Chapitre 59:
Chapitre 15.3
(par
lambertine, ajouté le 15/10/09 23:54)
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Bien sûr que non. De quel droit aurait-il pitié de moi ? Si je suis déchue, il est déchu au carré . Et il n'a pas la moitié de mon âge... - Viens. Il plonge son regard dans le mien. Ce regard insondable. Sombre et triste. Ce regard d'enfant perdu. Blessé. Fragile. Ce regard rempli d'amour. Et de force. Il a parfaitement le droit d'avoir pitié de moi. Je me lève, et le suis. Indifférente aux autres. A Dominique en larmes. A Damien déchiffrant une partition. A Marcello observant Agnès avec gourmandise. A Marie-Line remplissant la feuille des tâches des Bleues. Je le suis dans la cave. Une cave labyrinthique. Buanderie. Chaufferie. Atelier de l'homme à tout faire. Salle des archives. Garage à vélos. Célestin en connaît, Dieu sait comment, tous les recoins. Jusqu'à ce réduit sombre, sans fenêtre. Ce réduit dont il ferme la porte. Derrière nous. Où il prend ma main dans les siennes. Dans l'obscurité totale. Je devrais me sentir mal à l'aise. D'ailleurs, je me sens mal à l'aise. - Tu as peur de moi. Je le devine plus que je ne le vois. Il reprend : - C'est l'endroit idéal pour faire des bêtises. Ou pour faire l'amour. Je me crispe. Il serre ma main plus fort. Beaucoup plus fort. A me faire mal. - Je n'ai pas envie de faire des bêtises. Alors... - Ni de te faire l'amour. Puis, comme pour s'excuser : - Tu es jolie. Allons bon ! Si moi, je suis jolie, c'est que lui est aveugle. Je suis grosse, moche, vieille. - Non. Tu pourrais être ma mère. Et tu es ronde. On peut être ronde et jolie. Tu es jolie, pour une femme de ton âge. Et sexy, d'après la plupart des hommes d'ici. D'après Philippe, surtout. Philippe ? Ce juriste pince-sans-rire et si bien élevé ? - Mais je ne pourrais jamais te faire l'amour. Pourquoi me dit-il ça ? Pourquoi insiste-t-il ? Que dois-je lui répondre ? Que, moi non plus, je ne le désire pas ? Que je serais incapable, psychiquement, physiquement incapable, de me donner à lui ? De le prendre ? Que j'aurais l'impression... oui... C’est sans doute absurde, mais… Que j'aurais l'impression de commettre un viol. Il frissonne. S’adosse au mur. S’assied sur le sol rugueux. Moi aussi. - C’est aussi l’endroit idéal pour parler. Sans être écoutés par cinquante personnes. Il éclate de rire. De ce rire étrange qui ressemble à un sanglot. - J’ai toujours la sensation d’être écouté. D’être observé. Ici, dans ce cachot… Il n’a pas tort. Le réduit pourrait être un cachot. - … je me sens plus libre. Et protégé. C’est bizarre, hein ? Oui et non. Je ne me suis moi-même jamais sentie plus en sécurité que dans une chambre dépourvue de fenêtres. - Pourquoi me montres-tu cet endroit ? Et puis, comment l’as-tu découvert ? - Je te l’ai dit. C’est l’endroit idéal pour parler. Surtout quand on a peur. Et tu as peur, Diane. Des autres. Même de moi. Tu es comme Dominique. Tu veux sauver la face. - J’ai confiance en toi. Bon sang ! Diane ! Qu’est-ce qui te prend de dire une chose pareille ? Qu’est-ce qui te prend, même si c’est vrai ? - Merci. La voix de Célestin n’est plus qu’un souffle. - Tu as confiance, mais tu n’es pas prête. Un peu comme moi. Mais si un jour tu voulais parler, te confier, à qui tu veux, je crois que ce serait plus facile ici. Enfin, je veux dire, moins difficile. Je ne peux m’empêcher de l’embrasser. Ce soir, c’est lui qui me protège. Comme mes enfants l’ont fait. Trop souvent. Il répond à mon autre question sans que je doive la répéter. - Depuis que j’ai 10 ans, chaque fois que j’arrive quelque part, je recherche ce genre d’endroits. La première fois, c’était à l’hôpital. - Tu étais malade ? - Maman l’était. Il m’a reprit la main. Les siennes sont brûlantes. Nous nous taisons, l’un comme l’autre. Nous ne sommes pas prêts. Pas encore. |
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