16-04-2017, 22:52
(This post was last modified: 16-04-2017, 23:25 by Moraldandil.)
[small][Édit (Yyr) 2021 : ce fuseau est l'un des nombreux rejetons de l'arbre initial de la traduction des poèmes][/small]
[espacement]
J'ai récemment acquis The Story of Kullervo, la réécriture du cycle de Kullervo dans le Kalevala que J. R. R. Tolkien écrivit vers 1913-1914, édité par Verlyn Flieger et récemment publié.
Il est très intéressant d'y retrouver les premiers pas d'écrivain d'un tout jeune Tolkien alors au début de sa vingtaine, dans le feu de sa découverte du Kalevala et du finnois, s'entraînant à la narration et à la poésie. Le commentaire, extrait d'une présentation du Kalevala pour un club d'étudiants, est déjà très caractéristique de sa manière.
J'ai trouvé particulièrement délicieux un des poèmes intercalés dans la narration : le chant magique de la femme d’Āsemo le forgeron, par lequel elle entend protéger ses vaches confiées à la garde de Kullervo. C'est une reprise directe du chant 32 du Kalevala, où le personnage correspondant est la femme d'Ilmarinen.
Tolkien reprend dans ce poème le rythme octosyllabique obsédant du vers kalévaléen, et mêle noms finnois ou pseudo-finnois (annonçant le quenya qui viendra peu après) et de nombreux archaïsmes caractéristique de sa première façon d'écrire, telle qu'on l'observe aussi dans les Contes perdus. Archaïsmes d'ailleurs pas toujours employés à bon escient, on le voit par exemple employer thou "tu" comme un pluriel, énormité grammaticale qu'il n'aurait sûrement pas commise plus tard !
Du coup, je me suis précipité cet après-midi et ce soir sur une feuille de papier pour en faire un rendu en français. Je vous le livre ici quasi brut de décoffrage.
[colonne][gauche]<i>Guard my kine O gracious Ilu
From the perils in the pathway
That they come not into danger
Nor may fall on evil fortune.
If my herdsman is an ill one
Make the willow then a neatherd
Let the alder watch the cattle
And the mountain ash protect them
Let the cherry lead them homeward
In the milktime in the even.
If the willow will not herd them
Nor the mountain ash protect them
And the alder will not watch them
Nor the charry drive them homeward
Send thou then thy better servants,
Send the daughters of Ilwinti
To guard my kine from danger
And protect my horned cattle
For a many are thy maidens
At thy bidding in Manoine
And skilled to herd to white kine
On the blue meads of Ilwinti
Until Ukko comes to milk them
And gives drink to thirsty Kēme.
Come thou maidens great and ancient
Mighty daughters of the Heaven
Come thou children of Malōlo
At Ilukko’s mighty bidding
O [Uorlen?] most wise one
Do thou guard my flock from evil
Where the willows will not ward them
Out across the quaking marshland
Where the surface ever shifteth
And the greedy depths are gulping.
O thou Sampia most lovely
Blow the honey-horn most gaily.
Where the alder will not tend them
Do thou pasture all my cattle
Making flowers upon the hummocks:
With the melody of the mead-horn
Make thou fair this heathland border
And enchant the skirting forest
That my kine have food and fodder,
And have golden hay in plenty
And the heads of silver grasses.
O Palikki’s little damsel
And Telenda thy companion
Where the rowan will not tend them
Dig my cattle walls all silver
Down on both sides of their pasture
With your straying feet of magic
Cause the grey springs to spout coolly
And the streams that flow by swiftly
And the speedy running rivers
Twixt the shining banks of grassland
To give drink of honey sweetness
That the herd may suck the water
And the juice may trickle richly
To their swelling teeming udders
And the milk may flow in runlets
And may foam in streams of whiteness.
But Kaltūse thrifty mistress
And arrester of all evil,
Where the wild things will not guard them,
Fend the sprite of ill far from them,
That no idle hands do milk them
And their milk on earth be wasted
That no drops flow down to Pūlu
And that Tanto drink not of it
But that when at Kame at milk tide
Then their milkstreams may be swollen
And the pails be overflowing
And the good wife’s heart be gladdened.
O Terenye maid of Samyan,
Little daughter of the forests
Clad in soft and beauteous garments
With thy golden hair so lovely
And thy shoon of scarlet leather,
When the cherry will not lead them
Be their neatherd and their shepherd.
When the sun to rest has sunken
And the bird of Eve is singing
As the twilight draweth closer
Speak thou to my horned creatures
Saying come ye hoofed cattle
Come ye homeward trending homeward.
