Chapitre 50:
Chapitre 14.1
(par
lambertine, ajouté le 21/09/09 13:49)
|
Samedi matin. Pas envie de body. Pas envie de jeux de société. Pas envie de ballade. Envie de glander. Envie de tricot-layette. J'aime la douceur de la laine. J'aime chipoter avec mes mains. Et je me moque des remarques ironiques de mes cocuristes. Occupation de grand-mère ! Soit. Je suis une grand-mère. Je suis fière d'être grand-mère, et fière de mon petit-fils. Et je ne vois pas en quoi le tricot ne serait pas une activité honorable. Un rang à l'endroit, un rang à l'envers. Six rangs bleus, deux rangs blancs. Des conversations étouffées. Des odeurs de café. Des rires. Des pièces sur un échiquier. Un bruit sec. Bois sur bois. Des billes sur le sol. Et la voix de Richard, exaspérée. - Trois semaines ! Tu es ici depuis trois semaines. Et depuis trois semaines, chaque fois que je te vois, tu joues avec ce foutu solitaire. Çà suffit ! - Mais... tente de plaider Célestin. - Il n'y a pas de "mais" qui tienne. J'ai dit "ça suffit". Ça veut dire "ça suffit". Point. Si je te reprends à jouer avec ce foutu truc, je te fais interpeler à la Staff. Tu n'est pas ici pour ça. Il se radoucit un peu. - Aller vers les autres. Tu dois apprendre à aller vers les autres. A t'ouvrir. Alors, fais-le, bon sang ! Cesse de te recroqueviller sur toi-même. Tu ne guériras jamais, sinon. Il quitte la pièce, laissant le jeune homme, à genoux, ramasser les billes dispersées. - Laisse, me dit-il lorsque je veux l'aider. C'est à moi de faire ça. - Il n'a pas tort, tu sais. Il soupire. - Je sais. Mais je ne suis pas très doué pour me faire des copains. - Ça, ça m'étonnerait. Je lui désigne Jacob qui attend, debout à côté de nous, l'échiquier sous le bras. Jacob qui met bien deux minutes avant de demander "tu joues ?" à mon jeune compagnon qui, à ma grande joie, accepte. - Il sait jouer ? demande Agnès, observant minutieusement sa french manucure, les mains tendues devant elle. - Je crois. Je l'ai déjà vu faire une partie avec Aurélien. Elle passe ses doigts fins dans ses cheveux de feu. Son regard voyage ensuite de ses ongles aux garçons qui disposent minutieusement les pièces sur l'échiquier. - Mignons, apprécie-t-elle. Surtout Célestin. Je ne sais pas ce qui me prend. Je sens mes poils se hérisser. Des poils de mère louve. - Fais gaffe, Agnès ! Ne joue pas avec lui. Je te jure... Je deviens folle, ou quoi ? - ... que celui qui lui fera du mal aura affaire à moi. Je m'attends à une réaction vive, voire brutale. Au contraire, la jeune femme semble tomber des nues. Naïve. - Lui faire du mal ? Moi ? En le draguant pour m'amuser ? Enfin... J'ai dix ans de plus que lui. J'ai un compagnon. Deux enfants. Je suis ici pour me soigner. Pas pour avoir des aventures. Surtout avec des gamins. N'empêche que celui-là est très, très mignon. A propos... Elle change de sujet comme de chemise. Ce qui, dans son cas, n'est pas qu'une expression. Agnès change vraiment de tenue quatre fois par jour. Au moins. - ... tu as des nouvelles de Ben ? Des nouvelles, oui. Plutôt rassurantes. Il avait quitté les soins intensifs et pouvait recevoir de brèves visites. Il avait demandé à voir Célestin. - Il ira cet après-midi, pendant que nous rentrerons du musée à pieds. - J'aime bien Ben. Là, plus aucune ambigüité. De l'amitié, et de l'inquiétude. Beaucoup d'inquiétude. - Il va s'en tirer, Agnès. Il a été très mal, mais il va s'en tirer. S'en tirer, mais pour combien de temps ? On pourrait d'ailleurs dire la même chose de chacun d'entre nous. Même de ceux,comme Joe, qui ont réussi à terminer leur cure. Lorsque nous sortons d'ici, sommes-nous guéris ? Le serons-nous jamais ? |
|
Voir le
chapitre 50 sur 395
|
|
|