Chapitre 64:
Chapitre 16.4
(par
lambertine, ajouté le 29/10/09 00:18)
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Dominique serre les dents et continue à camper sur ses positions. - Ce n’est pas vrai. Je ne me dénigre pas. Vous ne me connaissez pas. Ni ma sœur. D’ailleurs, je vous embête avec mes problème. - Non. C’est quand tu gardes tout pour toi, et que tu parles de toi comme d’une moins que rien que tu nous embêtes. Enfin, que tu m’embêtes, moi. Elle est malheureuse. Elle est sincère, aussi. Elle a vraiment l’impression de ne pas valoir grand-chose. Et qui suis-je, pour lui faire ainsi la morale ? Quelqu’un qui ressemble à sa sœur ? - Tu ne comprends rien. Je n’aime pas déranger les autres avec mes histoires. Sabotage Numéro 2 : « J’ai peur de déranger » Dominique s’énerve. Se fâche. Aurélien tente de la calmer. Elle pleure. Elle en a assez. Elle n’en peut plus. Et d’ailleurs, elle n’a aucun désir de se confier à nous. A quoi bon ? A quoi bon encore, et encore, et encore, nous exposer ses faiblesses ? - Parce que c’est ce que tu dois faire, si tu veux guérir. C’est ce que nous devons faire, si nous voulons guérir. « Je parle de mes difficultés, et je demande de l’aide ». Voilà à quoi nous sommes arrivés. Voilà le « contrat relationnel » de Dominique. Elle ne l’apprécie pas. Elle est fâchée. Et triste. Et déçue. De nous, pas d’elle-même. Comment pourrait-elle encore être déçue d’elle-même ?
- A toi, Célestin. Le jeune homme serre les jambes, redresse la tête. Provoque du regard. Attend. - Pourquoi consommes-tu ? Pas de réponse. Rien. Rien que des yeux fixes, qui ne regardent nulle part. Les avis des résidents fusent. - … pour faire la fête… - … pour s’amuser… - … pour avoir des copains… - Pourquoi as-tu besoin de came pour avoir des copains ? - Parce que c’est comme ça. Je n’ai pas de réponse. Tout le monde se droguait, là où j’étais. Pas de came, pas de copains. - Ce n’est comme ça nulle part, voyons ! - Ah non ? Viens voir, Jean-Jacques. Viens voir dans l’école où j’allais. Rien n’a changé. Aurélien a raison : je fumais, je sniffais, je prenais tout ce qui me tombait sous la main pour avoir des copains. Et j’en avais. Plus j’allais loin, plus j’en avais. Parce qu’ils m’admiraient, pour ça. Et que j’étais plus cool. Plus cool qu’ici, c’est certain. - Parce que tu oubliais d’être vulnérable ? Il se lève. Se plante devant moi. Serre les lèvres. Serre les poings. - Tais-toi, Diane, fait-il très bas, entre ses dents. Pour l’amour de Dieu, tais-toi ! S’il te plaît ! Il me regarde, me supplie. - S’il te plaît ! - Célestin, assieds-toi ! Il se transforme en une seconde. L’enfant perdu se mue en gamin arrogant. Il toise l’éducatrice, puis nos cocuristes. - Je n’étais pas vulnérable. J’allais plus loin que les autres, j’étais plus fort que les autres et ils m’admiraient pour ça. - Tu te rends compte de ce que tu dis ? Marie-Line s’est levée, elle aussi. Horrifiée par les paroles du garçon. Horrifiée et furieuse. - Non, mais tu te rends compte de ce que tu dis ? - Oui ! Il s’emballe. Tremble . Revendique. - Oui. Oui, je m’en rends compte. Je me droguais, encore, et encore, et encore. Je repoussais mes limites. Encore, et encore, et encore. Jour après jour. Jusqu’au bout de moi-même. Il est livide. Elle est encore plus pâle que lui, imaginant son propre enfant à la place du jeune toxicomane. Son propre enfant, qu’elle se retient difficilement de gifler. - Bon sang, Célestin ! Bon sang ! Tu imagines l’angoisse de ta mère ? Qu’est-ce qui te prenais, de jouer ainsi avec la mort ? - Mais je ne jouais pas ! Son cri résonne dans le Poulailler, atteint Marie-Line en plein cœur. - Je ne jouais pas, répète-t-il, d’une voix à présent inaudible. Il laisse errer sur l’auditoire un regard égaré. Se rassied lentement. Cherche en grelottant une main secourable. Se ravise. Il croise les bras sur sa poitrine. - Je ne jouais pas. Il baisse la tête, cache son visage sous ses mèches noire. Pas assez bien pour m’empêcher de voir ruisseler ses larmes. Les autres se regardent. Ne comprennent pas. - Qu’est-ce qu’il a ? demande Agnès. Il avait l’air d’aller bien. - Fichez-lui la paix. Il devrait parler, et il n’y arrive pas. Aurélien pose la main sur l’épaule de son compagnon de chambre. - « Je parle de ma souffrance ». Ce serait un beau contrat pour Célestin. Un contrat difficile à respecter, mais un beau contrat.
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