In the house ‘tis glad and pleasant
Where the floor is sweet for resting
On the waste ‘tis ill to wander
Looming down the empty shorelands
Of the many lakes of Sutse.
Therefore come ye horned creature
And the women fire will kindle
In the field of honeyed grasses
On the ground o’ergrown with berries.</i>[/gauche][droite]Gracieux Ilu, garde mes vaches
De tous les périls du chemin,
Qu’elles n’encourent de danger
Ni n’encontrent male fortune.
Et si j’ai un mauvais vacher,
Fais alors du saule un gardien ;
Que l’aulne veille le bétail
Et que le sorbier le protège,
Que le merisier le ramène
À l’étable au soir pour la traite.
Si le saule ne veut garder
Ni le sorbier les protéger,
Si l’aulne ne veut point veiller,
Le merisier les ramener,
Envoie tes meilleurs serviteurs,
Envoie les filles d’Ilwinti
Garder mes vaches du danger,
Protéger mon bétail cornu,
Car nombreuses sont tes pucelles
À ton vouloir à Manoine
Sachant paître les vaches blanches
Sur les prairies bleues d’Ilwinti,
Qu’enfin Ukko vienne les traire
Et calme la soif de Kēme.
Vous, grandes pucelles d’antan,
Ô puissantes filles du Ciel,
Venez, enfants de Malōlo,
Au commandement d’Ilukko.
Ô [Uorlen ?], qui es la plus sage,
Garde mon troupeau de tout mal,
Où les saules les laisseront
Errer par le marais mouvant
Dont toujours change la surface
Et gloutissent les fonds avides.
Ô toi Sampia toute belle,
Sonne gaiement la corne au miel ;
Où l’aulne le négligera,
Fais donc paître tout mon bétail
Et sème les buttes de fleurs ;
Au son de la corne à miessée,
Fais embellir ce bord de lande,
Enchante l’orée des forêts,
Que mes vaches aient en provende
Abondance de foin doré
Et têtes d’herbes argentées.
Demoiselle de Palikki,
Et Telenda, ton compagnon,
Où le sorbier les laissera,
Creuse-leur des puits tout d’argent
Des deux côtés de leur pâture ;
Divaguant de vos pieds magiques,
Faites jaillir les sources grises,
Couler vivement les ruisseaux,
Courir les rivières rapides
Dans leurs berges brillantes d’herbes
En boire doux comme le miel,
Afin que le troupeau s’abreuve
Et que se gonflent goutte à goutte
Du riche jus leurs pis nombreux,
Et que le lait coule en rigoles
Et mousse en ruisseaux de blancheur.
Kaltūse, maîtresse économe,
Toi qui sais arrêter tout mal,
Où faudront les choses sauvages,
Défends-les de l’esprit mauvais,
Que ne les traient point des mains vaines,
Que leur lait ne se perde en terre,
Nulle goutte à Pūlu ne tombe,
Et que Tanto n’en boive rien ;
Mais que pour la traite à Kame
Se gonflent leurs ruisseaux de lait
Et que les seilles en débordent,
Joie au cœur pour la bonne épouse.
Terenye, vierge de Samyan,
Ô fille menue des forêts,
Vêtue de doux et beaux habits,
Aux cheveux d’or si ravissants,
Aux souliers de cuir écarlate,
Quand le merisier leur faudra,
Sois leur vachère et leur bergère.
Quand le soleil va se coucher
Et que va chantant l’oiseau d’Ève,
Que s’approche le crépuscule,
Parle à mes bêtes encornées,
Dis-leur : Venez, vaches et vos sabots,
Venez, rentrez à la maison.
À l’étable il fait bel et bon,
Le sol est doux pour le repos ;
Il fait mal rôder aux gâtines
Qui surplombent les bords déserts
Des si nombreux lacs de Sutse.
Venez donc, bêtes encornées,
Et les femmes feront du feu
Dans le champ aux herbes de miel,
Sur le sol recouvert de baies.[/droite][/colonne]
[colonne][gauche]Then Palikki’s little damsel
And Telenda her companion
Take a whip of birch to scourge them
And of juniper to drive them
From the hold of Samyan’s cattle
And the gloomy slopes of alder
In the milktide of the evening.[/gauche][droite]Demoiselle de Palikki
Et Telenda son compagnon,
Battez-les d’un fouet de bouleau,
De genévrier menez-les
Hors des pacages de Samyan,
Des pentes d’aulne désolées,
Le soir à l’heure de la traite.[/droite][/colonne]
[colonne][gauche]O thou Uru, O my darling
My Honeypaw that rules the forest
Let us call a truce together
In the fine days of the summer
In the good Creator’s summer
In the days of Ilu’s laughter
Than thou sleepst upon the meadow
With thine ears thrust into stubble
Or conceal thee in the thickets
That thou mayst not hear cowbells
Nor the talking of the herdsman.
