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Sauf erreur nous n'en avons pas parlé ...
https://www.tolkiensociety.org/2025/06/ … fragments/
(annonce de la TS au mois de juin dernier)
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En effet.
Il y a une discussion sur Tolkiendil avec notamment un lien vers un article du Telegraph (mai 2025) - à présent payant - qui rappelait le contexte autour de William R. Morris, vicomte Nuffield, fondateur de Morris Motors, et principal antagoniste du récit de Tolkien.
La page Wikipedia en anglais donne un aperçu du personnage, de son flair commercial, auquel il doit sa fortune, et de ses errances idéologiques qui le rendent fort peu sympathique.
Druss a fait un retour de ce petit livre :
J'ai reçu et lu le texte de Tolkien qui est relativement court, plus court que les contes du Fermier Giles de Ham ou Smith de Grand Wootton. Certains pourraient le qualifier d'anecdotique, mais j'ai trouvé très intéressant de le lire, surtout à une période où l'on ne cesse d'évoquer les problèmes climatiques dus à l'explosion des voitures à essence ; cela fait étrangement écho, bien que le texte ait 80 ans.
L'autre point intéressant, c'est la forme. Le texte est en fait un rapport d'archéologues du futur (par rapport aux évènements) éditant des fragments en deux langues (latin et anglais). On ne peut pas ne pas penser aux Archives du Notion Club, que Tolkien écrivait quelques années avant, mais aussi au commentaire de Lewis au Lai de Leithian.
I.
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Merci pour ces infos qui personnellement m'avaient échappé.
Je pense que l'on peut dire que le propos fait écho (ou plutôt l'inverse) au fuseau La Machine ou la nécessité de raser le monde réel...
C.
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Tout-à-fait Cédric.
Un Père Noël a été particulièrement généreux cette année et, grâce à lui, je viens d'achever la lecture de cet ouvrage.
Il aurait été dommage que ce texte, à mi-chemin entre le conte, la satyre et l'oracle, ne fût pas publié at last.
Car, lorsque Tolkien en montre les manuscrits à Clyde Kilby (vers 1966), celui-ci y voit deux inconvénients :
- trop de latin ;
- trop hétérodoxe (les gens se sont désormais habitués à l'automobile se ficheront royalement de la critique tolkienienne).
Christopher Tolkien ne sait pas si c'est ce retour de Kilby, regrettable à ses yeux, qui a convaincu son père d'enterrer le projet. Toujours est-il que Christopher, que l'on ne remerciera jamais assez, l'a sorti des oubliettes.
La présente édition comporte en fait en deux textes d'importance égale :
- The Bovadium fragments : précédé d'une courte introduction, il correspond à la composition tolkienienne (avec quelques brouillons, comme il se doit) ;
- The origin of Bovadium : rédigé par Richard Ovenden de la Bodleian, c'est un récit très riche, instructif, clair et documenté (*) qui recontextualise et retrace notamment la longue bataille rangée ayant fait rage à Oxford entre ceux qui voulait désengorger son trafic en coupant à travers le superbe parc de Christ Church Meadow et la plupart des professeurs de l'Université qui s'y opposaient à toute force. Je pense que tu devrais adorer, Isengar, et perfectionner encore (s'il est possible !) l'érudition qui est la tienne sur les lieux et les temps de la vie de notre auteur favori.
Trois commentaires pour ma part.
1. La principale ligne de force du texte est spirituelle : l'histoire s'ouvre pour ainsi dire par la prière du poème composé par A. Godley (en 1914), à savoir que Dieu les (ou nous) protège des hordes de véhicules motorisés ; cette prière n'est pas entendue, la cité de Bovadium se laisse séduire par les promesses d'un « Daemon » dont la manière rappelle un peu celle du « Maître » dans le Conte d'Adanel, et la chute de Bovadium est consommée ; l'histoire de ses habitants s'achève aux Enfers. Là, aux abords du Styx, ils voient s'approcher vers eux Charon dans sa barque ... motorisée :). Mouvement inverse de celui de Mythopoeia, soit dit en passant, qui s'achève au Paradis, où « les rachetés [...] créeront encore, n'étant pas morts » et où « les poètes auront leur têtes surmontée de flammes ».
