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Le rève de Boromir (et Faramir)
#39

D'accord avec Vinyamar & Silmo (Silmo que j'applaudis pour cette métaphore — excellente comme à son habitude (son habitude moins le beurre salé cela va s'en dire :)) : drôle et fort bien ajustée — qui d'ailleurs n'est pas sans me rappeler un brouillon de post que je n'ai toujours pas posté sur l'échec (?) de Frodon ; Cathy voulait que j'attende parce qu'elle avait des choses à dire en lien ... hum ... Cathy ? Cathy ? Toujours pas réussi à rebrancher internet depuis 4 ans ? :) David, si tu vois la Dame des Tolkiendili ... Elle va réussir à être plus longue que moi avec l'estel !). Faramir n'aura pas été moins tenté que d'autres, bien au contraire ! Il est même le dernier à l'être (en dehors du trio Frodon-Sam-Gollum) et donc le plus fortement car non seulement à ce moment 1) la nécessité, le péril, n'ont jamais été aussi grands 2) il a en droit toute autorité (et la plus grande facilité) pour s'en saisir. Il n'importe pas qu'il ait ou non vu l'Anneau, puisqu'il a bien saisi ce qu'il était : le Pouvoir. Et lui, pourtant placé par la vie comme homme de pouvoir, il rejette ce pouvoir, et ce en dépit de la plus urgente Nécessité ! La dernière citation que tu donnes Laegalad me paraît alors être celle qui illustre le mieux mon propos. (& pour répondre à ta question on parle de verset tu y étais presque :) — celui que tu donnes « ne nous soumet pas à la tentation » (Matthieu VI, 13) est une humble prière qui demande au Seigneur de nous garder de la tentation ... parce que sachant nos limites ... cf. Vinyamar à nouveau — j'aurais bien donné quelques références à un certain article à paraître sur le Marrissement d'Arda, avec en elfique la proximité, qui sait peut-être l'identité, entre Marrissement et Tentation ...).

C'est que Faramir est une exception parmi les siens, un joyau parmi les Hommes, comme Frodon est un joyau parmi les Hobbits. Il n'est pas difficile de deviner comment Faramir se serait comporté en tant que membre de la Compagnie ; il suffit de regarder comment s'est comporté Aragorn. Car si Faramir est le petit frère de Boromir dans la chair et le sang (qu'il l'aime plus que quiconque), c'est en revanche le petit frère d'Aragorn dans l'esprit ; Boromir aurait été surnommé Amdir par le Prince de Nargothrond et Faramir Estel. Très semblables peut-être au point de les confondre habituellement (ainsi qu'en attestent peut-être quelques interrogations parfois hésitantes dans ce fuseau ?), Boromir et Faramir ne sauraient pourtant être aussi facilement distingués que pendant et par la Quête de l'Anneau, qui fut le lieu du choix entre la raison (tenir l'Anneau caché ou pour les plus téméraires l'utiliser) et la folie (tenter de le détruire au cœur de la puissance ennemie), entre la force (des grands hommes) et la faiblesse (d'un Semi-Homme), entre le pouvoir (et la confiance dans ses propres forces) et l'amour (celui de faire ce qui est juste sans passer par des moyens mauvais, quitte à se sacrifier pour les autres) ... bref, entre la politique (des Hommes) et l'espérance (la main d'Eru). C'est le Vent du Nord qui apporta les nouvelles de Boromir le Vaillant, mais c'est le Vent d'Ouest qui aurait apporté celles de Faramir le Sage, lui qui « n'aimait pas le guerrier pour sa gloire » mais qui « aimait seulement ce qu'il défend : la Cité des Hommes » (& il n'est pas écrit que Faramir « aimait le guerrier pour ce qu'il défend » ... à bien lire donc ... cf. une courte évocation).

Le grand Boromir ne doit pas être méprisé pour autant. L'espoir n'est pas méprisable pour celui qui a l'espérance : il en faut aussi ... pour les choses que l'on voit, pour le travail (et l'épreuve) de chaque jour — & Boromir a alors pris l'une des plus grandes parts dans la Compagnie ... S'il a échoué, il serait dur de dire qu'il est vraiment le seul (c'est vrai que lui, on le voit venir ... ce qui d'ailleurs n'est pas le cas des membres de la Compagnie sans doute tous un peu "trop" bien ancrés dans l'espérance, dans la confiance, soucieux uniquement de Frodon et oublieux des limites des autres ... — tous sauf Sam avec son solide bon sens de hobbit), et surtout il ne faut surtout pas oublier son relèvement ! Il reconnaît sa faute, demande pardon, et meurt en se sacrifiant pour d'autres ... « peu ont remporté pareille victoire » ; je gage qu'Aragorn ne faisait pas allusion qu'au nombre d'orques tués ...

Pour en revenir (peut-être :)) au sujet du fuseau, j'ajouterai à la proposition de Maître Fangorn qu'on peut trouver dans le langage même de cet appel, en plus du goût pour l'énigme, un parler qui fasse penser à Gandalf plus facilement qu'à aucun autre : celui d'un Sage (« des conseils » « un signe » « le Destin ») à la fois Maître de la Tradition humaine (« l'épée qui fut brisée » « Fléau d'Isildur ») & de la Tradition elfique (« Imladris » « charmes de Morgul ») ... et même Maître de la Tradition hobbitique (« le Semi-Homme ») ! Ca laisse quand même peu de concurrents en lice, non ? :)

Vinyamar a dit :
Gandalf, ou plutôt ce "hasard" dont parle Elrond qui fait que tous les futurs membres de la Communauté se retrouvent au même moment, au même endroit, en une heure solennelle.
Eh bien, pour ma part, je pense justement que ce "hasard" n'emprunterait pas le même langage ; le sien n'aurait-il pas plus ressemblé à celui d'une petite voix dont toi-même et d'autres avez si passionnément et si joliment retracé quelques un des signes ? :)

Yyr

PS : Je précise avec fierté avoir à demi réussi à résister à la tentation d'asséner, en conclusion de l'exemple de Faramir, deux piques (pour ne pas dire deux hallebardes) à la trilogie du siècle et à la réalité du politique de notre temps — demi-réussite puisque je ne puis m'empêcher de les évoquer présentement, mais sans les énoncer, il y a du progrès — je suis fier de toi, mon petit Yyr :)

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