Chapitre 90:
Chapitre 20.3
(par
lambertine, ajouté le 11/12/09 21:13)
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- Tu trouves que tu ne l’es pas assez souvent comme ça ? - Au moins, cette fois, je saurai pourquoi.
Je verse le cocktail de jus de fruits dans les verres qu’Agnès a givrés au sucre-grenadine. L’effet est très joli. Le goût n’est pas mauvais. Il semble plaire aux éducateurs, ainsi qu’aux « nouveaux ». Nouveaux, qui nous ont été présentés par des « moins nouveaux ». Baptiste, le politicien, par Gabriel et Pascal, le chauffeur routier, par Renaud. Hervé, lui, n’est pas content. Réprimandé par Julie, il frappe du pied, et s’en va vers les chambres des hommes, en grommelant « Je veux partir. Je veux rentrer à la maison. Vous êtes méchants. Vous êtes tous méchants. » Célestin pose son verre, et le suit. - Qu’est-ce qu’il a ? - Hervé ? me répond Ben. Rien. Enfin, pas grand-chose. Il voulait présenter quelqu’un. Comme ceux qui sont entrés le même jour que lui. En fait, il voulait me présenter, moi. - Pourquoi ne l’a-t-on pas laissé faire ? - Parce que je ne suis pas vraiment « nouveau ». Tout le monde, ou presque, me connaît déjà. Mais ça lui aurait fait plaisir, ça, c’est sûr. Nous ne sommes pas ici pour que l’Equipe nous fasse plaisir. Ça, c’est encore plus sûr ! Mais moi, je doute que montrer à Hervé qu’il n’est pas comme les autres, même si c’est vrai, puisse le faire décrocher de la boisson. - Ça veut dire quoi, être comme les autres, ici, Diane ? Nous sommes tous des cas sociaux, non ? Enfin, presque tous, je veux dire. Peut-être pas Marie-Line. Ou toi… Il paraît gêné de ce qu’il vient de dire, craint de m’avoir blessée. A tort. Je suis un cas social. Peut-être plus que lui qui, avant d’entrer ici, avait un travail, un logement, une fiancée, même s’il était héroïnomane. - J’ai quand même fait de grosses bêtises, tu sais. Je ne suis pas vraiment quelqu’un de fréquentable. Moi non plus. Du moins, telle est l’opinion de tous ceux qui me fréquentaient « avant ». De tous, ou presque. Mais peut-être pas de Julie qui s’approche de moi, un toast à la main. - C’est toi qui as préparé l’apéritif ? me demande-t-elle d’une voix mielleuse. J’acquiesce, méfiante. - Toute seule ? insiste-t-elle. - Célestin m’a aidée à passer le jus au bazooka. L’engin est un peu lourd pour ma petite personne. - Il n’a fait que ça ? Tu en es certaine ? Non, mais c’était ma tâche de préparer l’apéro. Ma responsabilité. Alors, j’assume. - Certaine. J’ai préparé le jus. Et les zakouskis. - Avec les restes ? C’est interdit. - Il en restait trop peu pour les présenter au souper. Ils auraient fini à la poubelle. Gâchés. Alors, autant les présenter à l’apéritif. Elle part dans un discours moralisateur. Nous vivons en communauté. Il n’y a pas de différences entre nous. Nous devons tous être traités de la même façon. Donc accueillis de la même façon. Sans « extra » à l’apéritif. Je n’écoute pas. Je regarde Célestin ramener Hervé dans le salon, plaisanter avec lui, demander quelque chose à Jacob qui visiblement accepte. Il n’y a pas de différences entre nous…
- Il ne faut plus prendre ce genre d’initiatives, Diane. Tu n’es pas ici pour prendre des initiatives. C’est bon pour une fois. - Je ne suis pas punie ? - J’ai dit « c’est bon pour une fois ».
Il y a quinze jours, Célestin a été de corvée poubelles pour avoir pris la même initiative.
Il n’y a pas de différences entre nous…
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