Chapitre 7:
Chapitre 2.1
(par
lambertine, ajouté le 07/07/09 01:32)
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6 h 45. Le réveil de Delphine émet un son strident. Je ne l’ai pas attendu pour me réveiller. Mon corps a ses habitudes. 5 h 25, heure à laquelle le premier tram s’arrête devant ma porte. Je me lève, me lave, enfile un jogging. Je suis courbaturée. J’ai perdu l’habitude des lits à une place, même si je dors seule depuis longtemps. Je descends, avale un café en vitesse, et suis Marie-Line au sous-sol. Les tapis de gym sont déjà étalés, et ma nouvelle amie prend place. Elle est, cette semaine, animatrice. Si l’on peut dire. Cette gymnastique n’en est pas vraiment une. Le seul muscle que nous faisons fonctionner, c’est notre langue. Agréable, mais pas très physique. Je me pose d’ailleurs la question de l’absence de Delphine. - Elle est au body. - Au body ? - A la muscu, quoi ! La muscu ! Je suppose que là, on souffre et on sue. Je me sens bien incapable de m’y inscrire. Car il faut s’y inscrire ! - Ce n’est pas obligatoire d’y aller. Rares sont les filles qui aiment ça. Aimerai-je ça ? Douche. Petit-déjeuner. Pain et beurre. Pain maison, préparé par les Rouges, précise Frédéric. Lui-même est un Rouge, comme Damien. Taches. Les Bleues, les filles, sont « annexes » cette semaine. Je suis de corvée toilettes. Il est interdit de dire « corvée » mais c’en est une. Je me retrouve donc, brosse en main, à récurer les cabinets surnommés, au grand dam de l’Equipe, les « trois petits cochons ». Ils puent. Ils puent même, paraît-il, quand ils sont propres. Je ricane. Déchue. Je suis déchue au point d’être de corvée toilettes. Et je déteste ça. Et être déchue, et être de corvée toilettes.
Pause. Fumoir. Aurélien s’assied face à moi, grimace. Cherche un paquet de cigarettes. Renonce. - J’ai décidé d’arrêter. Je m’étonne. - Ici ? En même temps que tout le reste ? - Autant tout arrêter d’un coup, non ? Tout arrêter ! Ce garçon ne manque pas d’ambition. J’espère que sa volonté suivra. 9 h 30. Réunion. Au Grand Grenier. Au dernier étage de l’aile des hommes. Deux résidents présentent leur Courbe à la Communauté. Cette courbe de consommation que je dois préparer pour mardi prochain, 20 heures. Je fais la connaissance, par l’intermédiaire de leur travail, d’un bibliothécaire à lunettes, Jean-Marc, et d’une inspectrice des impôts, Béatrice. Ils sont de ma génération. Est-ce pour ça que leur dépendance éveille en moi moins de compassion que celle des gamins ? Ils sont comme moi. Ils me ressemblent, même si nos vies diffèrent. Et ce qu’ils posent, là, devant nous, est un acte d’une confiance inouïe. Ils exposent leur vie, leur faiblesse, leur chute. Aurai-je leur courage ? Aurai-je leur sincérité ? Car je les crois sincères. On n’avoue pas de telles choses, on n’avoue pas la préférence de son mari pour un homme plus jeune, si l’on n’est pas sincère. Si l’on ne se met pas à nu.
J’hésite à intervenir. Je lève la main. Les autres se rendent-ils compte de mon malaise ? Se posent-ils la même question que moi ? - La relation entre ton mari et ce Roberto est-elle de nature homosexuelle ? Béatrice ne se démonte pas. Elle nie, avec le plus grand calme, ce qui m’apparait comme une évidence. - Non. C’est une relation père-fils. Nous n’avons eu que des filles. Il avait besoin d’un garçon. Et Roberto d’un père. Je ne sais quelle est la réaction des autres, mais je la crois sincère. Et, bizarrement, je sens qu’elle a raison. Qu’elle ne se leurre pas. Que la relation qui lui fait tant de mal n’est pas une liaison amoureuse. - Combien de temps crois-tu devoir travailler avec nous ? demande un psychologue. J’ignorais que nous décidions nous-mêmes du temps à passer ici. Béatrice hésite. - D… deux périodes. - Ils nous demandent notre avis ; me murmure Frédéric à l’oreille, mais c’est l’équipe qui prend la décision. Et vu l’âge de Béatrice, et l’ancienneté de son addiction, ça m’étonnerait qu’elle échappe à trois périodes. Trois périodes de six semaines. Elle aura sa réponse à la Staff. - La Staff ? Un éducateur nous intime de nous taire avant qu’il puisse me répondre. Je reste seule avec mes questions et une certaine gêne vis-à-vis de Béatrice. Une gêne dont je lui fais part au déjeuner – pardon, au dîner. - Tu as dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, me répond-elle, résignée. Résignée à vois son époux aimer plus un étranger que sa propre famille ? Ou à subir le regard et les insinuations d’autrui à longueur de temps ? Les jugements font souvent plus mal que les faits eux-mêmes. Maudit soit le regard des autres, même s’il est le mien.
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