Let the tinkling and the lowing
And the ringing in the heathland
Put no frenzy yet upon thee
Nor thy teeth be seized with longing
Rather wander in the marshes
And the tangle of the forest.
Let thy growl be lost in wastelands
And thy hunger wait the season
When in Samyan is the honey
All fermenting on the hillslopes
Of the golden land of Kēme
Neath the faring bees a-humming.
Let us make this league eternal
And an endless peace between us
That we live in peace in summer,
In the good Creator’s summer.[/gauche][droite]Ô toi Uru, ô mon chéri,
Patte de miel, maître des bois,
Concluons ensemble une trêve
Durant les beaux jours de l’été,
De l’été du bon Créateur,
Pour les jours du rire d’Ilu,
Pour que tu dormes dur le pré,
Oreilles plongées dans le chaume,
Ou te caches dans les fourrés
Et n’entendes point les clarines
Ni les paroles du vacher.
Que tintements et meuglements
Et sonnailles de par la lande
Ne te mettent point en furie,
Ne donnent désir à tes dents.
Rôde plutôt dans les marais
Et le fouillis de la forêt.
Perds ton grognement aux gâtines,
Attends pour ta faim la saison
Où coule le miel en Samyan,
Tout fermentant sur les coteaux
Du pays doré de Kēme
Sous les abeilles bourdonnantes.
Et rendons ce pacte éternel,
La paix sans fin soit entre nous,
Qu’en paix nous vivions tout l’été,
Tout l’été du bon Créateur.[/droite][/colonne]
[colonne][gauche]All this prayer and all this chanting
O then Ukko silver monarch
Hearken to my sweet entreaty.
Bind in leash the dogs of Kūru
And enchain the forest wild things
And in Ilwe set the Sun-star
And let all the days be golden.[/gauche][droite]De cette prière et ce chant,
Ö Ukko, monarque d’argent,
Écoute la supplication.
Mets la laisse aux chiens de Kūru,
Enchaîne les bêtes des bois,
En Ilwe mets l’astre-soleil
Et que tous les jours soient dorés.[/droite][/colonne]
B.
[espacement]
J'ai récemment acquis The Story of Kullervo, la réécriture du cycle de Kullervo dans le Kalevala que J. R. R. Tolkien écrivit vers 1913-1914, édité par Verlyn Flieger et récemment publié.
Il est très intéressant d'y retrouver les premiers pas d'écrivain d'un tout jeune Tolkien alors au début de sa vingtaine, dans le feu de sa découverte du Kalevala et du finnois, s'entraînant à la narration et à la poésie. Le commentaire, extrait d'une présentation du Kalevala pour un club d'étudiants, est déjà très caractéristique de sa manière.
J'ai trouvé particulièrement délicieux un des poèmes intercalés dans la narration : le chant magique de la femme d’Āsemo le forgeron, par lequel elle entend protéger ses vaches confiées à la garde de Kullervo. C'est une reprise directe du chant 32 du Kalevala, où le personnage correspondant est la femme d'Ilmarinen.
Tolkien reprend dans ce poème le rythme octosyllabique obsédant du vers kalévaléen, et mêle noms finnois ou pseudo-finnois (annonçant le quenya qui viendra peu après) et de nombreux archaïsmes caractéristique de sa première façon d'écrire, telle qu'on l'observe aussi dans les Contes perdus. Archaïsmes d'ailleurs pas toujours employés à bon escient, on le voit par exemple employer thou "tu" comme un pluriel, énormité grammaticale qu'il n'aurait sûrement pas commise plus tard !
Du coup, je me suis précipité cet après-midi et ce soir sur une feuille de papier pour en faire un rendu en français. Je vous le livre ici quasi brut de décoffrage.
[colonne][gauche]<i>Guard my kine O gracious Ilu
From the perils in the pathway
That they come not into danger
Nor may fall on evil fortune.
If my herdsman is an ill one
Make the willow then a neatherd
Let the alder watch the cattle
And the mountain ash protect them
Let the cherry lead them homeward
In the milktime in the even.
If the willow will not herd them
Nor the mountain ash protect them
And the alder will not watch them
Nor the charry drive them homeward
Send thou then thy better servants,
Send the daughters of Ilwinti
To guard my kine from danger
And protect my horned cattle
For a many are thy maidens
At thy bidding in Manoine
And skilled to herd to white kine
On the blue meads of Ilwinti
Until Ukko comes to milk them
And gives drink to thirsty Kēme.
