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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 63: Chapitre 16.3
(par lambertine, ajouté le 26/10/09 00:23)


Elle se tourne vers nous. Les « nouveaux ». Moi, Célestin, Dominique. Célestin. Dominique. Moi. Pour la phrase d’intégration, nous étions cinq. Nous restons à trois. Célestin. Moi.
- Dominique ?
Elle d’abord. Pas moi. Ouf ! Je me sens comme une écolière qui vient d’échapper à la question de l’instituteur. Je ne serai pas la première, aujourd’hui, à expliquer quelles sont les « fonctions du toxique » pour ma petite personne.
- Dominique ?
Oublier. Oublier qu’elle est bête. Qu’elle a raté sa vie. S’abrutir. S’endormir. Devant des séries télé neuneu. Imaginer un autre destin. Un mari. Des enfants. Des enfants à elle…
- Oser affronter ta sœur.
La petite femme blonde fusille Aurélien du regard. Le jeune architecte a visé juste. Elle tente pourtant de nier.
- Ma sœur n’a rien à voir…
- Bien sûr que si !
Bien sûr que si, et pas qu’un peu ! Sa sœur. Celle qui a réussi. Qui a un mari. Des enfants. Un petit-fils.
- Celle qui a vécu à tes crochets pendant des années ?
Elle se tourne brutalement vers Célestin. Ses yeux lancent des flammes. De colère. De rage. De honte, aussi.
- Ce n’est pas vrai. Maman voulait qu’elle s’occupe de moi. Qu’elle me protège. Tu n’es pas handicapé. Tu ne peux pas comprendre.
Le garçon ne se démonte pas. Continue, sous l’œil intrigué de l’éducatrice.
- Tu n’es pas handicapée. Tu es fâchée avec l’orthographe, c’est tout. Ça ne t’a pas empêché de travailler. D’acheter ta maison. Ça n’a pas empêché ta sœur et sa famille de squatter chez toi . Dans ta maison à toi. Sans payer de loyer. Parce qu’on t’avait persuadée que tu étais une incapable dont on devait s‘occuper. Elle t’avait persuadée. Comme ta marraine. Comme toute ta famille. Tu n’es pas une incapable, Domi. Tu le crois, seulement. Alors tu bois. Tu bois chaque fois que tu dois affronter les autres.
Alors que Célestin parle, les épaules de la petite femme s’affaissent. Ses yeux se remplissent de larmes. Celles-ci coulent sur son visage. Elle renifle. Elle tente de se défendre.
- Je ne t’attaque pas, Domi. Je veux juste t’aider. Te dire que tu peux y arriver. A avoir confiance en toi.
- Parce que tu y arrives, toi ? renifle-t-elle de plus belle.
- Là n’est pas la question, intervient l’éducatrice. Du moins, pas encore. Mais la piste me paraît bonne. Du moins, si les autres Résidents sont d’accord.
Que pouvons nous ajouter ? Le gamin a raison. Il a mis le doigt sur l’essentiel. La fracture de Dominique. Son mépris d’elle-même. Son mépris d’elle-même induit par les siens. Son mépris d’elle-même qui l’empêche de s’opposer. De faire part de ses problèmes.
- Je n’en vaux pas la peine. Mes problèmes n’ont aucun intérêt.
- Ça, c’est un sabotage ! intervient Aurélien.
Un sabotage. Un comportement spontané qui nous entraîne du côté obscur. Un comportement contre lequel nous devons lutter.
- « Je me dénigre« . C’est un sacré sabotage, approuve Célestin. Et, si je peux me permettre, c’est chiant.
C’est platement dit, mais il a raison. C’est énervant. Plus qu’énervant.




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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.