2. L'extravagance du récit (l'aveuglement des habitants de Bovadium et l'accumulation de véhicules motorisés sont tels que tout se termine par un empoisonnement massif dont presque personne ne réchappe) sert à une mise en abyme excellente, qui met en scène l'un des éditeurs (internes !) des « Fragments », un certain Dr Gums, qui écrit dans une sorte de postface éditoriale :
His tale is quite incredible. It is hard to believe that there were ever in this country so many men or so rich. It is impossible to believe that, if so, they would squander all that they had in such a ‘lunatic fashion’.
Son récit est tout simplement invraisemblable. Il est difficile de croire qu'il y ait jamais eu dans ce pays autant d'hommes aussi riches. Il est impossible de croire que, si tel était le cas, ils auraient dilapidé tout ce qu'ils possédaient d'une façon aussi « démente ».
We at any rate are not likely to fall into such folly. We do not believe in any Daemon; and if we did, we should give no ear to one that prompted us to the making of large machines. For happily we value peace, and food, and the visual arts; and the science to which we are most devoted is Medecine, somatic and psychic. At present, indeed, as we all know, we are on the brink of great advances; and the hope is now near that we shall at last conquer mortality, and not ‘die like animals’: to quote the words of our leading Thanatologist. Some think that he is inspired.
Nous, dans tous les cas, ne sommes pas à même de verser dans pareille folie. Nous ne croyons en aucun daemon ; et si nous y croyions, nous n'écouterions pas celui qui nous inciterait à fabriquer de grandes machines. Heureusement que ce que nous apprécions, ce soit la paix, la nourriture et les arts visuels. Et la science à laquelle nous sommes le plus attachés est la médecine, somatique et psychique. Aujourd'hui, comme nous le savons tous, nous sommes à l'aube de grandes avancées, et l'espoir est désormais proche que nous vaincrons enfin la mortalité, et que nous ne « mourrons pas comme des bêtes » — pour citer les mots de notre éminent Thanatologue. Certains pensent qu'il est inspiré.
The Bovadium Fragments, p. 43-44
Sans commentaires.
Ah si. Je ne serais pas surpris qu'il faille lire le nom du Dr Gums à l'envers, soit Smug : « suffisant, imbu de soi-même ».
3. Les deux points précédents sont ignorés de la jaquette du livre comme de R. Ovenden qui réduisent le message de Bovadium à une sensibilisation à « la fragilité de notre monde naturel » (pour citer la jaquette, mais voir surtout les p. 118-123). Je n'insiste pas, on a relevé ce biais récurrent dans la réception de l'« écologie » tolkienienne.
En guise de conclusion, je retiens ce court passage qui résume probablement la position qui fut celle de Tolkien dans les débats ayant eu cours à Oxford :
Many Planners then arose, who proposed this plan and that; but the only plan that was never put forward in any debate was that the Motores should be restricted or even prohibited. For at heart men were enamoured of the Motores [...].
De nombreux Planificateurs se sont manifestés, proposant tel ou tel plan ; mais le seul plan qui n'a jamais été avancé dans aucun débat était celui qui consistait à restreindre, voire à interdire les Motores. Car au fond, les hommes avaient été séduits par les Motores [...]
The Bovadium Fragments, p. 22
Tout cela nous renvoie au fuseau cité par Cédric ;).
___________
(*) Petite erreur de rien : R. Ovenden cite (p. 78) un assez long passage d'On Fairy-stories en disant qu'il s'agit d'un brouillon non publié. Le passage en question est en réalité bien présent dans l'essai publié avec certes une variante de formulation en son début (c'est le passage avec ce clerc d'Oxford qui, un jour, a dit une énorme carabistouille, comme quoi il accueillait avec plaisir l'arrivée des usines qui allaient mettre l'Université « en contact avec la vie réelle » :)).
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