Chapitre 82:
Le Roman de Lambert.2.Je n’avais encore jamais vu la ne
(par
lambertine, ajouté le 25/11/09 21:47)
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La situation politique s’aggravait au Zaïre. Mon père décida de notre retour en Europe. Une petite ville de province. J’aimais y traîner sur les berges du fleuve. Si l’on pouvait appeler cette rivière moyenne un fleuve. Mais à défaut d’autre chose… A défaut d’une maison qui ressemble à une maison, et non à un cube de béton au cœur d’un cube de béton. A défaut d’une école qui ressemble à une école, et non à une caserne pour enfants décervelés. A défaut d’une famille qui ressemble à une famille… Mon père recherchait désespérément un nouveau mode de vie, entre les jeunes filles à louer et les jeux de hasard. Ma mère l’avait trouvé au fond d’une bouteille. Moi, j’errais, le long du fleuve. Sans amis. Sans but. Sans espoir. J’errais, dans un froid de plus en plus intense, le corps engoncé dans un manteau trop lourd, les pieds emprisonnés dans des chaussures trop serrées. L’école ? A quoi bon ? Je savais lire, je savais compter. Cela ne suffisait-il pas ? Le reste, ce qui ferait de moi un homme, je l’apprendrais sur le tas. Je n’étais pas paresseux, mais j’appris à glander. Je n’étais pas malhonnête, mais j’ai appris à voler. Je n’étais pas fourbe, mais j’appris à mentir. Et, un matin d’hiver, alors que mon père bai*sait on ne sait où avec on ne sait qui, alors que ma mère cuvait au sein d’un divan trop moelleux, je sortis sur la terrasse, une bouteille de whisky à moitié pleine à la main. Quand je me réveillai, transi de froid, je remarquai qu’elle était vide. Et que la ville était blanche au lieu de grise. Je n’avais encore jamais vu la neige. J’avais onze ans.
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