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#1 25-09-2026 18:15

Aglarond
Inscription : 2005
Messages : 262

Je me lance dans l'écriture : comment trouver un éditeur ?

Bonjour à la communauté que je n'étais pas venu saluer depuis longtemps !

Tout est dans le titre, ou presque : depuis l'an dernier, je m'attelle à l'écriture d'un récit, que j'espère faire publier.
Il s'agit d'une histoire vraie : celle de mon arrière-grand-mère qui courait les cimes du massif du Mont-Blanc il y a plus d'un siècle, et de ses enfants dont trois moururent dans un accident de montagne précisément là où leur mère avait vécu un de ses aventures les plus marquantes. Nous sommes donc dans le thème de la rentrée littéraire 2025, et je dois dire que la lecture des livres de Carrère (Kolkhoze) et Mauvignier (La Maison Vide), sans franchement m'inspirer tant leur style leur appartient (et tant le résultat est supérieur à ce que je peux produire), a apporté un éclairage intéressant sur ma démarche. Pour ma part j'ai adopté une forme de récit proche du roman (comme Mauvignier, donc, mais dans un style très différent et surtout en m'éloignant beaucoup moins de la réalité).
Je m'empresse également de préciser que je me tiens le plus éloigné possible du thème de la rentrée littéraire 2026 : ouf, Pangram labelle 100 % humain le premier et le dernier chapitres !  devil

J'en viens au coeur du problème : trouver un éditeur. J'avais envoyé en avril la version de l'époque du manuscrit à quelques maisons : une grande maison parisienne pour voir (Calmann-Lévy pour l'unique raison qu'un auteur que j'ai pu croiser venait d'y publier un roman), et des maisons plus orientées montagne : Arthaud (on reste dans la grande maison), la collection Guérin de chez Paulsen, et deux petites maisons chamoniardes tenues par Catherine Destivelle (Editions du Mont-Blanc) et François Damilano (JM Editions).
Calmann-Levy a répondu assez rapidement (1 à 2 mois) par la négative, sans surprise (le récit semble correspondre assez peu à leur catalogue). Quant à Guérin / Paulsen, j'ai reçu mi-août un message du directeur éditorial que leur collection se concentrant sur les histoires vraies, ma fiction ne pouvait être publiée... Je me suis bien sûr empressé de lui répondre qu'il s'agissait d'une histoire parfaitement vraie et lui ai envoyé la dernière version, pas mal remaniée. Il a répondu dans la foulée que pour s'excuser, il allait se plonger dans cette version.

Depuis, plus de nouvelles, malgré une ou deux relances par mail. Je suis un peu entre deux chaises : dois-je attendre une nouvelle de Guérin, ou bien relancer les autres maisons et l'envoyer à d'autres bien choisies (Glénat, Hoebeke...) ?
Passant à Paris dans quelques jours, je me pose la question d'aller au culot chez Paulsen demander si le directeur éditorial est présent.

Bref, ma question est : dans les démarches d'un nouvel auteur (du moins de quelqu'un souhaitant le devenir), où se situe la limite entre la ténacité pugnace d'un côté, le harcèlement pénible de l'autre ? Une telle démarche serait-elle bien vue comme un signe de détermination ou risque-t-elle d'énerver ? Dois-je balayer toute vergogne et arroser autant d'éditeurs que raisonnablement possible ?

J'ai pensé qu'un certain nombre de fidèles de ces lieux auraient une expérience précieuse sur ce sujet, qui me serait utile.

Je termine en précisant que les retours de lecture reçus de la part d'amis ou de la famille sont généralement bons à enthousiastes... mais bien sûr je les reçois avec une pincée de sel, comme on dit dans la Shire.

Merci de vos conseils !

Aglarond

Hors ligne

#2 26-09-2026 01:28

Hyarion
Inscription : 2004
Messages : 2 666

Re : Je me lance dans l'écriture : comment trouver un éditeur ?

Bonjour Aglarond, et bon retour en ces lieux.

Aglarond a écrit :

... depuis l'an dernier, je m'attelle à l'écriture d'un récit, que j'espère faire publier.

Bienvenue au club de l'écriture... ;-)
Encore que pour ma part, je sois encore loin de me poser la question d'un démarchage éditorial... puisqu'avant de faire cela il faut bien d'abord terminer ses textes.

D'autres que moi en ces lieux pourront peut-être partager avec toi (ici ou en privé) leurs expériences pour ce qui est d'être en relation directe avec des éditeurs. Je me limiterai donc de mon côté à un modeste avis personnel libre depuis mon « coin de création ».

