Chapitre 70:
Chapitre 17.3
(par
lambertine, ajouté le 08/11/09 00:23)
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- Sans la lecture, j’aurais quitté l’hôpital. Je me serais enfui de cet endroit insupportable de malaise et d’ennui. Si j’ai tenu jusqu’ici, c’est grâce à un bouquin. Un seul. La Horde du Contrevent. J’en ai entendu parler. En bien. Mais je ne l’ai pas lu. Il me propose de me le prêter, en échange de la Trilogie new-yorkaise. Promis. Ce soir ou demain. Après le sport, en tout cas. Nous continuons notre discussion littéraire sur le chemin du centre sportif. Où l’éducatrice fait tomber certains de mes compagnons de haut. - Pas question de jouer au mini foot. La mine déconfite de Célestin me fait mal au cœur. Celle de Philippe m’amuse et m’étonne. Un homme de son âge et de sa condition, manifester une telle déception pour un jeu de ballon ! C’est ridicule. Quoi qu’il en soit, je suis « Loisir 1 », et c’est à moi de négocier. Ou de tenter de négocier. En vain. - Le football est un jeu de brutes que je ne cautionne pas. Le badminton permet à chacun de se défouler sainement, sans risque d’accident. Je fais valoir que la liste des sports a été signée par Camille. Qu’il a accepté le minifoot. Qu’un contrat a donc été passé entre l’Equipe et les Résidents. Que tout contrat doit être respecté par les deux parties. Que c’est là une des règles du Centre. En vain. - Tu n’as qu’à te plaindre à Camille. Je refuse de prendre la responsabilité d’une bande de gamins… Gamins ? Philippe a 56 ans. Je subodore qu’il ne paraît pas son âge. - … qui vont courir comme des sauvages derrière une boule de cuir. JE commande, ici. Vous êtes sous MON autorité. Le débat est clos. Je me sens confuse. Incapable. Je n’ai pas accompli ma mission correctement. Je dois être plus déçue encore, moi qui ai horreur du football et qui ai refusé de m’y inscrire, que tous les amateurs de jeux de ballon. Célestin compris. - Pas grave, me dit-il en me tendant une raquette. C’est pas ta faute. Si . C’est ma faute. Mon échec. - Arrête, je te dis. C’est pas grave. C’est juste comme d’hab’. Sans doute, mais d’habitude, ce n’est pas moi, « Loisirs 1 ». Je prends la raquette, un volant, cherche un partenaire pour me défouler. Honoré joue avec Jean-Marc. Damien avec Agnès. - Qu’est-ce que je t’avais dit ! - Ca ne veut rien dire, Célestin ! Il a souvent joué avec moi aussi. Tu ne vas pas me faire croire qu’il était amoureux de moi, quand-même ? - Bien sûr que non ! Toi, il t’aime bien, c’est pas pareil. Mais Agnès, il l’aime tout court. - Tu es bien le seul à l’avoir vu. - Non. Je remarque à cet instant qu’il ne plaisante pas. Qu’il ne s’agit pas de sa part de remarques potaches. Il est sérieux. Très, trop sérieux. Serait-il amoureux, lui aussi ? - Elle est la seule fille ici à être trop jeune pour être notre mère. On fantasme un peu, tous. Lambert, Frédéric, Aurélien, moi. Ben aussi. Et Jacob. On fantasme juste comme ça. Elle est très belle, tu sais. Et nous, ben… on est un peu en manque. Oui. Je sais. J’ai remarqué. Je ne suis pas aveugle. Et je conçois fort bien que des jeunes gens comme eux aient des besoins physiques. De là à tomber amoureux… - Damien, c’est différent. Il l’aime, et si personne de l’Equipe ne l’a encore remarqué, moi, si. Et quelqu’un d’autre aussi. - Et qui donc ? - Christophe. - Son mari ? Il opine du chef d’un air consterné. Oui, Christophe, le père du petit Romain. - Tu l’a à peine entrevu, Dimanche ! Et tu ne lui a même pas parlé. - Je vois les gens, Diane. Je m’en passerais bien, mais je les vois. Tels qu’ils sont. - Diane ! Célestin ! L’éducatrice est mécontente. Et il ne faut pas jouir d’un don particulier pour s’en apercevoir. - Vous n’êtes pas ici pour bavarder, mais pour faire du sport. - Il n’y a plus de terrain de libre. Célestin, tais-toi, et obéis, bon sang ! - Alors, jouez à quatre.
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