Chapitre 58:
Chapitre 5.2
(par
lambertine, ajouté le 11/10/09 16:24)
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Nous nous mettons au travail. Épluchant les divers certificats médicaux que je trouve quelquefois abscons. - Petites marches interdites et grandes marches autorisées... Il avait fumé, le docteur, quand il a écrit ça ? - "Ca", c'est Didier et Didier ne va jamais à la salle. Ni à la gym, d'ailleurs. Tu mets "CM" et c'est bon ainsi. Je connais peu ce Didier mais, c'est vrai, je ne l'ai jamais vu fréquenter le centre sportif. - Tiens, Dominique. Elle est dispensée de sport, Domi ? - Elle a les chevilles enflées. - Ah... au fond, tant mieux. Ça fait mal au coeur, de la voir aussi ridicule avec une raquette. Ridicule avec une raquette, et reniflante au télé phone du secrétariat depuis près d’une heure. Lorsqu’elle a enfin terminé, j’ai le malheur de lui demander : - Alors, ça s’arrange, ton problème d’électricité ? Elle monte sur ses grands chevaux. Elle hurle. Que je ressemble à sa sœur. Que je me mêle de ce qui ne me regarde pas. Que je suis un monstre de parler devant tout le monde de ses problèmes d’argent. Ah bon ? Elle a des problèmes d’argent ? Que c’est de la faute de sa sœur et de son voisin si son fournisseur lui a coupé l’électricité. On lui a coupé l’électricité ? Que je la prends de haut parce qu’elle est ouvrière. Et moi, je suis sans emploi. Que je la méprise parce qu’elle ne sait pas écrire. Mais peu importe ! Je ne demande pas à mes cocuristes d’être des Victor Hugo ! Que je suis comme tout le monde. Que tout le monde la déteste. Que tout le monde la considère comme une bonne à rien. Comme une moins que rien. Une imbécile. Une attardée. Moi la première. Je ne sais que répondre. Je me tais. Aurélien la prend par les épaules. L’entraîne dans le restaurant. La force à s’asseoir. Il lui parle, calmement. Elle continue à pleurer. Frédéric les rejoint. Fait la morale à Dominique. Elle se calme. Un peu. Je me tourne vers Célestin. Il me sourit. - Ce n’est pas ta faute. J’essaie de me justifier. - Je voulais être gentille. M’intéresser à ses problèmes. - Je le sais bien. Je ne suis qu’une idiote. Maladroite. Prétentieuse. Je ne sais pas m’y prendre avec les autres. - Tu t’y prends bien, avec moi. Je n’ai pas d’amis. Je n’en aurai jamais. Avec le caractère que j’ai… - Tu racontes des bêtises. Tu as Flora et Gilles. Et, pour le peu que ça compte, tu m’as, moi. Il me tend un paquet de kleenex. Je m’essuie les yeux. Renifle. - Ça compte beaucoup. Et tu es gentil. - Et toi, tu déprimes. Qu’est-ce qui se passe ? Je n’en sais rien. Je ne m’aime pas. Je ne comprends pas que l’on puisse m’aimer. J’ai honte de ma vie. De ma déchéance. Alors je triche. Je ne mens pas. Mais je cache. Je cache ma misère. Je cache mon malheur. Je ne veux pas qu’on me plaigne. Je ne veux pas qu’on ait pitié de moi. - Je n’ai pas pitié de toi.
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