Ton histoire a, me semble-t-il, largement de quoi intéresser les maisons d'édition que tu as ciblé : tu me parais à cette aune avoir déjà bien agi jusqu'ici.

Aglarond a écrit :

Passant à Paris dans quelques jours, je me pose la question d'aller au culot chez Paulsen demander si le directeur éditorial est présent.

À mon avis, ce serait une erreur de tenter de « s'imposer » de la sorte, sans avoir pris rendez-vous : je doute que cela soit généralement très apprécié dans les maisons d'édition. Guérin/Paulsen ayant plutôt manifesté un certain intérêt — ce qui est sans doute déjà positif —, pas la peine de courir le risque de se « griller » en voulant y « aller au culot », du moins à ce qu'il me semble. Une relance par courriel pourra toujours être faite plus tard, et sans doute bien mieux perçue.

Aglarond a écrit :

Je suis un peu entre deux chaises : dois-je attendre une nouvelle de Guérin, ou bien relancer les autres maisons et l'envoyer à d'autres bien choisies (Glénat, Hoebeke...) ?

Le monde de l'édition étant ce qu'il est, si tu tiens à être publié sans passer par l'auto-édition et que tu as plusieurs pistes sérieusement envisageables, je pense que tu ne devrais pas attendre un seul possible retour éventuellement positif (de Guérin) : il ne te faut pas hésiter à poursuivre tes démarches en envoyant ailleurs ton travail, en ciblant comme tu le fais les maisons (y compris régionales ou très spécialisées mais de qualité) où ton récit peut trouver une place.

Pour ce qui est des relances, de façon générale, je suppose qu'il faut forcément tenir compte des délais incompressibles — possiblement annoncés sur les sites des maisons dans leur rubrique « envoi de manuscrits », si elle existe —, délais pouvant aller jusqu'à plusieurs mois, et tenir compte également de périodes chargées que sont justement les rentrées littéraires.

Par ailleurs, tu signales que le directeur éditorial de Paulsen a cru initialement que ton histoire était une fiction, ce qui me paraît être un appel à la vigilance quant à la façon dont il vaudrait mieux présenter ton travail aux maisons : s'il s'agit d'une histoire vraie, documentée, et que c'est cela qui donne au récit littéraire une valeur particulière, alors je pense qu'il faut que ce soit clairement annoncé en présentant le texte aux éditeurs.

Aglarond a écrit :

Je m'empresse également de préciser que je me tiens le plus éloigné possible du thème de la rentrée littéraire 2026 : ouf, Pangram labelle 100 % humain le premier et le dernier chapitres !  ]:D

Il y aurait pourtant là beaucoup de choses à dire, rien que du fait de se sentir obligé désormais de « montrer patte blanche »... ;-)

Allez, même si elle n'était pas vraiment tendue, je saisi tout de même la perche...

J'avoue pour ma part finir par être passablement agacé par une trop large part de ce que je lis et entend dire ces dernières semaines en matière de critique de l'usage de l'IA dans la création littéraire et plus largement artistique, au-delà même de la polémique médiatique de ces derniers jours à laquelle tu fais allusion en citant Pangram. 

Pour celles et ceux qui n'auraient pas trop suivi l'actualité, voici un lien vers un article de Franceinfo sur le sujet, parmi beaucoup d'autres :
https://www.franceinfo.fr/internet/inte … 06196.html

Je me permets de reprendre ici ce que j'ai écrit avant-hier jeudi sur FB, suite à un message de Baptiste Beaulieu posté sur le réseau de Mark Z. et cité dans l'article de Franceinfo :

L'IA, comme toute innovation technique, peut aider le créateur, à condition qu'elle l'aide vraiment et donc qu'il conserve le geste créatif. Cependant, que de réactions décevantes depuis quelque temps, face à cette nouveauté...
L'IA se révèle être en fait un formidable révélateur des petitesses humaines... avec des machines que l'on sait être nourries par des livres écrits par des êtres humains, mais qui finissent par apprendre à (pathétiquement) se méfier des auteurs sachant encore écrire...
En ce sens, je comprends parfaitement le sentiment d'injustice de Baptiste Beaulieu.

