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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 93: Chapitre 21.1
(par lambertine, ajouté le 13/12/09 19:48)


- Mais pourquoi as-tu été acheter ces bières ?
Silence. Gervaise ne donne pas d’explication à sa rechute. Elle a bu. C’est tout. Point final. Elle a acheté ces cannettes de Gordon par pur réflexe.
- Tu les as prises dans le rayon.
- Oui.
- Tu les as mises dans ton charriot.
- Oui
- Tu les as posées sur le tapis roulant.
- Oui, mais…
- Tu les as payées, mises dans ton sac, et ouvertes, avant de les boire. Je n’appelle pas vraiment ça un acte « réflexe ».
Moi non plus, mais je comprends Gervaise. Acte réflexe, non. Acte d’habitude, oui. D’autant que, pour Gervaise, rechuter en cure est aussi une habitude.
- Rechuter en cure n’est pas grave. L’essentiel est de comprendre pourquoi. Que recherchais-tu, en rechutant ?
Gervaise hésite, chipote. Emet une hypothèse. Elle ne voulait pas parler du mariage avec sa fille. Ce que sa rechute lui a permis d’éviter. Je reste dubitative. Ce mariage commence à avoir bon dos. Néanmoins, chacun y va de son commentaire, de sa solution.
- Tu devrais téléphoner à Chiara.
- Ou à son père. Mettre les choses au point avant le jour J.
- Parler à ta mère. Lui dire que tu as peur.
- Te préparer. Tu n’as toujours de tenue.
Chacune parle du mariage. La rechute est passée au second plan. Peut-être à raison. Enfin, l’éducatrice semble de cet avis.
- Tu appelleras ton ex-mari ce soir.
Gervaise regimbe, s’énerve. Finit par accepter.
- Engage-toi à appeler ton ex-mari ce soir.
Elle a un geste d’agacement. Soupire.
- Engage –toi à appeler ton ex-mari. Ce soir. J’attends.
De mauvaise grâce, elle s’exécute. Satisfaite, l’éducatrice la félicite. La rassure. Et minimise l’importance de sa rechute. Celle-ci fait, paraît-il, partie intégrante d’une cure réussie. Elle doit savoir ce qu’elle dit. Malgré tout, j’ai difficile à comprendre. Béatrice, elle, a passé toute la réunion à tousser à s’arracher les poumons.

Vendredi, je rentre chez moi. Ou plutôt, je vais chez ma fille. Ce sera mon premier week-end, non pas de liberté, mais de sortie. Je remplis donc consciencieusement un formulaire, sur lequel je détaille consciencieusement mon probable emploi du temps. Je n’ai jamais été très organisée. Je ne comprends pas bien l’intérêt de savoir à l’avance ce que je vais faire, heure par heure. Ce que je veux, c’est voir mes enfants et mon petit-fils. C’est parler avec eux. Manger avec eux. Vivre avec eux.
C’est sortir d’ici. Voir des jeunes qui vont bien.
- Comment comptes-tu voyager ?
En bus et train, bien entendu. Je n’ai pas d’autre solution.
- Quelles difficultés crains-tu de rencontrer ?
Quelles difficultés ? Mais je n’en sais rien ! Je vais prendre le bus pour la première fois, prendre le train pour la première fois, passer deux nuits dehors pour la première fois depuis mon arrivée au Centre. Je ne peux pas répondre ça, pourtant ! Alors, j’invente.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.