Chapitre 92:
Le Roman de Lambert..4. Ni d'ici ni d'ailleurs
(par
lambertine, ajouté le 13/12/09 16:52)
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Lorsque l’ai pris l’avion pour Kin’, je croyais repartir vers le paradis.
Je ne me suis pas retrouvé en enfer, non. Simplement, l’Afrique que je regagnais, où j’allais rejoindre mon père, n’était plus celle que j’avais connue. Ou était-ce moi qui avais changé ? La violence, la pauvreté, étaient plus proches de moi, plus perceptibles. Le monde des expatriés, plus brutal et plus superficiel. Tout comme en Europe, j’y cherchais ma place, sans vraiment la trouver. Ni dans la société, ni dans ma famille. Mon père s’était remarié. Sa femme était noire, et bien trop jeune pour être ma mère. Ca ne me dérangeait pas. Mieux valait une belle-mère permanente que des maîtresses de passage. Mais ça dérangeait mon père. Pas qu’elle soit ma belle-mère, mais que moi, je sois le beau-fils de cette femme. Que moi, j’aie seize ans. Parce qu’avoir un fils de mon âge, c’était devoir admettre qu’il avait le sien. Et ce n’était pas facile pour lui. Pas du tout. Je voulais pourtant me rapprocher de lui. Pour cela, je travaillais sous ses ordres. Je ne crois pas que c’était une bonne chose. Il finissait par me considérer comme un employé, plus que comme son propre fils. Un employé sans plus de droits que les autres. Mais surtout, du moins le ressentais-je comme ça, un employé sans plus d’amour que les autres. Cela me faisait mal. Alors, bien souvent, je reprenais mon ivresse errante. J’évitais le monde des expatriés. Je me plongeais dans l’Afrique profonde. L’Afrique des pauvres. L’Afrique des rues, loin des jardins avec piscine des villas post-coloniales. Celle des enfants paumés et des tas d’immondices. Celle de la sorcellerie, aussi, et de ceux qui y croient. « Suis-je possédé ? » me suis-je souvent demandé. Il faut l’être sans doute pour chercher le paradis au fond d’une bouteille. Et j’avais peur. Peur de mourir autant que peur de vivre. Je n’étais pas d’ici. Je n’étais pas d’ailleurs. J’étais de nulle part et n’avais pas ma place auprès de ma famille.
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