À ce propos tenu l'autre jour, j'ajouterai ceci : le problème n'est pas l'IA, mais l'usage grossier et paresseux que l'on peut en faire. Reprochait-on à Michel-Ange et à Ingres d'avoir « triché » en utilisant du papier calque ? Non, c'eût été évidemment ridicule. Même chose avec l'IA, quelles que soient les questions d'avenir que son arrivée dans nos vies puisse poser par ailleurs à l'humanité. La créativité a eu ses outils à chaque époque, les nouveaux n'effaçant pas forcément les précédents : aux artistes de savoir garder leur geste créatif, car c'est toujours cela qui fera la différence. Du moins à ce qu'il me semble.

Ma digression sur l'IA mise à part, j'espère que mes remarques auront quelque utilité pour toi, Aglarond. :-)

Amicalement,

B.

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#3 26-09-2026 11:57

Elendil
Lieu : Velaux
Inscription : 2008
Messages : 1 242
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Re : Je me lance dans l'écriture : comment trouver un éditeur ?

Je suis tout à fait d'accord avec les remarques d'Hyarion.

Je pense aussi que les salons du livre sont l'occasion de rencontrer éditeurs et auteurs. Si tu parviens à intéresser un éditeur présent sur un stand, tu te ménages la meilleure des entrées. Si au fil de la discussion, tu incites un auteur en dédicace à lire ton texte et qu'il l'apprécie, il peut t'apporter un soutien précieux pour aborder son éditeur.

E.

P.S. : Pour le message de B. Beaulieu, j'avoue comprendre la frustration, mais l'analyse me semble faussée. Un logiciel comme Pangram n'a pas vocation à voir de l'IA partout, mais à distinguer au mieux texte généré par l'IA et par les humains. S'il voit tout en noir, nul doute qu'un autre logiciel, plus fiable, finira par s'imposer. Certes, les auteurs injustement accusés auront la pénible tâche de devoir se justifier, mais il me semble que cela n'est pas particulièrement difficile : suffit de conserver différents brouillons de son texte, ce qui permet de suivre attentivement le jet initial et les modifications ultérieures. Sans doute existera-t-il une fine marge où il ne sera jamais possible de trancher avec une absolue certitude : quid de l'auteur qui fait analyser son texte par l'IA pour identifier certains points stylistiques, comme les répétitions inutiles, afin de les modifier (une méthode de travail qui ne me choque absolument pas, au demeurant) ?

Mais maintenant que l'IA générative existe, il semble nécessaire de disposer d'outils qui permettent d'identifier les textes entièrement écrits par l'IA. Et bien sûr, que certains veuillent « sous-traiter » ainsi le travail d'écriture est parfaitement leur droit, et si d'autres acceptent de publier de tels textes parce qu'il existe des lecteurs qui s'intéressent purement au résultat sans se préoccuper de la manière dont il a été rédigé, cela ne me pose pas de souci. Mais personnellement, j'aimerais bien disposer d'un label « garanti sans texte généré par IA » de la même manière que je préfère les œufs de poules vivant en plein air, même si cela ne me procure aucun gain (gustatif ou diététique) de n'acheter que ceux-là (et pour ceux qui se poseraient la question, les œufs de poule en liberté causent plus de gaz à effet de serre que ceux de poules en cage, c'est purement une question de bien-être animal).

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#4 Hier 23:27

Hyarion
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Messages : 2 666

Re : Je me lance dans l'écriture : comment trouver un éditeur ?

Elendil a écrit :

Pour le message de B. Beaulieu, j'avoue comprendre la frustration, mais l'analyse me semble faussée.

En tout cas, ce qu'exprime Beaulieu montre bien la violence et l'injustice de la suspicion actuelle, laquelle suspicion m'a déjà sauté aux yeux le mois dernier lors de l'annonce de l'entrée en vigueur d'une réglementation européenne (l'AI Act) imposant des obligations de transparence — avec un filigrane invisible textuel — visant à forcer les entreprises de la Tech à déclarer ce qui sort de leurs machines : dans ce cas-là aussi, presque comme un « dommage collatéral », un auteur peut se trouver accusé de ne pas avoir écrit son texte tout seul alors qu'il est bien un créateur. Beaulieu rappelle avec justesse que ces machines ont été nourries d'œuvres humaines pour apprendre à nous imiter, et je trouve donc, comme lui, pénible et triste de voir que ce sont désormais les auteurs qui doivent se justifier. Beaulieu a évidemment raison quand il rappelle également que le plaisir d'inventer et de raconter des histoires est incommensurable, et qu'aucun créateur sincère n'a envie de se faire spolier ce plaisir par une machine, car c'est ce qui fait que la création reste un acte profondément vivant. Cependant, je nuance son propos : contrairement à lui, je ne blâme pas la technologie en soi, car comme je l'ai déjà écrit dans mon précédent message, l'intelligence artificielle n'est pas le problème... mais c'est l'usage paresseux que l'on peut en faire, tout comme la volonté de « flicage » algorithmique qui en découle, qui crée cette pénible tension.

