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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 75: Chapitre 18.1
(par lambertine, ajouté le 17/11/09 14:26)


- Patrick !
- Quoi ?
- Ta planche à tartiner et ta tasse. Tu oublies de débarrasser.
- Hein ?
- Débarrasse ton couvert. C'est tout. Ce n'est pas à l'équipe vaisselle de le faire.
- Et ce n'est pas à toi de me faire des remarques. Tu n'es pas membre de l'Equipe. Tu n'es qu'une alcoolo.
S'il croit me vexer, il se trompe.
- Je sais. Je te fais la remarque quand même. Je préfère ça à cafter aux éducs.
- Tu n'as pas à t'en mêler. C'est tout.
- Je n'ai pas envie que quelqu'un d'autre se fasse punir à ta place.
- Ce n'est pas ton problème non plus. Ici, c'est chacun pour soi. Comme dans le vrai monde.
- Chacun pour soi ? Parle pour toi. Je ne veux pas de ce monde là. Ni ici, ni dehors.
Je ne veux plus de ce monde. Ni ici, ni dehors.
Je l'ai accepté trop longtemps.

Gervaise parle depuis le début de la réunion. Du mariage de sa fille. De son ex-mari. De sa peur. Peur de retrouver son ex-mari au mariage de sa fille. Peur de se disputer avec son ex-mari au mariage de sa fille. Peur que sa mère se dispute avec son ex-mari au mariage de sa fille.
J'écoute en soupirant intérieurement. Je m'ennuie. Pourtant, je comprends bien les angoisses de Gervaise. J'ai vécu les mêmes, exactement les mêmes, l'année dernière. J'avais peur. Peur de retrouver mon pas encore ex-mari. Peur de me disputer avec lui. Peur que ma mère se dispute avec lui. Peur que sa mère se dispute avec lui. Peur que ma mère se dispute avec sa mère. Peur de me disputer avec sa mère. Peur de gâcher la fête, le jour de Florentine et d'Aurélien.
Le mari de ma fille se nomme Aurélien, comme mon fils. Bizarre, non ?
J'avais peur, à tort. Mon mari n'a pas gâché la fête. Les disputes n'ont pas eu lieu. Je demande la parole. Je parle de mon expérience. Je propose à ma cocuriste de discuter avec elle de son problème. Pour la troisième fois. Jusqu'ici, elle a ignoré ma proposition. Elle continuera sans doute. Mais nous participons au groupe des femmes. Et je me sens obligée de partager cette tranche de vie avec Gervaise. Et donc, avec les autres femmes.
Je n'aime pas parler de moi. Je n'aime pas parler de ça. Même si ce jour fut heureux. Même si ce jour fut l'un des plus beaux de ma vie. Je n'aime pas en parler, parce que j'ai honte. Honte ce cette angoisse qui m'avait submergée. Honte de la faillite de mon couple. Honte des querelles religieuse qui divisent ma famille depuis la conversion de mon mari à l'Islam.
- A l'Islam ?
- Quel horreur !
- Il voulait que tu porte le voile ?
Et c'est parti ! Parti pour une heure de préjugés et de caricatures. Je ne reproche pas sa conversion au père de mes enfants. Je ne la comprends pas, c'est différent. Comment un catholique ultrapratiquant, membre du conseil paroissial et de la fabrique d'église, décide-t-il du jour au lendemain de changer de religion ?
- C'était pour une femme, je suppose !
- Parce qu'il paraît que...
Nouveau tour de bêtises. Non. Ca n'avait rien à voir, et je n'ai pas envie d'argumenter. Je n'ai pas envie de reproduire ici ces discussions que j'ai eues cent fois dans le vrai monde, dans la vraie vie. Celles que je redoutais tant le jour du mariage de Florentine, et qui ont été évitées de justesse. Grâce à mon amie Constance, et à sa passion pour l'homme de Néanderthal.
- En tout cas, ça n'a rien à voir avec moi ! décide Gervaise. Le père de Chiara est peut-être un sa*aud et un imbécile, mais il est resté civilisé.
Comme si les musulmans n'étaient pas civilisés !


Voir le chapitre 75 sur 395



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.