce que je me suis battue pour les autres que j’ai commencé à boire. C’est parce que j’ai cessé de me battre ! » Malgré tout, je me rassois. Je réponds machinalement à des questions que j’entends à peine. Je suis remplie de colère et de haine, telle une chatte dont on aurait menacé les chatons. Même si Célestin n’est pas mon chaton. Je prends soin de m’installer le plus loin possible de lui pour souper. Ce gamin est beaucoup trop perspicace pour ne pas deviner ma colère, même masquée, et je n’ai aucun désir de lui faire part des raisons de celle-ci. Je préfère me calmer devant un bon repas, même partagé avec des résidents excités contre Hermann et sa « fureur délatrice ». - Et tout cas, gronde Frédéric, qu’il ne compte plus sur moi pour participer à son atelier, ni ce soir, ni jamais. - C’est honteux ! Il envoie directement Pierrot en prison. - Personne ne lui a demandé de suivre Delphine. - Que pouvait-il faire d’autre ? - Rester et ne plus la voir. - Pendant la durée de sa cure, seulement. Un évènement chasse l’autre, et ici le temps passe plus vite qu’ailleurs. Personne pour s’inquiéter de l’état de santé de Ben. Le renvoi de Delphine monopolise la conversation. Je m’abstiens d’y participer. « Je t’expliquerai ce soir » m’a dit Célestin, piquant ma curiosité. Je le retrouve une demi-heure plus tard au Grand Grenier. Seul. - Aurélien préfère jouer aux Échecs avec Jacob, Frédéric en veut à Hermann et Hermann est parti chercher le matos. Il tarde. Il est très triste, tu sais. Il ne devrait pas. Je suis de plus en plus intriguée, mais je ne demande rien. Je scrute le visage d’ange perdu de mon compagnon, croise ses grands yeux bruns emplis de compassion. Je lui souris. Cause perdue ! Je réprime difficilement une furieuse envie de le serrer dans mes bras. Il me manque un petit garçon. Et je ne veux pas voir celui-là sombrer à nouveau. Personne ne m’empêchera de l’aider à se battre. Il n’a rien d’une cause perdue. Il débarrasse Hermann de son fardeau. Dépose les deux trous électroniques aux extrémités de la pièce. Choisit un club d’une main experte. Sort deux balles du filet. Se concentre. Vise. Frappe. Au but. Il rabat ses mèches noires vers l’arrière, prend le vieil homme affligé par les épaules et l’oblige à s’asseoir. - Tu n’as pas à être triste. |
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