Elendil a écrit :

Un logiciel comme Pangram n'a pas vocation à voir de l'IA partout, mais à distinguer au mieux texte généré par l'IA et par les humains. S'il voit tout en noir, nul doute qu'un autre logiciel, plus fiable, finira par s'imposer.

Certes, mais une question se pose : sur quels critères un tel logiciel pourrait-il vraiment juger ? En l'état, ces outils de détection ne cherchent pas une signature numérique secrète, puisqu'ils ne font que mesurer, par des calculs de probabilités, la régularité statistique ou la prévisibilité d'un style. Qu'un texte se trouve briller par sa fluidité, son classicisme ou sa perfection rythmique, et le voila suspect aux yeux d'un algorithme, même si c'est la plume maîtrisée d'un auteur sachant encore écrire qui se trouve dès lors injustement ciblée. Ainsi, pour être reconnu comme « humain » par une machine, l'auteur devrait s'efforcer d'écrire de manière chaotique ou d'insérer des maladresses afin d'échapper aux normes de l'algorithme ! C'est absurde. Et d'autant plus inacceptable que, par ailleurs, on peut constater une dégradation générale du rapport à la langue et à l'écrit — ignorance de la conjugaison, appauvrissement du vocabulaire, syntaxe relâchée, difficultés à comprendre le sens littéral d'un texte, et j'en oublie peut-être. Du moins cette absurdité est-elle inacceptable pour des gens de ma génération et sans doute plus encore des précédentes, sachant que la dégradation dont je parle s'observe non seulement dans l'enseignement secondaire mais aussi désormais dans l'enseignement supérieur (avec, semble-t-il, la bénédiction de certains linguistes se croyant « progressistes » et « amis des jeunes »).

Elendil a écrit :

Certes, les auteurs injustement accusés auront la pénible tâche de devoir se justifier, mais il me semble que cela n'est pas particulièrement difficile : suffit de conserver différents brouillons de son texte, ce qui permet de suivre attentivement le jet initial et les modifications ultérieures.

À moins de revenir à la tradition du manuscrit au sens littéral du terme (celle d'avant l'apparition de la machine à écrire puis de l'ordinateur avec traitement de texte), à l'ère du numérique la notion même de brouillon ne me paraît plus guère être un gage de bonne foi : quoi de plus simple aujourd'hui que de demander à une machine de générer un texte, puis de lui ordonner de simuler trois ou quatre versions successives, jusqu'à intégrer de fausses ratures (texte barré), pour imiter un tâtonnement humain ? N'importe qui peut, en outre, modifier l'horloge de son système ou utiliser un outil numérique élémentaire pour falsifier la date de création ou de modification d'un document. Parallèlement, un écrivain honnête écrivant de manière fluide directement sur son traitement de texte, mais en corrigeant ou effaçant ses phrases au fur et à mesure, se retrouverait quant à lui totalement démuni pour prouver son innocence. Je crains qu'une telle exigence de transparence n'impose une inversion de la charge de la preuve, obligeant la création à s'accompagner péniblement d'une auto-surveillance permanente pour ensuite « montrer patte blanche ». Faudra-t-il se filmer en train d'écrire ? Mais même cela peut être falsifié. Notons au passage que la pertinence du « brouillon » dépend aussi énormément du médium. Je pense, par exemple, à un auteur de bande dessinée qui utiliserait — bien légitimement — une IA générative en local (open weight) pour préparer et structurer ses planches à partir de ses propres croquis originaux, et avancer ainsi plus vite dans la conception graphique d'un album : lui au moins, pour ce qui est des images, aura ses esquisses physiques pour attester du point de départ humain de son œuvre, mais pour le texte pur (y compris celui d'un scénario), le numérique efface ces preuves et généralise la suspicion.

Elendil a écrit :

Sans doute existera-t-il une fine marge où il ne sera jamais possible de trancher avec une absolue certitude : quid de l'auteur qui fait analyser son texte par l'IA pour identifier certains points stylistiques, comme les répétitions inutiles, afin de les modifier (une méthode de travail qui ne me choque absolument pas, au demeurant) ?