Come thou maidens great and ancient
Mighty daughters of the Heaven
Come thou children of Malōlo
At Ilukko’s mighty bidding
O [Uorlen?] most wise one
Do thou guard my flock from evil
Where the willows will not ward them
Out across the quaking marshland
Where the surface ever shifteth
And the greedy depths are gulping.
O thou Sampia most lovely
Blow the honey-horn most gaily.
Where the alder will not tend them
Do thou pasture all my cattle
Making flowers upon the hummocks:
With the melody of the mead-horn
Make thou fair this heathland border
And enchant the skirting forest
That my kine have food and fodder,
And have golden hay in plenty
And the heads of silver grasses.
O Palikki’s little damsel
And Telenda thy companion
Where the rowan will not tend them
Dig my cattle walls all silver
Down on both sides of their pasture
With your straying feet of magic
Cause the grey springs to spout coolly
And the streams that flow by swiftly
And the speedy running rivers
Twixt the shining banks of grassland
To give drink of honey sweetness
That the herd may suck the water
And the juice may trickle richly
To their swelling teeming udders
And the milk may flow in runlets
And may foam in streams of whiteness.
But Kaltūse thrifty mistress
And arrester of all evil,
Where the wild things will not guard them,
Fend the sprite of ill far from them,
That no idle hands do milk them
And their milk on earth be wasted
That no drops flow down to Pūlu
And that Tanto drink not of it
But that when at Kame at milk tide
Then their milkstreams may be swollen
And the pails be overflowing
And the good wife’s heart be gladdened.
O Terenye maid of Samyan,
Little daughter of the forests
Clad in soft and beauteous garments
With thy golden hair so lovely
And thy shoon of scarlet leather,
When the cherry will not lead them
Be their neatherd and their shepherd.
When the sun to rest has sunken
And the bird of Eve is singing
As the twilight draweth closer
Speak thou to my horned creatures
Saying come ye hoofed cattle
Come ye homeward trending homeward.
In the house ‘tis glad and pleasant
Where the floor is sweet for resting
On the waste ‘tis ill to wander
Looming down the empty shorelands
Of the many lakes of Sutse.
Therefore come ye horned creature
And the women fire will kindle
In the field of honeyed grasses
On the ground o’ergrown with berries.</i>[/gauche][droite]Gracieux Ilu, garde mes vaches
De tous les périls du chemin,
Qu’elles n’encourent de danger
Ni n’encontrent male fortune.
Et si j’ai un mauvais vacher,
Fais alors du saule un gardien ;
Que l’aulne veille le bétail
Et que le sorbier le protège,
Que le merisier le ramène
À l’étable au soir pour la traite.
Si le saule ne veut garder
Ni le sorbier les protéger,
Si l’aulne ne veut point veiller,
Le merisier les ramener,
Envoie tes meilleurs serviteurs,
Envoie les filles d’Ilwinti
Garder mes vaches du danger,
Protéger mon bétail cornu,
Car nombreuses sont tes pucelles
À ton vouloir à Manoine
Sachant paître les vaches blanches
Sur les prairies bleues d’Ilwinti,
Qu’enfin Ukko vienne les traire
Et calme la soif de Kēme.
Vous, grandes pucelles d’antan,
Ô puissantes filles du Ciel,
Venez, enfants de Malōlo,
Au commandement d’Ilukko.
Ô [Uorlen ?], qui es la plus sage,
Garde mon troupeau de tout mal,
Où les saules les laisseront
Errer par le marais mouvant
Dont toujours change la surface
Et gloutissent les fonds avides.
Ô toi Sampia toute belle,
Sonne gaiement la corne au miel ;
Où l’aulne le négligera,
Fais donc paître tout mon bétail
Et sème les buttes de fleurs ;
Au son de la corne à miessée,
Fais embellir ce bord de lande,
Enchante l’orée des forêts,
Que mes vaches aient en provende
Abondance de foin doré
Et têtes d’herbes argentées.
Demoiselle de Palikki,
Et Telenda, ton compagnon,
Où le sorbier les laissera,
Creuse-leur des puits tout d’argent
Des deux côtés de leur pâture ;
Divaguant de vos pieds magiques,
Faites jaillir les sources grises,
Couler vivement les ruisseaux,
Courir les rivières rapides
Dans leurs berges brillantes d’herbes
En boire doux comme le miel,
Afin que le troupeau s’abreuve
Et que se gonflent goutte à goutte
Du riche jus leurs pis nombreux,
Et que le lait coule en rigoles
Et mousse en ruisseaux de blancheur.
