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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 88: Chapitre 20.1
(par lambertine, ajouté le 07/12/09 23:01)


En cercle dans le grand grenier. Comme d’habitude, lors des Communautaires. J’écoute. Je n’ai pas grand-chose à dire. L’exercice, qui consiste pour les coordos à placer les résidents dans le Centre ne m’intéresse pas plus que ça. Et cela n’intéresse pas trop les coordos de me placer non plus. Je suis, selon eux, un électron libre qui « papillonne »entre les groupes Célestin-Jacob et Aurélien-Philippe-Jean-Marc dits « du salon », et Dominique-Gervaise-Agnès-Frédéric-Marie-Line-Damien dit « de l’aquarium ». Autrement dit, selon les conclusions qu’en tirent l’Equipe, je n’ai ma place nulle part. Est-ce ce que je ressens ? Oui et non. Je ne crois pas faire partie d’un groupe. Je crois être proche de quelques résidents, qui ne sont pas vraiment amis les uns des autres. Suis-je intégrée au Centre ? Peut-être pas. Peut-être suis-je trop critique vis-à-vis du règlement, vis-à-vis de l’Equipe, vis-à-vis des réactions des autres résidents pour vraiment m’intégrer. Peut-être suis-je trop imbue de ma personne pour me retrouver dans ce qu’ils disent de moi ? Je les trouve « à côté de la plaque ». Je ne me vois pas comme une colporteuse de ragots, à l’affût de la moindre rumeur. Je ne suis pas assez altruiste, assez compatissante pour ça. A la vérité, la vie privée de mes cocuristes, comme celle de mes voisins ou des grands de se monde m’indiffère. Sauf s’ils me la dévoilent eux-mêmes. Sauf s’ils comptent pour moi et que je compte un peu pour eux. Mon cœur n’est pas assez grand pour y inclure le monde entier et ceux qui n’y ont pas leur place, qu’ils vivent comme ils le désirent. Je n’ai pas à les juger, ni à les regarder vivre.
Gabriel, lui, prend très mal les commentaires de l’Equipe et des coordinateurs. Je peux le comprendre. Il est ici depuis une semaine à peine, et on lui reproche sa non-intégration. Comme s’il était possible de s’intégrer en quelques jours ! Il a le malheur d’évoquer un manque d’ouverture de la part des « anciens » en général, et des « habitués de l’aquarium » en particulier. Tollé général ! En quelques minutes, il devient impossible de suivre la moindre bribe de conversation. RP, tolérance, repli sur soi, homosexualité, tout y passe. J’ai l’impression de me retrouver dans une cour de maternelle. Je soupire. Pas seulement intérieurement mais, heureusement, aucun éducateur ne me voit. J’aime bien la plupart des occupants de l’Aquarium. Je ne me suis jamais sentie exclue quand je me retrouvais parmi eux. D’un autre côté, je dois bien reconnaître qu’ils font peur aux « nouveaux ». Qu’ils donnent l’impression d’un cercle fermé. Qu’ils en sont peut-être un. Pitié ! Que cette réunion finisse. Et vite ! Nous sommes censés être des adultes, que diable ! Dépendants, intoxiqués, fragiles, voire cinglés peut-être, mais des adultes. Et nous nous comportons comme des petits enfants. Et on nous traite comme des petits enfants !
Je n’écoute plus. Plus du tout. Je pense à mon week-end, et aux sanctions qui ne vont pas manquer de me tomber dessus. Je me suis levée en retard. Trois fois de suite. Je serai donc punie. Trois fois. Comme une petite fille désobéissante. C’est normal. C’est normal et c’est stupide. Je ne suis pas une petite fille, et qu’importent deux minutes de retard au petit-déjeuner du dimanche matin. Mais c’est le règlement. Et le règlement s’applique à tout le monde. Au haut fonctionnaire de l’Union européenne comme au petit voyou de banlieue.
Devrait s’appliquer, du moins. Je sais, nous savons tous que ce n’est pas le cas. Et je me demande quelle sera ma sanction.

Nous sortons, en masse, comme des écoliers après la classe. De l’air, enfin ! Pour la plupart d’entre nous, une cigarette. Ou deux. En compagnie des nouveaux. Peu nombreux. Un politicien socialiste. Un chauffeur routier souriant. Et Ben, enfin de retour. Ben que je prends dans mes bras, que j’embrasse maternellement malgré les interdits. Ben dont célestin entoure les épaules. Ils éclatent de rire.
- De retour parmi les vivants !
- Ah bon ? On est vivant ici ?
- Je n’en suis pas si sûr. Mais au moins on mange bien. Enfin, parfois…

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.