Chapitre 5:
Chapitre 1.2
(par
lambertine, ajouté le 28/06/09 23:55)
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J’étais la dernière. Heureusement, car l’heure du dîner – du souper, pardon – approche. Nous nous levons, nous précipitons hors de la pièce, comme le feraient des écoliers. Je suis le petit troupeau à travers les couloirs. Je vais pénétrer dans le réfectoire lorsque mon prénom retentit derrière moi. Je me retourne vivement. Célestin me tend le foulard oublié dans la salle des prélims. - Merci, dis-je sincèrement en reprenant mon bien. Je suis très distraite. - Je sais, répond-il d’une voix lasse. Distraite et timide. Verveuse aussi. Mais pas prétentieuse. Et tu ne m’aimes pas. Comment peut-il le savoir ? Nous n’avons échangé aucune parole. Je tente de faire diversion. - Je n’aime pas ton polo. - Non. Tu ne m’aimes pas, moi. Mais tu ne me méprises pas. Et tu as pitié de moi. Pitié, oui. Je m’en rends compte à présent. - Je ne veux pas de ta pitié. Je reste coite, la bouche entr’ouverte, jusqu’à ce que Damien m’invite à prendre place à sa table. Je l’accompagne, tel un automate, et me déride assez vite. Je suis entourée de personnes à problèmes. A gros problèmes. Mais cette tablée est sympathique, les convives charmants. Marie-Line m’invite à participer aux séances d’impro, Frédéric, un jeune homme blond d’une trentaine d’années, partage sa passion pour les arbres et l’altitude. Un homme d’âge mur agrémente son assiette de charcuterie d’une énorme portion de mayonnaise. Un gamin trop sérieux mange sans rien dire. Je me sens mieux, je me sens bien. Ces gens sont mes semblables, plus proches de moi que des amis très chers. Une vois s’élève, grave et féminine, demande le silence. - Je m’en vais ce soir. Je tenais à vous prévenir. Je vous remercie tous. Stupéfaction. Murmures. Tristesse autour de moi. Cette résidente s’en va. Abandonne la Cure avant la fin, avant la réussite. Ce n’est pas la première, ce ne sera pas la dernière. Les échecs sont nombreux. Très, trop nombreux. « Pas moi » me dis-je. « Pas moi » se dit chacun de mes voisins de table. Je n’ai, nous n’avons, plus faim. Nous nous levons de table. Je suis mes nouveaux amis au fumoir. Delphine et Lambert, le jeune garçon taiseux, se dirigent eux vers une pièce vitrée. - L’aquarium, m’explique Damien. La réunion de Transgression. Réunion de Transgression ? - Les coordinateurs des différents groupes et l’éducateur de service se réunissent, pour examiner les différentes transgressions au règlement commises pendant la journée et décider de la sanction à appliquer à leurs auteurs. Que répondre à ça ? Que j’étais prévenue… et pas. J’avais connaissance de l’intransigeance de l’Equipe, gage de réussite de nos cures. J’ignorais que des patients participaient aux décisions. - Tu as encore bien des choses à apprendre, Diane ! Bien des choses. Trop de choses, peut-être, trop vite. J’ai envie d’une cigarette. Je me traite d’imbécile. Je ne peux pas commencer à fumer. - Mais j’ai rien fait ! La voix de Célestin, aigue, retentit derrière moi. Je me retourne. Le gamin paraît furieux. Furieux et incrédule. Aurélien tente vainement de le calmer. - Ce n’est pas si terrible de sortir les poubelles. Je t’aiderai. Je suis puni, moi aussi. Et ça soulagera les filles. - Ce n’est pas ça. Je m’en fiche, de sortir les poubelles, même à six heures du matin. - Pas moi, avance Aurélien. Enfin, je préfèrerais rester dans mon lit, à six heures du matin. Célestin s’énerve, donne un coup de pied dans la neige molle. Un petit garçon en colère. - Fais pas semblant de ne pas comprendre. J’ai RIEN fait. C’est pas JUSTE ! J’ai pas été insolent, j’ai composé leur fameuse phrase, comme l’éduc l’a demandé. C’est tout. C’est elle qui… - Elle est l’éduc, elle a raison. Point barre. Même si je pense que ce n’est pas juste. Tu veux un coca ? - Fanta orange. Ça me rend nerveux, le coca. Ils s’en vont vers le fond du jardin. Leurs voix se perdent dans le soir d’hiver. Ils sont jeunes, beaux, intelligents. Pourquoi se sont-ils perdus ? Peut-on sauver les enfants perdus ? Mon âme perdue ? Je suis fatiguée. J’attends avec impatience 21 h 30 et l’autorisation de me coucher. Je suis au pensionnat.
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