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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 9: Chapitre 3.1
(par lambertine, ajouté le 21/07/09 12:59)


Il paraît que je ronfle. Ça ne m'étonne pas outre mesure, mais ma compagne de chambre en est irritée. Elle traîne sa mauvaise humeur depuis le lever du jour. Elle répète à l'envie que je l'empêche de dormir, qu'elle en a la migraine. Je ronfle, d'accord. À ce point ? Peut-être. Comment modérer ses ronflements quand on dort ? Je n'en ai aucune idée, mais telle n'est pas l'opinion de Delphine. Un Richard compatissant finit par prêter une oreille attentive à ses plaintes et me demande si je suis opposée à dormir seule. Je manque de lui rire au nez. Opposée ! Que du contraire ! Je suis ravie de retrouver une part d'intimité. Et je cesserai de me sentir obligée de me rapprocher d'une personne qui ne m'attire guère, et qui ne m'aime pas. Qui paraît d'ailleurs ne pas aimer grand monde, sauf un gamin à casquette. Grand bien lui fasse ! Je suis vexée d'être rejetée dans ma tanière, mais ma tanière me plaît, même si une odeur persistante de tabac y règne. Je croyais qu'il était interdit de fumer dans les chambres. Visiblement la précédente locataire a fait quelques entorses au règlement, en déjouant le détecteur de fumée. J'ouvre grand la fenêtre, et le froid entre, piquant, en même temps que les voix assourdies me parvenant du jardin. Du fumoir. Neige blanche, neige grise. J'observe la vue. Les pierres de taille du bâtiment des hommes. L'arbre central. L'abri barbecue. Le jardin inférieur, vierge de trace de pas. Les gens. Normaux. Cigarette au bec. Café à la main. Je ne peux m'attarder. Il est interdit de flâner dans sa chambre, sauf en "temps libre". Nous ne sommes pas ici pour vivre en solitaires. Je prends un livre Paul Auster "La Trilogie New Yorkaise". Je descends au salon. Peu de fauteuils sont occupés. J'hésite à m'isoler pour lire. Je finis par choisir la compagnie des hommes. Pas de Juliette, qui montre, les larmes aux yeux, ses photos de famille à un Sébastien tout aussi tristounet. Pas de Célestin qui "joue" au solitaire adossé au radiateur. Pas de Dominique plongée dans un livre de Mots fléchés. Je m'installe dans un fauteuil rouge et mou, au milieu d'un groupe d'hommes, jeunes et moins jeunes. Mohammed me parle de ses filles. Raoul de son épouse. Un gros et grand garçon aux cheveux coupés en brosse de ses problèmes de poids. J'écoute comme Aurélien. Je m'intéresse. Quelqu'un m'offre un café. Fort. Je le déguste à petites gorgées. Et j'entre dans la conversation. Je questionne, et je parle de moi. D'encres, d'imprimerie, de papier-monnaie. Les questions fusent. J'ai travaillé pendant vingt ans dans un domaine peu commun. L'enthousiasme me prend, et je m'emballe. Je repars en arrière. Dans le temps. Autrefois, j'étais mariée. Nous avions notre propre entreprise. Mon époux concoctait ses formules secrètes dans son laboratoire... Autrefois, j'étais une Dame...

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.