Kaltūse, maîtresse économe,
Toi qui sais arrêter tout mal,
Où faudront les choses sauvages,
Défends-les de l’esprit mauvais,
Que ne les traient point des mains vaines,
Que leur lait ne se perde en terre,
Nulle goutte à Pūlu ne tombe,
Et que Tanto n’en boive rien ;
Mais que pour la traite à Kame
Se gonflent leurs ruisseaux de lait
Et que les seilles en débordent,
Joie au cœur pour la bonne épouse.
Terenye, vierge de Samyan,
Ô fille menue des forêts,
Vêtue de doux et beaux habits,
Aux cheveux d’or si ravissants,
Aux souliers de cuir écarlate,
Quand le merisier leur faudra,
Sois leur vachère et leur bergère.
Quand le soleil va se coucher
Et que va chantant l’oiseau d’Ève,
Que s’approche le crépuscule,
Parle à mes bêtes encornées,
Dis-leur : Venez, vaches et vos sabots,
Venez, rentrez à la maison.
À l’étable il fait bel et bon,
Le sol est doux pour le repos ;
Il fait mal rôder aux gâtines
Qui surplombent les bords déserts
Des si nombreux lacs de Sutse.
Venez donc, bêtes encornées,
Et les femmes feront du feu
Dans le champ aux herbes de miel,
Sur le sol recouvert de baies.[/droite][/colonne]
[colonne][gauche]Then Palikki’s little damsel
And Telenda her companion
Take a whip of birch to scourge them
And of juniper to drive them
From the hold of Samyan’s cattle
And the gloomy slopes of alder
In the milktide of the evening.[/gauche][droite]Demoiselle de Palikki
Et Telenda son compagnon,
Battez-les d’un fouet de bouleau,
De genévrier menez-les
Hors des pacages de Samyan,
Des pentes d’aulne désolées,
Le soir à l’heure de la traite.[/droite][/colonne]
[colonne][gauche]O thou Uru, O my darling
My Honeypaw that rules the forest
Let us call a truce together
In the fine days of the summer
In the good Creator’s summer
In the days of Ilu’s laughter
Than thou sleepst upon the meadow
With thine ears thrust into stubble
Or conceal thee in the thickets
That thou mayst not hear cowbells
Nor the talking of the herdsman.
Let the tinkling and the lowing
And the ringing in the heathland
Put no frenzy yet upon thee
Nor thy teeth be seized with longing
Rather wander in the marshes
And the tangle of the forest.
Let thy growl be lost in wastelands
And thy hunger wait the season
When in Samyan is the honey
All fermenting on the hillslopes
Of the golden land of Kēme
Neath the faring bees a-humming.
Let us make this league eternal
And an endless peace between us
That we live in peace in summer,
In the good Creator’s summer.[/gauche][droite]Ô toi Uru, ô mon chéri,
Patte de miel, maître des bois,
Concluons ensemble une trêve
Durant les beaux jours de l’été,
De l’été du bon Créateur,
Pour les jours du rire d’Ilu,
Pour que tu dormes dur le pré,
Oreilles plongées dans le chaume,
Ou te caches dans les fourrés
Et n’entendes point les clarines
Ni les paroles du vacher.
Que tintements et meuglements
Et sonnailles de par la lande
Ne te mettent point en furie,
Ne donnent désir à tes dents.
Rôde plutôt dans les marais
Et le fouillis de la forêt.
Perds ton grognement aux gâtines,
Attends pour ta faim la saison
Où coule le miel en Samyan,
Tout fermentant sur les coteaux
Du pays doré de Kēme
Sous les abeilles bourdonnantes.
Et rendons ce pacte éternel,
La paix sans fin soit entre nous,
Qu’en paix nous vivions tout l’été,
Tout l’été du bon Créateur.[/droite][/colonne]
[colonne][gauche]All this prayer and all this chanting
O then Ukko silver monarch
Hearken to my sweet entreaty.
Bind in leash the dogs of Kūru
And enchain the forest wild things
And in Ilwe set the Sun-star
And let all the days be golden.[/gauche][droite]De cette prière et ce chant,
Ö Ukko, monarque d’argent,
Écoute la supplication.
Mets la laisse aux chiens de Kūru,
Enchaîne les bêtes des bois,
En Ilwe mets l’astre-soleil
Et que tous les jours soient dorés.[/droite][/colonne]
B.


