Accueil » Fervent hommage » Votre Nouvelle
Apparence  

 

Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
Add Chapter
Stories List
Voir les Options:
Sommaire | Plein texte
additions are not allowed l'auteur interdit les ajouts

Chapitre 53: Chapitre 14.4
(par lambertine, ajouté le 28/09/09 22:35)


- Non. J'ai raison. J'ai toujours raison. Pour tout.
Pour tout. En tout. Sur tout. Il est persuadé d'être infaillible. D'être le meilleur. Il a failli, pourtant. Il ne serait pas ici, sinon. Et malgré tout, il considère le reste de l'humanité comme une bande d'imbéciles incapables. Aujourd'hui il s'en prend à Aurélien. Demain ce sera Philippe. Ou Béatrice.
Ou moi.
- Tu n'as pas le droit de me forcer à aller là-bas. C'est contraire à mes opinions philosophiques.
- Peu m'importe que tu y ailles ou pas. Débrouille-toi avec l'Equipe. La guerre fait partie de l'Histoire, le Musée n'est pas loin, la plupart des résidents sont intéressés. Si ce n'est pas ton cas, tant pis pour toi.
Il attaque avec gourmandise un nouveau petit pain au jambon, tournant ostensiblement le dos à son interlocuteur sidéré et furieux. Patrick n'a pas l'habitude d'être envoyé sur les roses. Pas plus qu'Aurélien n'a celle de s'énerver. C'est d'autant plus étonnant de sa part que la visite du Musée n'était pas on idée mais celle d'Hermann. Il n'avait cessé de les harceler à ce sujet, Célestin et lui, depuis plusieurs jours. Hermann à qui, de guerre lasse, ils avaient fini par céder. A qui ils avaient également concédé la préparation du goûter. Des "kartoffelkuchen" à la compote de pomme. Le goûter de son enfance qu'il cherchait à faire partager aux autres résidents depuis plusieurs mois.
A l'arrêt de bus, Patrick, qui, loin d'être dispensé de visite, s'est vu tancer copieusement par l'éducateur, râle. Pendant le trajet, Patrick râle. Tout au long du retour, une longue promenade à travers bois de près de trois heures, Patrick râle.
Marie-Line, par contre, est aux anges. Elle s'est mis en tête de décorer le Centre en prévision de Pâques. Elle recueille consciencieusement ici de la mousse, des branchages, là des écorces ou de la paille. Elle emplit un grand sac à provisions de ses multiples trésors. Je lui tiens compagnie pendant les deux premières heures, puis la laisse vagabonder à son rythme, nettement plus rapide que le mien. Je suis loin d'avoir retrouvé une condition physique digne de ce nom. Je cesse donc d'errer dans la forêt et rejoins le peloton de mes cocuristes. Je marche seule au milieu des autres, perdue dans mes pensées. Puis, petit à petit, une conversation accroche mon oreille. Bien malgré moi, je rentre dans l'intimité que Frédéric partage avec Aurélien. L'intimité de sa première Cure. D'une RP devenue ménage éphémère après renvoi. D'une rechute rapide et très grave. D'une rupture amère et violente. D'un bébé aux origines douteuses. D'un accident aux conséquences incertaines. D'un procès à venir. J'en ai honte, mais j'écoute malgré tout. J'écoute, et je découvre un Frédéric inattendu. Un Frédéric empli de doutes et de culpabilité, aux antipodes du jeune homme extraverti auquel nous sommes accoutumés. Plus profond. Plus fragile aussi. Plus riche d'humanité. Un jeune homme rempli de doutes sur lui-même et son avenir. Comme nous tous, sans doute. Peut-être plus que la majorité d'entre nous.
Puis, mon pied me fait mal. Je ralentis encore l'allure. Laisse les deux garçons me dépasser. S'éloigner. S'éloigner encore. J'arrive au Centre bonne dernière, accueillie par une curieuse odeur de patates rissolées, de compote de pommes et de chocolat chaud mêlés. Une odeur qui me réconforte autant qu'elle en dégoûte certains. Nombreux. En fait, une majorité de curistes.

Voir le chapitre 53 sur 395



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.