C'est précisément là que se situe la zone grise... et elle ne me parait pas relever d'une marge si fine que ça. Aujourd'hui, l'IA tend a être utilisée plutôt comme une aide multitâche : elle peut servir d'assistante documentaire, de secrétaire compilant des notes préparatoires, de correctrice de fautes d'orthographe et de grammaire, de vérificatrice de la cohérence d'une intrigue pour un écrivain ou un scénariste, tous ces usages me paraissant légitimes et nullement de nature à remettre en cause la dimension éminemment humaine du processus créatif. Compte tenu de cette hybridation quotidienne du travail, il me semble difficile de vouloir tracer une frontière nette : à cette aune, un texte profondément pensé par un être humain, mais affiné avec l'aide d'un outil numérique (ce qui, du reste, n'est pas tout-à-fait nouveau...), devient impossible à catégoriser. Si l'on cherche à imposer une séparation absolue, il me semble que l'on risque de créer une norme artificielle qui condamnera l'outil sans en comprendre l'usage.

Elendil a écrit :

Mais maintenant que l'IA générative existe, il semble nécessaire de disposer d'outils qui permettent d'identifier les textes entièrement écrits par l'IA. Et bien sûr, que certains veuillent « sous-traiter » ainsi le travail d'écriture est parfaitement leur droit, et si d'autres acceptent de publier de tels textes parce qu'il existe des lecteurs qui s'intéressent purement au résultat sans se préoccuper de la manière dont il a été rédigé, cela ne me pose pas de souci. Mais personnellement, j'aimerais bien disposer d'un label « garanti sans texte généré par IA » de la même manière que je préfère les œufs de poules vivant en plein air, même si cela ne me procure aucun gain (gustatif ou diététique) de n'acheter que ceux-là (et pour ceux qui se poseraient la question, les œufs de poule en liberté causent plus de gaz à effet de serre que ceux de poules en cage, c'est purement une question de bien-être animal).

Ton analogie avec le label des œufs est intéressante, mais elle se heurte à l'absence de contrôle physique possible concernant le sujet qui nous occupe ici. On peut inspecter un élevage, un poulailler, mais on ne peut pas inspecter la solitude d'un créateur face à son support d'expression, a fortiori numérique — et même s'agissant d'un support physique traditionnel, nous ne sommes plus à l'époque de Flaubert, Proust ou Tolkien. Les outils d'identification peuvent certes être sans doute perfectionnés, mais même le cadre de la réglementation européenne dont j'ai parlé plus haut (l'AI Act) et son filigrane invisible (ou watermarking) montrent semble-t-il des limites techniques, puisqu'il suffit souvent, apparemment, de reformuler légèrement un texte ou de modifier la compression d'une image pour en effacer la trace. En l'absence de certitude technique, un label « garanti sans IA » ne reposerait, en fait, que sur une déclaration sur l'honneur, ce qui n'empêcherait pas les vagues de délation anonyme caractéristiques des rézosocios. Ainsi la création humaine, seule chose qui puisse encore m'inspirer un certain sens du sacré, n’échapperait pas à des outils de contrôle et à du « flicage » propre à une certaine société de vigilance permanente, l'être humain s'épuisant, à cette aune, à devoir s'ajuster aux critères d'une machine pour prouver sa propre légitimité...

Sentiment d'absurde, une fois de plus me concernant... Mais que l'on ne me (re)parle pas pour autant (entre autres) de la « Machine » selon Tolkien ou de la « Technique » selon Ellul, car je n'ai que trop entendu les discours se réclamant de ce type de critique de la « modernité », depuis maintenant des lustres...

Que l'on laisse simplement les créateurs sincères faire ce qu'ils aiment et savent faire, avec toute l'aide technique nécessaire si cela les aide vraiment à créer. Car au bout du compte, rappelons-le tout de même, l'acte de création n'a pas en soi vocation à répondre aux injonctions d'un marché ou aux tribunaux de l'opinion du moment. C'est un acte qui s'accomplit dans un cheminement mystérieux entre jaillissement d'une intuition — attribuée aux Muses par les anciens Grecs — et rigueur d'une exigence intérieure, d'une éthique personnelle, propre à chacun. C'est là, dans cet espace particulier, souverain, où les algorithmes et les censures des siècles n'ont aucune prise, que réside la véritable liberté de celui ou celle qui crée. Et cette liberté me semble être, par essence, éminemment humaine.

1790540743_heinrich_kley_-_inspiration.jpg
Heinrich Kley (1863-1945).
Inspiration, dessin extrait du recueil Leut' und Viecher (1912).

Amicalement,

B.

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