Tu es surpris de la force récurrente de ce thème !!! Mais l’idée la plus poignante de ce livre, l’idée sur laquelle se cristallise le plus aisément le phénomène d’IDENTIFICATION qui fait qu’on reste fasciné par un bouquin !
Je pense que si certains ne peuvent plus se détacher du Seigneur des Anneaux, le dévorent et le relisent avec la même jouissance, c’est parce qu’ils ressentent intensément cette identification aux personnages et à leurs dilemmes.
Honnêtement, y en a-t-il parmi vous qui ne se sont pas dit à un moment ou à un autre, pour un personnage ou un autre "et moi, que ferais-je (que pourrais-je) faire dans pareille situation ?"
Que ceux qui ne se sont jamais posé ces questions lèvent le doigt ; et je parie qu’il n’y en aura pas beaucoup sur ce forum !
La force de ce livre, c’est justement d’offrir un parfait miroir à notre "moi" le plus secret, c’est de mettre à nu l’intimité même de notre personnalité. Discuter sans fin pour savoir si Frodo a commis une "faute" ou un "péché", chercher des explications ou des excuses à ses actes (ou à ceux de Boromir, de Gollum, de Galadriel …), savoir jusqu’où peut s’appliquer le libre-arbitre, c’est se donner des explications ou des excuses à nos propres faiblesses, c’est vouloir se persuader que , nous aussi, nous pourrions avoir la grandeur d’âme de nous sacrifier pour une cause supérieure (ou pourquoi nous sentons que nous ne renoncerions avant ...)
Que nous soyons croyants ou athées, de culture judéo-chrétienne, musulmane, bouddhiste ou que sais-je, je pense vraiment que ces "valeurs" sont inhérentes à la pensée humaine, modelées ou orientées différemment suivant notre éducation. Je VEUX croire que la nature humaine met en chacun de nous un peu de courage dans l’adversité, d’abnégation pour le bien collectif, de respect de l’autre, de remords ne n’avoir pas réalisé ce que l’on voulait (même avec circonstances atténuantes) …
Puisque je me décide enfin à intervenir sur ce sujet, j’éprouve le besoin de dire pourquoi je ne l’ai pas fait jusque là, bien que j’en aie eu l’envie de nombreuses fois, allant même jusqu’à écrire des messages que je n’envoyais pas : parce que dans tous ces messages, il y avait beaucoup de "je".
Je ne peux parler de ma passion pour ce livre sans qu’intervienne cette identification aux valeurs fondamentales qu’exprime si bien Tolkien. En laissant l’autre percevoir ces identifications, c’est lui laisser voir ma nature la plus intime. Expliquer pourquoi Tolkien m’émeut tant, ça frôle l’impudeur (c’est pourtant exactement ce que je suis en train de faire, et je vous demande toute votre indulgence !)
Le pourquoi de cet aveu, c’est que je pense trouver dans le nombre et la longueur de vos messages sur ces sujets "trahison morale et échec comme le disait Semprini en ouvrant ce fuseau, faute, péché, fatalité, destin, volonté, sacrifice …", j’ai ENVIE d’y trouver les mêmes sources et les mêmes préoccupations.
Ce qui expliquerait pourquoi ces sujets reviennent toujours sous une forme ou une autre, pourquoi les nouveaux arrivent avec les mêmes questions, pourquoi les anciens trouvent que c’est répétitif mais viennent néanmoins remettre leur grain de sel !
Ylem, Plaidoyer pour Frodo a été un des fuseaux où tu as exprimé le mieux ces sentiments, avec d’autres comme Affaire de volonté 1, 2 et 3, ou Frodon, Arwen, les Havres, et d’autres encore …
J’encourage les nouveaux venus à les lire, ils y trouveront ample matière à réflexion.

